Propriété,
finance et responsabilité
Cher Monsieur Hum,
Dans votre dernière intervention, vous affirmez
l’idée selon laquelle la finance devrait être au service de l’économie et non l’inverse.
Au nombre des impératifs les plus fondamentaux auxquels la finance doit
répondre, figure en tout premier celui d’assurer le financement des créations
que demande l’économie. Je crois que nous sommes bien d’accords sur ce point.
Il semble subsister entre nous une querelle d’origine.
A l’opposé du brevet, les droits du créateur ne proviennent pas, selon moi, du
souverain. Ils ont leur origine dans le droit naturel que l’être humain possède
sur sa personne. S’il est esclave, il n’a pas de droit sur sa personne et
appartient à son maître. Mais s’il est libre, il détient un droit fondamental
sur sa personne (habeas corpus) et sur tous les prolongements de sa personne
(son travail et ses créations). Là réside à mon sens l’une des bases les plus « universelles »
des droits de l’homme et du citoyen ; celle qui a permis à l’humanité de se
construire en tant que telle. Les progrès à réaliser à partir de cette base
restent encore considérables.
Un autre point sur lequel nous devrions nous
rejoindre aussi concerne les billets de banque et autres assignats. J’ai lu
quelque part dans cette revue qu’il y avait en garantie pour chaque tonne d’or
papier un kilogramme d’or physique (Daniel Roux - http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/soros-parie-2-milliards-sur-un-155741).
C’est sans doute une image, mais si on ajoute les polices d’assurance-vie et
autres produits d’épargne, la tonne sera probablement rapidement dépassée. A
brève échéance, si la situation n’est pas apurée et si la crise poursuit pas funeste logique, toutes ces « propriétés papier » vont être réduites
à néant.
Par contre, si vous êtes propriétaires d’une
petite cabane, si vous n’avez aucune dette et si l’Etat de droit demeure, cette
propriété tiendra fièrement debout dans la bourrasque. Si vous avez une petite création,
si elle est reconnue, et si les mêmes autres conditions sont remplies, elle
demeurera également. Si le créateur est responsable, son papier sera dur comme
du fer, parce qu’il est facile à contrôler, parce qu’il n’est pas issu de
finance, parce qu’il n’est pas anonyme, et que son propriétaire en répond, à
vous, comme à tous les autres financiers, sur tous ses biens. La mise en œuvre
des Bourses d’Activités Locales pourrait contribuer à renforcer l’ancrage territorial
des créations et la responsabilité des créateurs.