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Commentaire de Renaud Bouchard

sur De l'appel au meurtre à l'appel au génocide : PLB ou le clip raciste de Nick Conrad


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Renaud Bouchard Renaud Bouchard 10 octobre 2018 11:38

Aux lecteurs.

Le rap français, cette parodie de la négritudeRap et jazz, discours de haine contre discours universelparJean Szlamowicz - 10 octobre 2018
https://www.causeur.fr/rap-conrad-jazz-negritude-violence-155160?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=b118362dfe-Newsletter_14_juin_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-b118362dfe-57275213La récente polémique autour du rappeur « anti-blancs » Nick Conrad n’est que la dernière d’une longue liste. Le rap a souvent véhiculé un discours de haine, contrairement au jazz et à son discours universel.

Dans le champ social où le moindre « dérapage » est l’objet d’une couverture médiatique dépendant largement du positionnement idéologique des «  coupables », la liberté d’expression est devenue un enjeu remarquable, chacun considérant volontiers qu’il faudrait interdire à ses adversaires la parole publique. Si l’art est fréquemment considéré comme exempté des mêmes devoirs que la parole ordinaire, l’effet de scandale resurgit cependant à intervalles réguliers.

« La France est une garce, n’oublie pas de la baiser »

Récemment, le clip « Pendez un blanc » du rappeur Nick Conrad a fait un peu parler des excès verbaux du rap. Il ne s’agit pas d’un épiphénomène mais d’une véritable formation discursive dont l’agressivité envers la France et «  les blancs » est un topos récurrent. Quand un certain Monsieur R affirme : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope il faut la traiter, mec ! » — prolongé avec esprit par le Ministère A.M.E.R. : « J’aimerais voir brûler Panam au napalm comme au Vietnam […] j’ai envie de dégainer sur des faces de craie » — il s’agit de thèmes constituant l’épine dorsale du discours politique du rap.

De fait, ce discours prônant rébellion contre l’autorité, guerre civile et guerre raciale, est d’une violence permanente illustrée par de nombreux cas de poursuites pénales. On remarque que le discours ainsi véhiculé par le rap, fondé sur des préjugés haineux — volontiers anti-français, racistes, sexistes, homophobes, violents — semble validé idéologiquement par les médias et même la justice. C’est ainsi que Gilles-William Goldnadel, dans un récent article, parlait avec clairvoyance d’une « indulgence judiciaire idéologisée ». En témoigne un édifiant article d’un avocat, rappelant les limites et les usages juridiques de la liberté d’expression en matière de rap, qui constate que la liberté d’expression y connaît « une tolérance élargie ». On y apprend entre autres que la cour d’appel de Rouen considère que le rap est «  un genre musical enraciné dans la culture populaire trouvant ses origines dans la misère et la souffrance, le rejet et le ressentiment (…) qui exprime la désolation et le mal de vivre des jeunes en banlieue, leur refus de se résigner face à des situations vécues comme injustes et perçues comme un rejet et de formuler leur aspiration à un mode de vie autre que celui qui les exclut et les marginalise ».

Pardonnez-leur, ils savent ce qu’ils font

On découvre ainsi qu’une cour d’appel, avec une morgue et une hauteur d’une condescendance extrême, s’autorise à des jugements esthétiques, historiques, sociologiques et culturels sur lesquels elle se fonde pour dire le droit. Il en ressort une essentialisation radicale de la banlieue qui semble indiquer qu’une origine et un mode d’expression ouvrent des droits à l’appel à la haine et au meurtre. En effet, ce même jugement conclut, fort hypocritement, que les seules paroles ne suffisent pas à faire « présumer chez l’auteur de la chanson et ses interprètes une volonté de créer dans le public un état d’esprit favorable à la réalisation d’une atteinte volontaire à la vie ou à l’intégrité physique d’autrui ». En français non jargonnant, cela signifie qu’on décide de faire semblant de ne pas entendre la réalité des intentions qui s’expriment dans le rap. Comme s’il ne s’agissait que d’un jeu esthétique sans effet social — ce qui est pourtant contradictoire avec le constat d’une origine sociale vivant dans « le ressentiment ». Sans parler de la réalité émeutière des banlieues, qui semble montrer de manière relativement évidente un état d’esprit favorable à la réalisation de cette fameuse atteinte volontaire à tout ce qui passe à portée de cocktail Molotov.

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Le pouvoir de promulgation, de définition et de dénomination de la justice s’accompagne d’une valeur jurisprudentielle dont les effets sont durables. Ils incarnent en effet ce qui devient une norme juridique et, partant, culturelle. À partir du moment où on sait qu’on ne sera pas condamné pour certains faits, on peut les reproduire en se fondant sur cette jurisprudence.

Dans ce genre de jugement, il est donc considéré comme définitoire que le rap exprime une forme de haine et, par conséquent — et c’est ce lien logique qui relève du parti pris — qu’il doit être exempté de sanctions pour ses propos, y compris quand ils relèvent de l’incitation à la haine, au désordre public, à la violence, au meurtre, etc.

Le mot « poésie » excuse tout

C’est une position qui peut se défendre dans la perspective d’une liberté d’expression conçue avec une latitude extensive. Le problème est dans le deux-poids, deux mesures. Un non rappeur se verra harcelé pour des propos beaucoup moins virulents. L’exemple type étant celui de Georges Bensoussan, accusé d’incitation à la haine pour avoir dénoncé l’antisémitisme musulman. Ne comptons plus les procès similaires qui pleuvent sur Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, etc. qui tendent à criminaliser des opinions.

Selon son origine, selon son type de discours, on sera ou non poursuivi et, éventuellement, condamné. Ce contraste entre ce que l’on tolère chez l’un et pas chez l’autre est constitutif d’un arbitraire de la loi. Cela signifie que la justice exprime des préférences idéologiques et politiques : le citoyen constate, de manière aveuglante, une injustice concernant l’exercice de la liberté d’expression.

On a dès lors l’impression que le mot «  poésie » excuse tout : si c’est de l’art, c’est permis. Cette exception est étrange : on peut donc exprimer ce que l’on veut si c’est sur une trame rythmique, si l’on met quelques rimes, ou que l’on se déhanche avec une casquette à l’envers. Le contenu discursif devient acceptable socialement, même s’il s’agit d’appel au meurtre. Pour des propos nettement moins incendiaires, le citoyen qui ne slamme pas risque la poursuite. Il suffirait donc de chantonner ou d’habiter Saint-Denis pour que la loi s’applique différemment.

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