Sur les conséquences de la sortie sèche de l’Euro lire Husson avec lequel je ne suis pas d’accord sur tout mais qui pose bien le problème...
Quel serait l’avantage d’une sortie de l’euro ?
L’argument principal est qu’il rendrait possible une dévaluation de la
nouvelle monnaie qui rétablirait la compétitivité du pays concerné. Il
redonnerait à la Banque centrale la possibilité d’émettre de la monnaie
afin de financer autrement son déficit.
Les plus optimistes y voient un moyen de
réindustrialiser une économie, d’atteindre une croissance plus élevée et
de créer des emplois.
La fusion des monnaies
nationales au sein de l’euro a retiré une variable d’ajustement
essentielle, le taux de change. Les pays dont la compétitivité-prix
recule n’ont d’autre moyen, dans le cadre européen actuel, que le
freinage des salaires et la fuite en avant dans l’endettement. Ceci est
vrai mais n’empêche pas le scénario de sortie de l’euro d’être
incohérent.
La sortie de l’euro ne résoudrait en
rien la question de la dette et l’aggraverait au contraire, dans la
mesure où la dette à l’égard des non-résidents serait immédiatement
augmentée du taux de dévaluation. La restructuration de la dette devrait
donc en tout état de cause être réalisée avant la sortie de l’euro.
Revenir à une monnaie nationale dans le cas de pays
qui enregistrent d’importants déficits extérieurs les soumet directement
à la spéculation sur la monnaie. L’appartenance à l’euro avait au moins
l’avantage de préserver les pays de ces attaques spéculatives : ainsi
le déficit commercial de l’Espagne avait atteint jusqu’à 9 % du PIB sans
effet, évidemment, sur « sa » monnaie. Une
dévaluation rend les produits d’un pays plus compétitifs, en tout cas à l’égard des pays qui ne
dévaluent pas. Il faudrait donc que la sortie de l’euro ne concerne qu’un petit nombre de pays.
C’est
donc une solution nationale non coopérative où un pays cherche à gagner
des parts de marché sur ses partenaires commerciaux.
Mais
une dévaluation fait augmenter le prix des importations, qui se
répercute sur l’inflation interne et peu annuler en partie les gains de
compétitivité sur les prix à l’exportation.
L’économiste
Jacques Sapir, qui a établi un plan de sortie de l’euro pour la
France reconnaît quel’inflation « imposera des dévaluations régulières
(tous les ans ou tous les 18 mois) » pour maintenir le taux de change
réel constant. Cela revient à accepter une boucle inflation-dévaluation
sans fin.
La compétitivité d’un pays repose sur des
éléments matériels : les gains de productivité, l’innovation, la
spécialisation industrielle, etc. Penser que la manipulation des taux de
change peut suffire à assurer la compétitivité est largement une
illusion.
C’est pourquoi il n’y a à peu près aucune
expérience de dévaluation qui ne se soit pas traduite par une austérité
accrue qui retombe en définitive sur les salariés. Pour que la
dévaluation serve à lamise en place d’une autre répartition des revenus
et d’un autre mode de croissance, il faudrait queles rapports de forces
sociaux aient été profondément transformés. Faire de la sortie de l’euro
un préalable revient donc à inverser les priorités entre transformation
sociale et taux de change. Il y a
là un glissement
extrêmement dangereux. Dans son document, Jacques Sapir souligne que la
« nouvelle monnaie devrait alors être insérée dans les changements de
politique macroéconomique et institutionnel (...) si l’on veut qu’elle
donne tous les effets attendus » Parmi ces changements, il cite un
rattrapage des salaires, la pérennisation des systèmes sociaux, un
contrôle strict des capitaux, la réquisition de la banque de France, le
contrôle de l’Etat sur les banques et les assurances. Mais toute ces
mesures devraient avoir été imposées avant même tout projet de sortie de
l’euro.
Un gouvernement de transformation sociale
commettrait d’ailleurs une terrible erreur stratégique en commençant par
sortir de l’euro, puisqu’il s’exposerait ainsi à toutes es mesures de
rétorsion.
Politiquement, le risque est très grand
de donner une légitimité de gauche aux programmes populistes. En France,
le Front National fait de la sortie de l’euro l’un des axes de sa
politique. Il renoue avec une logique national-socialiste qui combine le
discours xénophobe avec une lecture faisant de l’intégration européenne
la source exclusive de tous les maux économiques et sociaux.
C’est
le fond de la question. La mondialisation et l’intégration européenne
néolibérales renforcent le rapport de forces en faveur du capital. Mais
il n’est pas possible d’en faire la cause unique, comme si un meilleur
partage des richesses pouvait s’établir spontanément, à l’intérieur de
chaque pays, à la seule condition de prendre des mesures
protectionnistes. Laisser croire que la sortie de l’euro pourrait en soi
améliorer le rapport de forces en faveur des travailleurs est au fond
l’erreur
d’analyse fondamentale. Il suffit pourtant
de considérer l’exemple britannique : la livre sterling ne fait pas
partie de l’euro, mais cela ne met pas la population à l’abri d’un plan
d’austérité parmi les plus brutaux en Europe.
Les
partisans de la sortie de l’euro avancent un autre argument : la sortie
de l’euro serait une mesure immédiate, relativement facile à prendre,
alors qu’une perspective de refondation européenne serait hors
d’atteinte. Cet argument passe à côté de la possibilité même d’une
stratégie de rupture qui ne présuppose pas qu’elle intervienne de
manière simultanée dans tous les pays européens.