Non Monsieur Onfray, Freud n’était pas Patriarcal :
Michèle Halberstadt est une femme puissante du cinéma français. Productrice et distributrice de films d’art et d’essai étrangers, elle a entre autres coproduit Rosetta des frères Dardenne. Elle est aussi écrivaine, auteure déjà de huit livres. Son nouveau récit, Née quelque part, est particulièrement émouvant et passionnant.
Elle a mené deux enquêtes en parallèle qui se sont avérées d’une grande richesse. La première fut de partir à la recherche de la famille de son père. Celui-ci, comme sa mère, furent quasi les seuls de leurs familles à échapper par miracle à l’extermination par les nazis. Toute sa vie, son père a refusé de répondre à ses questions et lui a demandé de ne pas ouvrir cette « boîte de Pandore ».
Mais, à 94 ans, cinq jours avant sa mort, il lui a adressé comme un appel en lui montrant la photo de sa mère à lui, pour la première fois. Il la gardait secrètement sur lui et il dit à Michèle Halberstadt qu’elle ressemblait à sa grand-mère. Ce fut le dernier jour où elle vit son père vivant. De plus, elle restait apparemment la dernière à porter le patronyme d’Halberstadt. Elle avait donc une mission à remplir.
Cette injonction muette de son père l’a amenée à sillonner bien des pays et à ouvrir bien des « boîtes ». Elle en est arrivée à visiter en Pologne les camps d’extermination nazis et à se confronter à ce qu’elle constate encore d’antisémitisme aujourd’hui. Elle a séjourné dans la ville de Wegrow où son grand-père avait vécu et dont il fut un des dirigeants du judenrad, le conseil juif que les nazis imposaient pour être l’intermédiaire entre eux et la population juive. C’est la peur au ventre qu’elle alla vérifier si ce grand-père avoir été un héros ou un salaud et si c’était cela le secret du silence persistant de son père.
Un voyage si éprouvant qu’il marqua jusqu’à son corps, voyant son glaucome brusquement s’aggraver, comme si ses yeux refusaient de voir encore ce passé.
Un Freud non misogyne
L’autre enquête est arrivée par hasard sur sa route mais s’avérera si riche qu’elle prend la moitié du livre. Elle découvre que le gendre de Freud, le mari de sa fille Sophie, le photographe Max Halberstadt, portait le même patronyme qu’elle. Est-elle donc liée à la famille de Freud lui-même ?
Max Halberstadt habitait Hambourg et est l’auteur des célèbres photographies de Freud dont celle - magnifique - illustrant la couverture du livre, où on voit le regard si aimant qu’échangent Freud et sa fille.
L’enquête de Michèle Halberstadt nous dévoile un Freud tendre, attentif à sa fille préférée, hélas morte très jeune, continuant à aider son gendre, effondré quand meurt son petit-fils Heinz dont il s’occupait avec amour. Michèle Halberstadt dresse du père de la psychanalyse un portrait bien éloigné de l’image du misogyne patriarcal qu’on lui donne parfois. Elle cite une lettre où Freud témoigne du souci qu’il a de promouvoir la contraception pour les femmes.
Cette double enquête - sur son père et
sur le gendre de Freud - aboutit à la ville éponyme d’Allemagne de l’Est. Si on remonte loin dans le passé, tous les Halberstadt - il y en a partout - sont issus de familles juives de cette ville allemande.
Au terme de ce très beau récit, elle peut dire qu’elle a rendu justice à son père.
Écrire est une consolation
La force de ce livre est dans sa construction qui ménage les surprises de l’enquête mais aussi dans l’émotion qu’elle a ressentie et qu’elle laisse sans cesse poindre comme lorsqu’elle évoque la mort tragique du petit-fils de Freud et qu’elle ne peut cacher la mort de son propre bébé.
Sortie de ce livre « plus apaisée », dit-elle, elle a pu enfin dire qu’elle est « née quelque part » comme dit le titre de son livre, elle peut désormais dire « d’où je viens ».
17/03 16:08 - Pierre Régnier
@tashrin Je ne vous garderai pas une hostie, mais je vous invite à vous débarrasser de ce (...)
17/03 13:13 - tashrin
@Pierre Régnier C’est un résultat de la paresse intellectuelle, du refus de faire (...)
17/03 13:13 - karim
@Pascal L « Ne vantez pas vous-mêmes votre pureté ; c’est Lui qui connaît mieux ceux (...)
17/03 11:05 - Pascal L
16/03 21:41 - arthes
@karim Faut qu’il réfléchisse mais à mon avis, c’est assez mort...Tout comme (...)
16/03 21:18 - karim
@Pascal L Vous répétez souvent et dîtes même que vous attendez avec impatience que des (...)
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