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Commentaire de Saltz

sur Terraferma, le film : une vague d'émigrants sur une île italienne


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Saltz Saltz 15 mai 2015 12:49


@César Castique

Que ces quatre titres disent du bien de ce film constitue, de mon point de vue, un élément de dissuasion rédhibitoire.
Ce n’est pas parce que mon adversaire idéologique exprime un avis que je me sentirai obligé d’être d’un avis contraire.

Ce n’est pas un film sur les migrants, mais sur les gens qui les voient arriver.
Cela permet de se poser des questions comme « Et si ces migrants arrivaient dans ma ville ? »

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Ce constat a conduit l’ancienne sous-secrétaire d’Etat italienne Daniela Santanchè à penser que nous sommes en présence d’une invasion, financée par des organismes qui cherchent à déstabiliser l’Europe en opposant les peuples prétendument souverains - qui dans bien des endroits n’en peuvent déjà plus - aux gouvernants qui les ignorent, tout en facilitant la pénétration de djihadistes prêts à passer à l’action lorsque l’ordre leur en sera donné.

C’est peut-être vrai.
Mais je pense que ce sont des « hommes d’affaires » qui voient dans cette activité un moyen de s’enrichir.

Un de nos Observateurs a pu enregistrer en secret une conversation au cours de laquelle un trafiquant installé en Turquie explique comment sont organisés les passages de migrants vers l’Europe. Une description aussi cynique que détaillée de ces voyages à très hauts risques.

La Turquie est un carrefour pour les migrants en provenance du Moyen-Orient cherchant à rejoindre l’Europe. Parmi eux, des dizaines de milliers d’Iraquiens, d’Iraniens et d’Afghans mais la plupart sont des Syriens qui ont fui la guerre. Depuis l’éclatement du conflit, en 2011, ils sont plus d’un million à s’être rendus en Turquie. Ceux disposant de moyens financiers suffisants essaient le plus souvent de quitter la Turquie pour rejoindre des pays d’Europe, où ils ont plus de chance d’obtenir l’asile politique. Dans ce contexte, la Turquie est devenue un véritable paradis pour les passeurs.

...
Ahmad, un Afghan installé à Ankara, est l’un de ces trafiquants. Notre Observateur, dont nous tenons à garder l’identité secrète pour des raisons de sécurité, a enregistré en secret cette conversation avec lui en dari (l’une des variantes du persan, NDLR). Des parties de la retranscription de l’enregistrement ci-dessous ont été réorganisées pour davantage de clarté.

Actuellement, environ 80 % de nos clients sont Syriens. Les autres sont Irakiens, Iraniens ou Afghans. Ils ont rarement une destination précise en tête. On les emmène en Italie ou en Autriche, et ils peuvent ensuite décider de se rendre dans un autre pays, en se débrouillant.

Les prix varient énormément selon les passeurs : tout dépend vraiment de l’argent qu’ils sont prêts à dépenser pour sécuriser le passage de leurs clients. S’ils veulent dépenser très peu d’argent, il y a plus de risques que les clients soient attrapés. Mais que ces derniers soient arrêtés ou meurent, qui s’en soucie ? Ils ont déjà reçu une partie de l’argent en amont, donc ils ne sont jamais perdants.

Il est possible de quitter la Turquie par voie maritime, aérienne ou terrestre. Quand les migrants choisissent la voie maritime, ils rejoignent alors la Grèce. S’ils veulent faire la traversée à bord d’embarcations gonflables, ça leur coûte 1 600 euros. Le voyage à bord d’un bateau de pêche coûte 2 400 euros, et à bord de bateaux de croisière 3 200 euros. Pour les bateaux de croisière, les passeurs emmènent les migrants dans des petits bateaux jusqu’à la limite des eaux territoriales grecques et de là, ils font monter les réfugiés à bord avec la complicité de membres de l’équipage.

Le moyen le moins cher de quitter la Turquie reste la voie terrestre. Si les migrants veulent voyager dans un conteneur à bord d’un camion pour atteindre l’Italie ou l’Autriche, ils doivent dépenser 800 euros.

« Les passeurs se soucient uniquement de l’argent, ils sont prêts à sacrifier n’importe qui pour cela »

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L’an dernier, les autorités italiennes ont sauvé au moins 150 000 migrants en Méditerranée, via le programme « Mare Nostrum ». Elles ont toutefois décidé d’y mettre fin à l’automne 2014, faute de soutien de la part d’autres pays européens. Une initiative européenne était censée le remplacer, mais celle-ci semble compromise après le refus du Royaume-Uni d’y participer. Le ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré que le programme envisagé encouragerait les migrants à prendre davantage de risques pour tenter la traversée. Au moins 2 500 migrants sont morts en mer depuis le début de l’année.

En parallèle de ces négociations, Frontex, l’agence chargée de surveiller les frontières extérieures de l’UE, a lancé l’opération Triton au mois de novembre. Son objectif est principalement de contrôler les frontières par le biais de patrouilles pouvant aller jusqu’à 30 miles des côtes italiennes. Mais Triton ne prévoit ni la recherche, ni le sauvetage de personnes en danger.

Cet article a été écrit en collaboration avec Ershad Alijani (@ErshadAlijani), journaliste à France 24.

http://observers.france24.com/fr/content/20141120-est-jamais-perdants-passeur-devoile-trafic-migrants-syrie-l%E2%80%99europe


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