vous faites bien, d’entrée de jeu, de signaler les Français,
mais vous oubliez une passion de Nietzsche : Stendhal.
la route du sud, ne sera pas seulement choc intellectuel, mais physique,
& Nietzsche n’hésitera pas à formuler que toute pensée qui ne vient pas en marchant ne vaut rien.
la pensée en fragments n’est pas simplification, mais surtout aussi pour lui ordonnancement de la méditation, l’ordre des fragments, cette suite, il y travaille beaucoup.
l’anti-platonisme devenant anti-idéalisme, sera, pour heidegger, à la fois le génie de Nietzsche, et son piège : parce qu’il clôt la métaphysique, il y reste attaché dans l’antithèse, et donc n’en sort pas complètement.
on ne doit pas tenir pour un détail que plus d’une fois la terre va trembler côté Nice, lorsque Nietzsche y rédige certaines parties du Zarathoustra.
votre jugement sur cette oeuvre n’est pas recevable, il ne fait pas de « poésie », il insiste que c’est là son sommet, bien des années après, il n’y a donc nul mystère sur la formule « pour tous et pour personne », c’est la porte d’entrée, en forme d’énigme : tout un chacun y est invité, mais peut-être plus en tant que singularité classique, voire en tant que personne ;
sans parler de l’inaccessible logique :
celui qui pourrait le lire ne le lirait pas,
n’ayant pas besoin de le lire, ne pouvant que l’écrire,
c’est donc une expérience d’écriture de l’au-delà de l’écriture,
une énormité que vous piétinez sur un jugement hâtif, on ne comprend pas.
de même qu’à bien relire les opinions du bonhomme ainsi que sa correspondance question femmes et mariages, on le voit mal courir après Lou,
mater photos avec Ray, la charette,
le coup de saint-pierre, la cohabitation, cet ensemble repensé empêche de tomber dans le piège de l’image de ce suppliant qui aurait un problème avec les femmes,
sinon que justement sans illusions, y compris l’illusion Lou.
cette manière de poser nietzsche qui se dit « le plus grand psychologue du féminin » comme en problème avec les femmes relève du même réductionnisme qui consiste à faire de rimbaud un figurant de la gaypride,
le but non-dit, il faut s’en méfier, est de concaténer une pensée, de réduire une parole, et une liberté, même si son discours sur les femmes demeure très discutable.
pas une preuve sinon Ray, tellement intéressé dans le conflit autour de Lou, c’est mince.
réduire le Zarathoustra à un dépit amoureux est le plus irrecevable, c’est nier des pages entières de ce qu’il en dit lui-même, comme s’il était possible d’atteindre ces sommets de langue et de pensée en dépression de perte amoureuse,
cette joie,
ça ne tient pas...
considérer zarathoustra comme parallèle à parsifal en qualifiant de pathos l’intégralité de ce texte dont tout le but est d’en finir avec le pathos, c’est franchement difficile à comprendre.
par contre le parallèle avec rimbaud sur les oeuvres finales est très judicieux,
oui c’est le même courant, presque le style, bien vu.
question volonté de puissance, la lecture heideggerienne propose de l’entendre comme un pléonasme : toute volonté est déjà puissance, toute puissance est volonté,
le tout est donc question de définition de l’être via une définition de la vie comme volonté,
le retournement de schopenhauer n’est pas loin.
enfin, il faut considérer, je sais que là, nul ne me suivra,
que tout ce qu’il raconte à cosima dans cette lettre que l’on croit folle,
peut être : vrai - hypothèse.
un dernier point, pourquoi je commence par le choc physique et la marche ?
je ne pense pas du tout que Nietzsche devient fou, pas une seconde,
sinon volontairement (paradoxe sublime au regard de l’axiome lacanien
« ne deviens pas fou qui veut ») ;
on rapporte que dans la période où il est un danger pour lui-même
c’est que dès qu’on le lache, il court tout droit,
se prenant barrières, murs, parapets, il se splache,
et court le risque de tomber dans le vide.
je trouve ce détail splendide d’éloquence, c’est, attention, du jamais vu,
il a vaincu l’espace et le visible, il n’y a vraiment plus rien,
et la mort qui s’en fout,
ce détail est géant, sublime, c’est le grand signe de la victoire,
une liberté telle,
que plus rien, même le système perception-conscience ne saurait l’arrêter.