@facta non verba
« avis
de bibliste (…), textes sacrés, dont ils se plaisent à souligner
la profonde débilité »
Vous
voyez, cette simple phrase montre toute votre partialité et
disqualifie votre propos. Un bibliste qui trouve les textes bibliques
absurdes n’est pas un bibliste, tout simplement. Le plus agnostique
des biblistes leur accorde au moins un intérêt anthropologique,
qu’ils ont eu incontestablement à un moment de l’histoire.
« Au
fait, puisqu’il faut ignorer le sens littéral, préférez-vous
l’allusif ? l’exégèse ? le mystique ? Ou bien
faites-vous partie des seuls initiés autorisés à comprendre. »
Il
faudrait tout reprendre depuis le début et je ne vais pas le faire
ici. Le point de départ est au moins de considérer que ce sont des
textes qui ont été produits dans des contextes différents, avec
des finalités différentes, et de ne pas tout aplatir comme le fait
malheureusement souvent JP Ciron. Chaque texte de la Bible est doté
de plusieurs dimensions. Rappeler l’exode d’Egypte au moment de
l’exil à Babylone a une fonction de consolation et de promesse
qu’il faut prendre en compte. On ne peut pas le lire platement
comme un récit historique. Il y a toujours cette triple dimension
dans les récits bibliques : souvenir (du passé) –
consolation (pour le présent) – promesse (pour l’avenir). C’est
de l’herméneutique de base. Et cela vaut aussi pour le récit de
la conquête de Canaan, qui traumatise tant de monde ici. Lire cela
au premier degré sans considérer les autres dimensions c’est
défigurer le texte. C’est la lecture que faisait Voltaire et que
beaucoup font ici. C’est méconnaître les différents niveaux de
lecture de l’Écriture,
connus depuis deux mille ans, c’est avoir deux mille ans de
retard. Et c’est la Bible elle-même qui enseigne à la lire
ainsi : il est toujours question de souvenir (« Souviens-toi
Israël »), de consolation et de promesse. Les trois dimensions
sont inséparables. Dans le malheur, on se souvient du passé, et on
espère pour l’avenir. Il ne faut jamais limiter le texte à sa
signification événementielle. Lorsque le Christ lave les pieds des
disciples, il leur dit ensuite : « Comprenez-vous ce que
j’ai fait ? C’est un exemple que je vous ai donné, pour que
vous fassiez... etc. » (Jn 13, 13). Mais lire le texte sans
chercher à comprendre l’Esprit qui l’a dicté, c’est se
condamner à des contre-sens patents, vraiment puérils. C’est une
mentalité moderne, totalement étrangère aux auteurs des textes, et
qui n’est pas apparue avant la Renaissance.