Un thème qui m’est cher : on ne peut tout avoir. Quand une femme s’épanouit, généralement elle perd l’amour de l’homme qui la veut uniquement maternelle et soumise. La psychanalyste Jacqueline SHAEFFER a parfaitement expliqué ce dilemne qui remonte à la nuit des temps. Dans sa postface au livre de Jacqueline Schaeffer Le refus du féminin, René Roussillon considère que l’ouvrage est devenu à présent un « classique » de la littérature psychanalytique, en raison de « ses thèses originales, novatrices, engagées » au sein du débat toujours actuel sur la sexualité humaine12. Alors que chez Freud, le modèle de la sexualité est dans la majeure partie de son œuvre celui de l’orgasme masculin et que le féminin reste presque jusqu’à la fin l’énigmatique « continent noir », R. Roussillon relève que justement le traitement de la question du féminin par J. Schaeffer est un « point essentiel et novateur »13. Freud ne commence d’ouvrir résolument un autre modèle pour le féminin qu’après 1930, c’est-à-dire après le tournant de 1920 et l’intégration de la question du narcissisme : ainsi donc, si « le modèle explicite et implicite de l’exploration du féminin est chez J. Schaeffer principalement celui de l’hystérie », R. Roussillon pense que « l’exploration du narcissisme est aussi l’un de ses horizons, mais en lien avec des formes de sexualité, les comportements dits “pervers”, qui témoignent d’un reliquat de blessure narcissique primaire amalgamé à échec devant la différence des sexes »13.