@njama
Cher Njama, merci pour vos réactions positives
à mon article et l’intérêt que vous portez à ce sujet. J’ai posté ces quelques
mots un peu comme si je jetais une bouteille à la mer. Sans vraiment attendre
une réponse. Ma lettre est un ras-le-bol des confusions. Plus que politique
et engagée, c’est une réaction de cœur, épidermique. Pour avoir écouté les
nombreux témoignages de famille depuis mon enfance, aucune histoire officielle
(car en effet elles sont multiples) ne correspond à la réalité d’en-bas. D’où
l’intérêt de tourner le dos à l’Histoire, pour se pencher sur les histoires des
petites gens. Et je vous rejoins parfaitement quand vous dites que plein
d’histoires feront l’Histoire. Dommage que les programmes de l’éducation
nationale ne s’en soient jamais aperçu. Quand vous évoquez la goutte d’eau dans
l’océan, vous touchez là un point essentiel. Aucune passion ni amitié, aucune
sueur ni olivier planté ne peut rivaliser avec la signature d’une décision
politique qui va tracer le destin de millions d’âmes. Mais c’est une réalité
qui ne concerne pas seulement mes aïeux (je regrette un peu cette expression)
mais les femmes et les hommes de tous temps. Devrions-nous taire nos maux car
de toute façon tout est décidé en haut ? Je ne le pense pas. Je reste convaincu
d’une chose. L’histoire est faite par les hommes et non pas par quelques-uns
seulement. Si un chimiste étudie l’océan, il commencera toujours par la
molécule. Je suis parfois naïf, c’est peut-être pour cela que je me suis
inscrit sur une plateforme comme celle-ci. Car entre les ruines de l’agora de
Ségeste raisonnent encore les doléances de nos ancêtres. Parce qu’à Oradour-sur-Glane,
ce qui m’émeut encore le plus, ce n’est pas tant cette décision abjecte de
bombarder un village et de brûler son église, mais plutôt la voiture désossée
qui semble encore et toujours attendre son propriétaire. Et pour être franc, les Lyautey, les Senatus
consulte... les décrets ... me dépassent un peu. Certains s’émeuvent encore du triste passé
colonial de la France. Et je le comprends parfaitement. Néanmoins, je crois en
définitive que nous passerions notre vie entière à s’irriter. Car si le passé
est ce qu’il est, il a l’avantage de ne plus être. Quant au présent… quelle bizarrerie,
n’est-ce pas… de pointer du doigt le fait colonial comme la mauvaise graine qu’elle
fut...et pondre une loi à ce sujet, alors que nos trois couleurs continuent à
faire croire à certains peuples de ce monde qu’ils peuvent encore décider de
leur sort parce qu’un référendum d’autodétermination est organisé. Aujourd’hui,
les Dom-Tom, il y a de belles plages et le soleil. Et par-dessus tout, des
peuples qui ont raté leur propre révolution.1962 n’a jamais signé la fin du fait colonial. En France, et ailleurs.