@ milo
Vos restrictions concernant les enfants, me font penser à une anecdote acide :
un jour au moment de nous amarrer, nous avons vu débouler un Français tout heureux de voir des compatriotes. Alors qu’il s’empressait d’attraper une aussière sans qu’on le lui demande, il a vu tout à coup deux de nos enfants (très jeunes à l’époque). C’est alors qu’il nous a engueulé (le mot n’est pas trop fort) copieusement sur notre « irresponsabilité » de parents et entre autres sur le fait que l’aîné aurait du se trouver à l’école plutôt que sur le pont d’un bateau. Jetant sans prévenir l’aussière, il a fait demi-tour et est parti très en colère. Heureusement qu’il n’a pas eu le temps de découvrir qu’il y avait aussi un bébé... sinon c’était l’attaque cérébrale assurée ! Sans doute que le monsieur touriste de son état, était un prof à la retraite. C’était il y a un peu plus de 20 ans mais à voir comment les lois et règlements nous ficellent de plus en plus, bientôt il y aura un permis pour élever des enfants... Sans compter le conformisme qui avance comme la lèpre.
Que dirait ce monsieur s’il savait que j’ai laissé bien des années plus tard partir un ado de 14 ans (le bébé dans le bateau) rejoindre son grand frère pour un périple à deux plus un chien (sans assistance sans matériel hi-tech hormis un GPS) dans les Andes puis sur un radeau fabriqué de leurs mains, en Amazonie !!!!
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Mes bébés sont passés de la maternité au bateau sans connaître de maison, ont grandi heureux sur l’eau loin de la télévision et de l’école. Pourtant, ils ont eu leur bac comme tout le monde une fois à terre ; ont fait des études, ont eu l’occasion d’avoir de beaux et bons métiers (ex la Royale en tant qu’officier pour ma fille, c’est peu dire que le « hippie des mers » sait élever avec discipline son enfant) mais ... bon sang ne saurait mentir ! Les deux plus grands ont tout largué, ont déjà leur bateau et partent bientôt, le troisième plus jeune s’y emploie... quant au quatrième, le petit dernier qui n’a pas connu cette vie... ses parents repartent avec lui dans un an (préparation voyage Grand Nord) afin de rétablir l’égalité avec le reste de sa fratrie qui a connu cet autre mode d’existence. Mais lui-même n’est pas en reste sur le plan des expériences réelles (à 8 ans, montait à 5070 m et savait ce que c’était que de dormir dans la jungle)
L’homme est un animal comme un autre. Il a besoin de sensations, de prendre de vraies initiatives pour « grandir » et vivre sereinement. A défaut de passer par certains rites, certains apprentissages... il reste éternellement dans l’adolescence. Une adolescence entretenue exprès dans nos sociétés appelées « modernes » mais qui nous rendent malades sans que l’on en ait conscience. L’être humain n’est pas une fourmi, il n’est pas fait pour vivre dans une fourmilière. Passage à l’acte, drogue, alcool, sexe sans amour sont des expédients pour supporter cette folie. A voir les conduites à risque de quelques uns notamment sur la route, on se dit qu’un séjour en forêt avec juste un arc pour se nourrir, leur ferait le plus grand bien...
D’un point de vue extérieur, il faut être maso pour vivre sur un bateau et s’enquiquiner pour aller d’un point A à un point B (en passant par D ou X) quand au-dessus de vous, un avion fait la même chose en plus vite, moins dangereux, plus confortable. Idem un peu du périple à cheval comparé au camping-car ou au train. Et que dire des voyageurs à pied, en vélo... !
Et pourtant ils sont nombreux à parcourir le monde car comme l’a écrit Chalau :
« La liberté c’est choisir ses contraintes. »
Nos enfants deviennent dingos car ils n’ont « rien » à part leur tablette, smartphone, et fringues publicitaires. Et tout le monde intoxiqué trouve cette situation plus normale que de redécouvrir le plaisir du vent dans les cheveux, le silence, la chaleur, le froid, l’humidité... le plaisir (et le déplaisir) de la vie en extérieur ainsi que la nécessité de prendre des décisions même s’il faut en payer les conséquences parfois !
En comparaison, durant les grandes transhumances d’été, un départ en vacances sur les autoroutes, est bien plus dangereux mais la vie citadine et artificielle, nous fait considérer tout ceci comme « normal ».
Quand vous prenez votre auto, vous êtes dépendant de tous les gens que vous rencontrez sur la route. Sur un bateau, vous êtes le seul responsable !
Un bémol :
Le néo libéralisme n’a pas épargné les océans et il faut faire depuis longtemps (et ça empire) avec des cargos « sans marins », la pollution, les OFNI etc. sans compter le changement bien réel du climat. De même, comme c’est devenu plus facile de larguer les amarres grâce à la prolifération de la technologie embarquée, il y a maintenant beaucoup de gens sur l’eau. C’est à un point tel que l’on se retrouve dans la configuration « autoroute en été » avec les inconvénients de « la vie citadine et artificielle » et les comportements immatures qui en découlent. Il faut même supporter l’arrivée des croisières en convoi dans les coins les plus reculés et ça donne des boutons à quelques uns...
Au sein de ce grand système, survivent néanmoins les « gitans de la mer ».
alors bienvenue à Chalau !
C’est en forgeant qu’on devient bon forgeron ! Vous avez raison de tracer votre propre route...
A un de ces jours peut être !
Notre bateau actuel est un chatam (genre du premier Vagabond de Kurbiel) et s’appelle UPSA en mémoire à un compagnon de vadrouille (je ne parle pas de mon mari mais d’un cheval)
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Et pour les machos qui parlent de « couple à larguer », dites-vous que la femme n’est pas un poids mort sur un bateau mais une partenaire. Mon mari a du partir souvent pour remplir la caisse du bord, cela ne m’a jamais empêché d’aller mouiller dans des coins sympas, seule avec mes enfants à l’époque. Et je me souviens même d’être restée 3 mois sans mari mais avec lardons sur mon bateau en plein hiver tandis que Monsieur était en course (Route de la découverte en 1988).... il n’est pas né l’homme qui ferait l’inverse !
Ce sont les couples qui font que le projet bateau réussit ou pas ! Et sur l’eau, il est plus facile de se réconcilier avec sa femme après une dispute qu’avec un équipier...