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Commentaire de Vivre est un village

sur Le virus de la prise de conscience ?


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Vivre est un village Vivre est un village 14 mars 2020 09:51

@Vivre est un village

- Quand la ronde humaine tourne à l’envers

[...]On pourrait comparer ce processus à l’effondrement progressif d’un édifice entraîné par la fragilisation, puis la destruction d’une partie vitale. On peut considérer notamment que la montée du néolibéralisme et les mutations du capitalisme détruisent peu à peu le étages supérieurs : les cercles de relations symboliques qui nourrissent le sentiment d’appartenance à une communauté politique élargie et solidaire (la classe sociale, la nation). La grande société n’est plus protectrice, elle n’est plus source d’identité à peu de frais pour l’intimité. Le sommet de l’édifice est détruit par la guerre économique généralisée et les appels à l’évacuation lancés par les politiques : « La nation ne peut plus rien pour vous, débrouillez-vous c’est désormais dans l’entreprise que se règlent les problèmes ! » Alors tout le monde se replie à l’étage inférieur : les relations sociales au travail. Mais là aussi, de plus en plus, c’est la guerre. Pour survivre, il ne faut pas être gentil et convivial, il faut se battre. Pou être soi, il faut être contre et non pas avec les autres ; le conflit psychique interne s’accentue, et avec lui le stress et la peur de l’autre. Pour préserver son équilibre, essayer de retrouver l’unité perdue, la société, l’individu évacue alors aussi l’étage du travail, qui n’est plus qu’un champ de bataille, et se replie dans son quartier, dans sa communauté. Là on retrouve un peu de paix et d’unité. Mais la dislocation de la grande société et de la solidarité à tous les étages supérieurs engendre tant de violences et de méfiance que, bientôt, la communauté se transforme en camp retranché (parfois même avec de vrais barbelés et de vrais miradors à la frontière !). Il faut montrer patte blanche (sans jeu de mots) pour rentrer chez soi.[...](p441)

[...]Pauvre famille ! Elle finit par constituer le seul et unique cercle de relations humaines, et on lui demande l’impossible, à savoir : supporter à elle seule la charge de satisfaire toutes les aspirations contradictoires de l’être, qui étaient autrefois conciliables grâce à l’imbrication solidaire des cercles de relations humaines constitués par le quartier, l’école, l’entreprise, les amis, les associations, la profession, la classe sociale, la nation,., L’individu en vient ainsi à reporter sur quelques êtres chers la charge qui, dans une société humaine, incombe à une multitude d’êtres différents. Exigence démesurée et mission impossible, que l’individu est lui-même incapable d’assumer en retour pour ses proches. Même la famille peut ainsi devenir un espace de frustration qui s’effondre dans l’ennui dépressif ou l’affrontement violent[...](p442)

- Notre résilience rend la société malade

[...]Néanmoins, l’immense majorité d’entre nous n’est pas malade, mais seulement résiliente. Nous nous protégeons efficacement et laissons la maladie hors de nous, c’est-à-dire dans la société. Loin de nous dissoudre par identification inconsciente à ce régime détestable, nous le souffrons en silence, en compensant ses désagréments par les plaisirs de la vie familiale, la consommation, la camaraderie avec quelques collègues, l’invention de toutes sortes de pratiques qui redonnent du sens à notre travail, etc. En somme, on fait avec, du mieux qu’on peut.

Mais « faire avec », c’est toujours au bout du compte « faire ce que l’on exige de nous et non ce que l’on estimerait le plus justifié. C’est effacer le conflit psychique personnel, non en combattant la réalité qui nous menace, mais en évitant au contraire le conflit social et politique ouvert qui serait nécessaire pour changer la société. Aussi, notre résilience nous sauve la vie, mais elle fait aussi de nous les objets dociles d’une servitude volontaire. Face à un monde que nous nous estimons incapables de transformer, nous recourons largement à la sagesse de ce roi du monde rencontré par le petit prince de Saint-Exupéry : il n’ordonne que ce qu’il sait devoir se produire inéluctablement. Consciemment et inconsciemment, nous utilisons tous les instruments réels ou artificiels nous offrant au moins l’impression de rester maîtres de nos vies. Mais on ne peut éviter ce constat : la réussite de cette lutte pour notre intégrité mentale se paie au prix fort d’une soumission de fait au modèle imposé par ceux qui nous font violence et anéantissent la perspective d’un authentique progrès humain.

Ainsi, paradoxalement, c’est sur la volonté farouche de préserver notre peu d’autonomie que s’appuient les néolibéraux pour nous en déposséder. Car, au moment où celle-ci ne peut plus être préservée sans que soit engagé un vrai combat politique, les individus résilients préfèrent les satisfactions certaines… plutôt que les frustrations garanties d’un engagement politique. La contribution historique de tous ceux-là est donc identique à celle des victimes perturbées au point d’internaliser les valeurs de leurs bourreaux.[...](p444)

- Bilan de l’enquête

[...]Proposition 3. Parce qu’elle défait l’unité de l’être et celle des groupes humains indispensables à l’intégrité et à la santé mentale de l’être, la dissociété est une source continue de souffrance psychique ; elle constitue donc une pathologie sociale.

Proposition 4. La réaction saine et adulte à une agression consiste à identifier l’agression et à mobiliser ou inventer les moyens de se protéger ou de lutter consciemment contre elle. Toute autre réaction est donc l‘indice d’un processus psychopathologique (pour partie inconscient).

Proposition 5. L’être humain ordinaire est prédisposé à protéger son intégrité psychique contre une situation de conflit intérieur anxiogène par un réflexe de déconnexion avec la réalité, d’absence du moi, qui efface ou atténue fortement le sens de sa responsabilité.


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