Incendies en Californie : l’année
2017 a été une année record.
Californie : les incendies
provoquent des scènes d’apocalypse.
Le gigantesque incendie Thomas, qui a
détruit 800 maisons et brûlé 100 000 hectares,
menace désormais Santa Barbara et d’autres communes du littoral.
L’incendie Thomas, cinquième plus gros
feu d’une année record en Californie, continue de faire des ravages
et n’est encore circonscrit qu’à 20 % après plus de huit
jours. Les flammes ont détruit 100 000 hectares, près
de 800 maisons et en menacent 18 000.
Partout à Carpinteria, cité balnéaire
au bord du Pacifique, c’est la désolation. Les collines carbonisées
dévalent jusqu’à l’autoroute, qui n’a pas toujours su arrêter les
flammes poussées par des herbes et branches en feu propulsées par
des vents dignes d’un ouragan. Le long de la plage, les palmiers qui
symbolisent la Californie ne sont plus que de tristes troncs noirs et
nus.
« C’est la fin d’une ère pour
notre famille », dit Don Thompson, debout sur les ruines de la
maison de son frère, dont il ne reste que deux cheminées calcinées.
« Ici c’était le jacuzzi, là il y avait une terrasse d’où on
voyait l’océan », ajoute ce pilote de ligne à la retraite,
montrant l’horizon enfumé par l’incendie de Thomas. « Il
l’avait construite lui-même », se souvient-il. Son frère mort
il y a quatre ans n’aura pas eu la douleur de voir sa maison avalée
par les flammes, et sa belle-sœur a évacué les lieux à temps.
Mais « il y a eu des larmes », admet-il pudiquement, dans
la nuit de dimanche à lundi quand l’incendie a envahi Stanley Park
Road, à Carpinteria, à quelques kilomètres au sud de Santa
Barbara, un littoral qui fait partie des joyaux de la Californie.
L’ancien pilote a grandi sur ces
collines désormais calcinées qui s’étendent sur des dizaines de
kilomètres. Il y vit encore avec sa femme, son neveu et d’autres
membres de sa famille avec lesquels il exploite une plantation
d’avocats. La moitié de leur verger n’est plus que cendres. Don
Thompson a au moins le réconfort d’avoir pu sauver sa maison. Il n’a
pas bougé pendant que des flammes de 60 mètres
ravageaient les alentours « à 180 degrés autour de
nous ». Sa femme et lui s’étaient préparés, ils avaient une
pompe à eau, un réservoir, un générateur, etc. Malgré l’enfer
autour de lui pendant la sinistre nuit, il avoue s’être arrêté
quelques instants au milieu des efforts pour protéger sa propriété,
saisi par « la majesté » de ce feu spectaculaire.
Sur les collines, le feu fait encore
rage, et des dizaines de bataillons de pompiers tentent de protéger
les maisons et de créer « une ligne » pour endiguer le
brasier, explique à l’Agence France-Presse Don Camp, capitaine de
Calfire, l’agence californienne de lutte contre les feux.
« L’humidité est critique, proche de zéro, on n’a jamais vu
ça », ajoute-t-il depuis un parc où près de 500 pompiers
ont établi une base. Plus de 6 000 sont mobilisés au
total pour affronter Thomas. La sécheresse extrême combinée à des
températures anormalement élevées pour la saison et les vents
violents ont freiné le travail des pompiers. « Nous avons
vraiment été gênés par la fumée, car les avions ne pouvaient pas
voler et lâcher de la poudre ignifuge » ou de l’eau, poursuit
Don Camp.
Si le vent a faibli mardi, il risquait
de repartir de plus belle la nuit venue, et « toutes les
communes du littoral sont encore menacées », y compris Santa
Barbara. Sur Toro Canyon Road, un commandant de bataillon renvoie les
véhicules : « Le feu est très proche, c’est très
dangereux, partez s’il vous plaît. » Derrière lui, un nuage
de fumée progresse sur un versant boisé, masquant les flammes. En
bas de cette route sinueuse où une maison a déjà été détruite,
on voit quatre feux qui brûlent simultanément sur plusieurs
collines. L’air vicié où flottent des cendres et qui rend le soleil
rouge est irrespirable sur des dizaines de kilomètres. Dans la
ville, tous les gens se promènent avec des masques respiratoires
dans une ambiance post-apocalyptique.
Sur Shepard Mesa Lane gisent des
carcasses de voitures carbonisées. La maison de Ken Coffey a pour
l’instant été épargnée. Dans la nuit de dimanche à lundi, les
chaleurs autour des immenses flammes atteignaient près de 50 degrés,
affirme-t-il. « C’était si dangereux, ces types sont vraiment
courageux, ils s’aspergeaient d’eau puis ils y retournaient »,
dit-il des pompiers. Remettant son masque à gaz, Ken est déterminé
à rester coûte que coûte. « Je vais peut-être griller, mais
si je dois partir, quelle manière plus honorable qu’en défendant la
maison familiale ? » conclut ce proviseur d’école à la
retraite.
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