Les contaminations linguistiques de la
langue française par l’espèce invasive qu’est l’américain sont en
train de faire subir à notre vocabulaire quelques mutations qui
rendent difficiles la compréhension des certains articles, et c’est
le cas pour le mot « intelligent ».
Par exemple, le terme "intelligence
artificielle« (IA) est une traduction littérale de l’américain
»artificial intelligence" (AI), sans prendre en
compte le fait qu’il s’agit d’un « faux-ami », ce qui induit
un glissement de sens et provoque des malentendus aussi absurdes que
le fait de traduire « desperate » par « désespéré »,
alors que ça signifie « prêt à tout ».
Même si les deux langues sont encore
assez proches, l’idiome parlé aux États-Unis s’éloigne de plus en
plus de l’anglais dont il est issu, ce qui augmente les risques
interprétations erronées quand on n’a appris que l’anglais à
l’école et qu’on lit ou entend un texte en américain.
Déjà, le mot anglais « intelligence »
que l’on trouve dans « intelligence service », se traduit en
fait par « service de renseignement », car dans cette langue,
« intelligence » signifie « clairvoyance » ou
« discernement », alors que le mot français "intelligence’
(capacités intellectuelles, compréhension) se traduit en anglais
par « cleverness » ou « smartness » (smartphone
signifie téléphone intelligent).
Or, l’écart se creuse quand il s’agit
de l’américain. Par exemple dans la formule "intelligent
design« qui désigne la doctrine intitulée »créationnisme"
en français, on peut traduire « design » par « dessein »
ou « projet », ce qui ne pose pas de problème, mais pour le
mot « intelligent », c’est plus ardu, car il signifie dans ce
cas « intentionnel, conscient, volontaire, pensé » (tous
mots antonymes de « fruit du hasard ») et non pas comme en
français « doué de raison ».
Pour ce qui est du terme "artificial
intelligence« , si l’on considère que le mot »artificial"
peut se traduire par « faux »,ou « synthétique »,
une autre traduction littérale par un traducteur en ligne pourrait
être : « renseignement synthétique ». Pourquoi pas ?
Il s’ensuit que des gloses développées
à partir de méprises ne peuvent qu’aggraver les dérives.
"traduttore
taditore". Aucune traduction n’est innocente.