Critique estivale du dernier disque de Carla Bruni
Après un fulgurant succès en 2002, deux millions d’albums vendus dans le monde, et un second album moins glorieux, même pas le cinquième des ventes, Carla Bruni s’apprête à sortir son troisième album. La date initiale du 21 juillet a été avancée et c’est le 11 juillet que son opus sera disponible dans les bacs.

N’étant pas du sérail, je n’ai pu écouter en avant première les extraits du disque mais cela n’empêche aucunement un avis cadré dans une critique de l’événement qui dépasse la sphère artistique. D’ailleurs Carla Bruni est-elle réellement une artiste au sens traditionnel du terme ? Les puristes diront que non. Mais elle est une artiste selon les critères de l’ère vidéosphérique qui accorde l’étiquette d’artiste à tout individu, quels que soit sa confession, son sexe, son âge, son origine, du moment qu’il puisse se prévaloir d’un certain nombre de passages devant les caméras des studios de télévision. Alors aucune hésitation, Carla Bruni est une artiste et en plus, une artiste importante, VIP, très importante. Car elle sera reçue par Michel Drucker en septembre. Et c’est une excellente nouvelle pour Michel Drucker qui pourra continuer à faire de la télé publique en téléphonant à Carla au cas où quelques méchants idéologues du Kultur Paf seraient tenté d’évincer celui qui a tant contribué à rendre célèbre les artistes français. Et sans les Drucker, les Sébastien, les Arthur, les Lumbroso, la France n’aurait aucun artiste vidéosphérique. Un petit rappel, Gérard Manset existe encore, et quelques autres, mais je ne les citerai pas, ne voulant pas gâcher la fête à Carla dans ce billet. Carla qui sera aussi rédactrice en chef du journal de Denisot pour la 800ème, signe d’une fatigue chez Canal ?
L’album devait sortir le 21 juillet. Ce n’était pas une date très bien choisie. C’est en effet à cette période qu’on fait passer les textes en douceur au Parlement, pendant que les gens sont en vacance. Et les lois votées passent inaperçues. Il eut été scandaleux que le disque de Carla passe inaperçu, qui plus est, à la fin des soldes, au moment des grandes braderies, avant que les aoûtiens ne foutent le camp ! Pas question de penser le moindre instant que le disque de Carla mérite d’être bradé. Respect à la première dame de France, dont le disque sort à la période des soldes. Un disque dont curieusement, les droits d’auteurs seront reversés à la Fondation de France. Voilà une décision très morale. On ne sait pas si elle est liée à la promotion du disque par France Inter, une radio de service public. Il eut été inconvenant que la première dame de France, nourrie logée et blanchie à l’Elysée, puisse bénéficier d’une promotion à l’œil par une radio d’Etat. Si donc le disque édité par Naïve sera sur les ondes nationales, la dame ne touchera aucun droit d’auteur. Mais en aurait-elle touché dans le cas contraire, avec une promotion sur TF1 et tous les adorateurs du clinquant et du pouvoir monarchique ? Rien n’est moins sûr car pour avoir des droits d’auteurs, il faut vendre son disque. Et c’est pas gagné car 20 euros, ça ne compense même pas le surplus à la pompe que paiera le Français moyen pour se rendre en vacances.
Pourtant, selon les connaisseurs de la dame à la guitare qui a été mannequin, le disque de Carla est super, agréable, super bien fait, frais, belles mélodies, textes à écouter autant qu’entendre, qui est sa came, plus mortel que l’héroïne afghane et la blanche colombienne ? La rumeur aurait laissé entendre que le Président chante sur le disque mais quelles sont les paroles ? Tu es mon salut, plus sexy qu’Hillary, plus belle qu’une andalouse, plus mortelle qu’Ava Gardner… Ah les rumeurs, si ça peut aider à la promotion ! Dans la profession des journalistes, il est interdit de dire du mal du disque de Carla. C’est certain, nos deux compères du Nouvel Obs sont mal vus ; eux qui ont ironisés sur les chants Elysée, se faisant fort de descendre son seulement l’album mais de moquer la posture de la dame plus que de raisonnable. Ce n’est pas juste. Carla Bruni n’est pas plus foldingue que Lio, et elle est aussi intelligente que Vanessa Paradis ou Mathilde Seigner ; elle n’est pas plus ridicule que Céline Dion, pas plus capricieuse que Christine Bravo, pas plus prétentieuse que Laurence Ferrari. Mais elle n’a pas encore la légion d’honneur.
Quant au disque en lui-même, il est dit-on en rupture avec le plan folk song du premier album. Attention, ne voyez pas forcément un message subliminal dans le mot rupture. Ce vocable est employé pour signaler les grands artistes, de Bowie aux Floyd, capables de se renouveler sans cesse et d’écrire des albums en rupture avec le précédent. Et Dieu sait si Carla est une grande artiste, super originale, qui après avoir fait du folk song, puis essayé un succès international en chantant en anglais, tente un plan pop song des sixties ce qui lui va comme un gant ou à défaut, s’accorde avec ses cordes vocales au spectre un peu limité disent les spécialistes. Mais bon, n’oublions pas depuis la jurisprudence Hardy-Gall, il n’est pas illégal de faire carrière dans la chanson quand on n’a pas de voix. Dieu merci, les autres professions sont plus réglementées et quand on ne voit pas, on ne peut pas devenir commandant de bord dans un avion. Le disque de Carla fait 42 minutes. C’est pas beaucoup mais suffisant pour exprimer toute sa créativité illimitée. Seuls, les prétentieux qui font dans le progressif et le métal expérimental se servent des 75 minutes du CD en écrivant des longs morceaux. Carla, c’est de la belle chanson en toute modestie, comme ses paroles et les compositions. Elle n’a pas une voix puissante mais c’est plutôt un avantage. Disons que ça confère une tonalité équilibrée, ce qui permet d’entendre les parties de harpe et de vibraphone subtilement intégrées au disque. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus intéressant dans cette nouvelle production de Blanc-Francard. Entendre le doux son de l’harmonica, du quatuor à cordes… Le disque de Carla est excellent, une réussite, exceptionnelle du reste pour une chanteuse de karaoké. Les journalistes du Nouvel Obs sont injustes mais ils auront la monnaie de la pièce, privés de la garden-party élyséenne le 14 juillet où seront présents des tas de journalistes. Le Président les aime bien à ce qu’on dit.
La date du 11 juillet est assez bien choisie au bout du compte. Il y a encore des tas de gens dans les centres commerciaux mais comme tous les journalistes seront en vacance, personne ne pourra dire du mal du disque de Carla, à moins d’être trié sur le volet et d’avoir eu accès aux chansons. Pour ma part, j’assume parfaitement ma critique. Je n’avais pas aimé le premier disque, d’ailleurs, l’avais-je écouté ? Et comme le troisième est moins bon et franchement mauvais, dixit les compères du Nouvel Obs regrettant les facéties ô combien originales du Raphaël, alors mon avis sera tranché. Mon conseil pour l’été. Si le réservoir d’essence ne vous a pas bouffé tout votre pourvoir d’achat et que vous souhaitez aider la Fondation de France, envoyez directement votre chèque à l’adresse indiquée :
40 avenue Hoche, 75008, Paris
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