Deux pièces de Michel Tremblay
A toi pour toujours, ta Marie-Lou Adaptation et mise en scène Christian Bordeleau, avec Yves Collignon, Cécile Magnet, Marie Maichin, Sophie Parel, Compagnie Musique et Toile, Collège de la Salle, 14h00
C't'à ton tour, Laura Cadieux de Michel Tremblay m e s de Christian Bordeleau avec Cécile Magnet théâtre des Corps Saints 18h15
A toi pour toujours, ta Marie-Lou. La présentation d'une famille plutôt sordide. Chacun est dans son environnement. La femme tricote dans un fauteuil de télévision ancien, l'homme est à un guéridon de café, avec quelques cadavres des boissons éclusées, deux sœurs autour d'une table, dissemblables en diable, elles seules se parlent vraiment, même si elles n'arrivent pas à se comprendre, à se rejoindre et à progresser l'une par l'autre. Il y a la grande délurée qui « fait la pute du Saint-Laurent » (c'est une image, elle ne fait sûrement pas ça) et la timide demeurée qui ressasse son malheur, leur malheur, et s'empêche de vivre par cette jouissance du retour de scènes morbides. La délurée juge l'autre, clairement et assez violemment. Elle a pour elle (pour nous), une sorte de force d'évidence, elle est du côté de la vie, du plein emploi de la vie, si on peut dire, l'autre est du côté du repentir, de la réduction, de la souffrance organisée, pour tout dire de la religion, pris à un état extrême.
Les quatre comédiens sont face au public. Pas d'action. On ne verra jamais rien de la vie de cette famille, pas de repas, pas de sortie, pas de coucher des enfants... de repas de fête avec les cousins, de mariage de Pauline, d'enterrement de Mémé. Les disputes violentes entre le mari et la femme, où chacun cherche l'autre pour l'accuser. On a parfois des jolis mots du Québec, le connu « tabernacle », "ce tabernacle de travail sur cette tabernacle de machine." Et d'autres pas connu : « tu t'ensacres de cette affaire ! » ou « tu t'en sacres ? » et tous ceux que je n'ai pas retenus.
Le jeu des comédiens est excellent. Tout est vif et acide. La famille, en tant qu'idée, dédiée à l'amour est magnifique tandis que chaque famille est pleine de secrets, d'histoires tordues, d'alliances affreuses, contre-natures, de trahisons... On apprend, un peu à la fin, que l'épouse refuse de faire l'amour avec le père, qu'elle trouve que « c'est pour les animaux. » Aussi, n'ont-ils fait l'amour que trois fois, une pour chacun de leurs enfants (il y a encore un plus jeune fils, qui n'est pas sur le plateau). Ainsi, leur malheur leur vient d'eux-mêmes, des deux. Ils auraient pu faire chacun un effort pour vivre mieux, pour s'aider à vivre... C'est la grande fille qui nous l'apprend à la fin. Tableau du chagrin ordinaire.
C't'à ton tour, Laura Cadieux. Autant la première pièce est dure et écrasante, autant la deuxième est truculente de verve populaire. Laura Cadieux est une commère dans la salle d'attente du médecin, en dialogue vif avec d'autres commères comme elle. La salle d'attente ouvre à midi et le médecin arrive à 16h, quand il est à l'heure. Alors, elles y vont toutes pour rire avec les copines. Cécile Magnet qui joue Marie-Lou, si vacharde, joue ici (principalement) une femme tout en rondeur qui rit de sa vie ben ordinaire. Elle joue aussi toutes les autres commères. Elle sait les faire exister par une posture, une voix ; elle passe de l'une à l'autre très rapidement, avec une grande précision.
Laura Cadieux a un gros problème : elle est corpulente (ce qui se dit autrement en québécois). Elle en a un autre : il y a toujours un épais pour le lui rappeler, parfois dans le métro d'un bord à l'autre ! Elle craint le moment où son enfant va aller à l'école, parce qu'il verra bien quand même que toutes les mamans ne sonta pas comme elle, qu'il y en a de plus mince et de plus aguichante. Laura Cadieux perd son enfant dans le métro ! On le lui ramène, alors qu'il n'est pas perdu... les commères s'occupent de près les unes des autres. Laura Cadieux parle de sa sexualité qu'elle aime bien, elle, en termes crus et cocasses. Le public rit de bon cœur, devant tant de désinvolture bonhomme.
Une autre tranche du chagrin ordinaire, mais avec un sucre d'orge doux et drôle.
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