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Commentaire de Céline Ertalif

sur Réforme territoriale : c'est l'Etat qui fait des économies


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Céline Ertalif Céline Ertalif 2 septembre 2015 00:07

@Michel DROUET et @Aristide


Les observations ou les interrogations d’Aristide me paraissent de bon sens.

L’acte II de la décentralisation nous a inventé un truc absolument incroyable avec le transfert des ATOS aux conseils généraux, maintenant départementaux, et aux régions. Plus de 10 ans après, j’en suis toujours baba. Nous connaissons depuis bien longtemps maintenant la cohabitation dans les écoles entre la gestion municipale et l’Éducation Nationale qui gère le personnel enseignant - encore que c’est un grand mot. La gestion de nos collectivités locales va du pas mal au pas terrible, mais même au plus bas la comparaison entre le management public local et celui de l’État est une éternelle consolation pour les territoriaux. Enfin et surtout, mettre 2 patrons sous un même toit n’a jamais été une idée très intelligente, c’est une cohabitation absurde, on l’a encore vu récemment avec la réforme des temps scolaires : une bisbille permanente entre les deux financeurs, une grande irresponsabilité vis-à-vis des enfants puisqu’on a abouti bien souvent au strict inverse du but annoncé pour des raisons de gestion, à savoir un maintien de la durée quotidienne scolaire et une augmentation de la durée hebdomadaire ! 

Cela dit, je suis en désaccord sur l’enjeu de la mutualisation par rapport au transfert de compétences. Essentiellement pour la raison suivante : la concentration au sein du secteur public n’est pas une bonne chose en soi (le vaisseau amiral de l’EN illustre bien...), mais en même temps on ne gère pas de service public avec 1 000 habitants. Il faut regrouper mais dé-verticaliser, employer les méthodes transversales correspondant à notre époque et aux nouvelles technos. De ce point de vue, le transfert de compétences crée une concentration sans aucune réflexion alors que la mutualisation a le mérite de reposer le problème du rapport entre une administration unique et les décideurs politiques en raison de leur pluralité. Or, justement, l’un des problèmes vraiment importants, c’est que les élus se prennent de plus en plus pour des gestionnaires, des petits patrons alors qu’ils n’ont a priori aucune compétence professionnelle et que ce n’est d’ailleurs pas leur rôle si tant est que nous souhaitons la démocratie. Je suis sûre d’être en accord avec Michel sur cette idée que nous croyons importante : la priorité est de dé-professionnaliser les élus locaux.

Les représentants des électeurs doivent retrouver le chemin de l’activité politique, être un lien entre les experts (internes ou externes) et leurs électeurs, et se recentrer sur les finalités. Qu’ils soient des passeurs pour fabriquer des choix sur les enjeux que les experts peuvent éclairer et qu’ils ressourcent le lien de l’intérêt public avec la population. Aujourd’hui, les élus locaux sont des écrans, ils fantasment un pouvoir patronal alors qu’ils ne sont ni propriétaires ni des managers qualifiés, et de la politique ils ne connaissent plus que l’allégeance à une étiquette politicienne pour se faire reconnaître électoralement tellement ils sont devenus transparents. Ce qui entraîne un rejet du côté des électeurs où la validité de la légitimation du processus électoral est de plus en plus mise en doute, et un rejet par la génération Y du côté des administrations où l’on ne croit pas une seconde à la compétence managériale des élus.

Il est nécessaire de décloisonner les processus administratifs, de les simplifier, de passer d’une domination réglementaire au design par expérimentation progressive. Il s’agit donc de supprimer les emplois sans utilité publique. Cette vision du futur ne peut que choquer la génération actuelle des élus encore attachée à une vision patrimoniale des services publics locaux, teintée de clientélisme, qui choque les jeunes territoriaux hostiles à une hiérarchie pyramidale à la compétence incertaine où les élus se sont installés d’eux-mêmes au sommet. C’est un mouvement parallèle à celui des électeurs qui ne vont plus voter parce que leur sens de la citoyenneté dénonce un déficit démocratique. Cette opposition repose moins sur des conflits d’intérêt que sur une rupture de valeurs, elle conduit droit à un effondrement si l’aveuglement perdure.

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