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Commentaire de Christian Labrune

sur La malléabilité des dogmes : le Vatican et la peine mort


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Christian Labrune Christian Labrune 4 août 2018 20:38
@Oncle Archibald

Je n’ai absolument rien contre les religions qui, quoique monothéistes, ont renoncé aux grands massacres et commencent à ressembler à celles de l’antiquité qui impliquaient un type de croyance fort différent, excluant toute forme de fanatisme. Quand les Romains étendaient leur empire, découvrant des civilisations nouvelles et exotiques, ils ne forçaient pas les indigènes à se convertir aux dieux de Rome ; a contrario, ils revenaient à Rome en apportant de nouveaux dieux. C’est ainsi que le culte égyptien d’Isis s’est peut à peu développé dans Rome, dont on retrouvera plus tard des traces évidentes dans le christianisme. Des dizaines de sculptures, au Louvre, figurent Isis allaitant Horus, qui ressemblent fortement, dans un style évidemment tout différent, aux madones de la peinture italienne du XVe siècle. Si les chrétiens des premiers siècles (Gervais et Protais par exemple, sous Néron) avaient consenti à sacrifier aussi, comme tout le monde, aux dieux de la Cité, on ne les aurait évidemment jamais persécutés. On ne peut guère comparer l’empereur-philosophe Julien, tentant avec beaucoup d’intelligence de restaurer le paganisme, à Constantin le converti qui l’avait mis à mal d’une façon si barbare. Dans un petit bouquin très intéressant, Paul Veyne se demande si les anciens croyaient vraiment à leurs dieux. Ils n’y croyaient assurément pas comme y croiront les monothéistes. Il y avait probablement un attachement très superstitieux du petit peuple aux cultes institués, mais les gens cultivés étaient déjà Voltairiens, très conscients de ce que Spinoza appelle le théologico-politique, et considéraient donc les dieux comme des créations humaines fort utiles pour donner un sens à l’organisation de la Cité. Rien de plus. Si je vivais au Japon, je me convertirais sans difficulté au shintoïsme ; ce serait une manière agréable et commode de m’initier à l’esprit de la poésie japonaise.

Je n’ai aucune envie de combattre le christianisme, ce serait tirer sur une ambulance, et à chaque fois que je l’ai pu, j’ai pris la défense des chrétiens d’Orient. Je passe rarement devant une église à Paris sans y entrer pour en faire le tour, mais je ne peux évidemment pas croire un seul instant aux dogmes que le catholicisme continue à essayer de propager, auxquels les chrétiens eux-mêmes, dieu merci, ont cessé de croire. Franchement, croyez-vous que le Christ soit réellement présent dans l’eucharistie sous les espèces du pain et du vin ? Si vous n’y croyez pas, si vous me dites comme la plupart des catholiques que j’ai interrogés, qu’il s’agit d’un « symbole », vous n’êtes qu’un protestant, c’est-à-dire un hérétique. Si vous ne croyez pas que Jésus soit le fils de Dieu, selon le credo de Nicée qui décide cela très tardivement en 325, vous êtes un abominable arianiste. La plupart des catholiques ne croient évidemment pas que Marie, dont l’existence n’est pas plus attestée historiquement que celle de son fils, ait été conçue sans péché (Immaculée Conception) ni qu’elle ait pu être engrossée par le Saint-Esprit. Je passe sur d’autres croyances, comme celle du purgatoire fabriqué par l’Eglise au XIe siècle, celle de la résurrection des morts, de la vie éternelle et du paradis où, selon Tertullien, le bonheur des élus se trouve augmenté de la vision qu’ils ont des damnés perpétuellement torturés par les démons à l’étage en-dessous !

Le catholicisme au XVe siècle, avec son culte marial, ses ribambelles de saints à tout faire, était déjà redevenu un polythéisme. Sans la réforme protestante qui recommence à prendre au sérieux ce qui n’aurait jamais dû l’être, on en serait resté là. Les guerres de religion du XVIe siècle n’auraient jamais eu lieu, le courant janséniste n’aurait jamais existé, ni les dragonnades après la révocation de l’Edit de Nantes. Assurément, on ne s’en porterait pas plus mal.

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