Lippman
et Bernays n’ont rien inventé, et la manipulation de la population
(plutôt que du « peuple », un mot très ambigü). Le mot
propagande lui-même a été forgé involontairement par le
pape Grégoire XV en 1622 avec la création de la Congrégation pour
l’évangélisation des peuples (Congregatio de Propaganda
Fide), organisme doté d’une imprimerie et destiné à lutter
contre le protestantisme naissant.
Mais
le « père » des théories modernes de « fabrication
du consentement est Gustave Le Bon qui a publié « Psychologie
des foules » en 1895, ouvrage dans lequel il développait des
analyses et des constats qui ont inspiré les plus grands stratèges
de la « fabrication du consentement », de la publicité,
du marketing, et de ce qu’on appelle aujourd’hui la communication.
L’utilisation
des techniques développées en la matière pour contrôler la
société ne sont pas liées à ce qu’on appelle les « démocraties ».
Les
idées contenues dans « Psychologie des foules » ont joué
un rôle important au début du vingtième siècle. Il paraît que
Mussolini, Hitler, Staline et Mao les connaissaient bien, même s’ils
sont accusés d’en avoir détourné les principes, et Roosevelt,
Clemenceau, Poincaré, Churchill, de Gaulle, etc. s’en sont également
inspirés.
Dans
« le fil de l’épée », de Gaulle a emprunté à Le Bon
les thèses considérant la suggestion comme explication des
phénomènes de la domination et affirmant l’idée que la « crise
de l’autorité »correspond à une évolution par laquelle le
principe d’autorité lui-même s’adapte à la « modernité » :
l’autorité traditionnelle est remplacée par la suggestion pure,
qui permet aux chefs de se faire obéir des masses par la seule force
de leur personnalité, de plus en plus indépendamment des cadres
établis. Pour de Gaulle comme pour Le Bon, la magie du social tient
en un mot : le prestige.