Cro-Magnon l’écolo

Quand l’homme sage n’était qu’une espèce rare…
« Nul ne sait si l'homme préhistorique était sensible aux senteurs des fleurs. » Alain Gullino
C’est par là que commencent les 100.000 ans d’histoire des 4.000 générations de notre drôle d’espèce.
Les hommes gravaient et peignaient déjà le monde animal il y a 350 siècles… C’était bien avant le numérique, l’argentique, le papier, le parchemin, le rouleau de papyrus, la plaque d’argile…
Bien qu’en mal de supports, l’homme cherchait déjà à communiquer, à témoigner de la beauté, mais aussi de la peur que pouvaient lui inspirer les espèces compagnes et les fondamentaux naturels de son bien court transit terrestre. C’est la préhistoire de l’écoconscience.
Les graffitis originels de l’art pariétal constituent le grand événement du Paléolithique supérieur. De la plus fruste de son expression de l’Aurignacien (-35.000 ans) jusqu’à son apogée au Magdalénien (-13.000 ans), nos lointains ancêtres s’affirment comme épris de la représentation artistique du monde animalier et du concept écologique de leur époque.
Le bestiaire légué s’affiche pour nous comme la mémoire vive de l’homme de la préhistoire : mammouth, rhinocéros, aurochs, renne, bison, cheval, ours, lion, panthère, bouquetin, hibou… La reproduction de l’inventaire zoologique s’avère être d’excellente facture, avec des effets de perspective, d’estompe, des superpositions, des dégradés, des sensations de relief et de bichromie. Ces gravures et ces peintures rupestres des abris sous roche de France et de Navarre, se retrouvent aussi loin que chez les Bushmen d’Afrique du Sud.
Ces témoignages du quotidien environnemental des premiers âges de l’humanité illustrent la naissance du documentaire. Arthus-Bertrand de son époque, Cro-Magnon plaçait sans le savoir l’écologie au cœur de ses thématiques. Il n’avait d’ailleurs pas d’autre choix d’inspiration !
Interdépendant de son milieu et des éléments, pétri par la naturalité première, n’ayant pas encore commis l’intelligent outrage d’humaniser la Nature, à la fois proie et prédateur, chasseur et chassé, ses rapports houleux avec l’environnement ne l’ont pas empêché de lui rendre hommage.
En dépit des moyens frustres à disposition, Cro-Magnon s’accomplit il y a bien longtemps de son devoir de mémoire, en réussissant l’un des rêves de l’homme moderne : transmettre aux générations futures les images du monde dans lequel nous vivons.
Avant l’homme à la massue, avant l’animisme, avant la magie, avant l'Homo religiosus bricoleur de faux dieux, avant la raison et le progrès, c’était l’homme au biface et au gravoir, premiers outils de la banque des savoirs.
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