@Robin Guilloux
Les cinquante premières pages du Dossier Freud (Borch-Jacobsen et Shamdasani) examinent très minutieusement cette fabrication de la légende d’un Freud nouveau Copernic. Elles font bien voir, en citant des auteurs de l’époque, qu’il y avait déjà longtemps que la psychologie essayait de se définir comme une science à part entière, et surtout que les « travaux » du Viennois n’ont jamais vraiment rencontré cette opposition due à la « blessure narcissique » et qui aurait fait de l’entreprise freudienne un combat épique contre je ne ne sais quel obscurantisme.
Page 38, on cite un entretien avec Franck J. Sulloway. (Cambridge, Massachussets, 19 novembre 1994)
« Comment Freud, dans son auto-analyse, n’aurait-il pas pu être influencé par ses lectures et par toutes les connaissances scientifiques et résultats qu’il avait glanés chez d’autres chercheurs et dans d’autres disciplines ? Comment aurait-il pu empêcher ces informations d’influencer son auto-analyse ? Si on lit dans la littérature scientifique que la sexualité du petit enfant est beaucoup plus spontanée qu’on ne l’avait jamais imaginé, comment n’essayerait-on pas de vérifier cela au cours de sa propre auto-analyse ? Il n’y a donc rien de surprenant à ce que Freud ait soi-disant retrouvé le souvenir d’avoir vu sa mère nue alors qu’il avait deux ans. La grande affaire si Freud avait découvert dans son enfance des choses similaires à ce qu’il était justement en train de lire ! Il n’y a là rien d’étonnant, c’est même d’une banalité sans nom.
L’histoire freudienne traditionnelle a fait de l’auto-analyse la principale cause de l’originalité de Freud, mais historiquement, ce scénario est tout simplement faux. C’est comme une expérience non-contrôlée : toutes sortes d’idées qui provenaient soi-disant de l’auto-analyse sont considérées comme l’origine des découvertes les plus importantes de Freud, mais nous savons maintenant qu’elles provenaient en général d’autres sources et qu’elles n’étaient certainement pas le produit de son auto-analyse en tan que telle. Cette auto-analyse compte parmi les plus grandes légendes de l’histoire des sciences. »
Le Dossier Freud date de 2006. J’ai quand même l’impression que, depuis, il ne se publie plus grand chose sur la question. Tout est dit. La psychanalyse est morte et enterrée, et c’est une bonne chose. Quand les cartons de la Bibliothèque du Congrès seront ouverts et donneront lieu à des publications empêchées par les freudiens jusqu’au milieu de ce siècle (voir à ce sujet le bouquin de Bénesteau), ce sera probablement une franche rigolade.