Au collège, enfin, l’équivalent du collège en France, j’avais un très mauvais prof de français, un géant qui piquait facilement des crises de colère. Pendant ces crises, il répétait toujours les mêmes phrases, du genre « j’en ai mâté d’autres que vous, avec moi, ce sera le pot de fer contre le pot de terre ». Ou encore, « mais c’est incroyable, chaque fois que j’ouvre la bouche, il y a un imbécile qui se met à parler ». Nous pensions tout bas « on ne vous le fait pas dire », mais personne ne le disait...quand il était tout rouge, il faisait quand même un peu peur.
Nous ne prenions pas ses cours au sérieux parce que nous sentions qu’il ne les préparait pas et que c’était de l’improvisation du début à la fin. Nous aimions le taquiner un peu pour parce que ses crises de colère nous amusaient. Mais nous l’aimions bien quand même parce qu’il jouait au foot avec nous, et que sur le terrain c’était un spectacle à lui seul.
Un vieil inspecteur voulait sa peau. Chaque fois que cet inspecteur assistait à notre classe de Français, notre géant irascible à qui le sang montait si vite à la tête était tout pâle. Un jour, nous avions appris la visite prochaine de cet inspecteur prétentieux que nous détestions tous. Voilà ce que nous avons proposé à notre cher prof de français. Nous allions tous ensemble procéder à la répétition d’une classe modèle sur la conjugaison des verbes en -aindre, -eindre et -oindre. Chacun de nous, même le cancre le plus accompli aurait les bonnes réponses et nous poserions même quelques questions pertinentes. Ce fut un succès, l’inspecteur n’en croyait pas ses yeux. Le lendemain, notre prof nous remercia une larme à l’œil.
À partir de ce jour, nous nous sommes un eu calmé et lui aussi. Nous faisions encore de temps en temps des remarques fines, mais au lieu d’exploser, il souriait et cela s’arrêtait là. Un jour, que son garage avait été enseveli par un petit glissement de terrain, certains d’entre nous se sont portés volontaires pour l’aider à déblayer. Le travail fini, sa charmante épouse qui était prof de politesse et de bonnes manières dans une école privée nous invita à prendre le thé et quelques petits gâteaux. Mais elle s’excusa parce qu’elle devait préparer son cours. Ce à quoi notre géant répondit « Mais non, reste avec nous, pas besoin de préparer un cours de politesse, tu n’as qu’à leur dire qu’ils doivent être polis, qu’ils doivent céder leur place dans le bus aux personnes âgées et aux femmes enceintes, etc. etc. »