Dominique Zardi, l’une des dernières gueules du cinéma français, vient de s’éteindre le 14 décembre, à l’âge de 79 ans.
Abonné aux seconds rôles il fit les belles heures du cinéma pendant une cinquantaine d’années où il apparaît dans des centaines de films (certains disent 300, d’autres 500 ou 600...), notamment chez Mocky et Chabrol.
Passionné de boxe, Zardi avait dirigé un journal consacré à sa passion. Egalement écrivain, il avait écrit une dizaine de bouquins où il racontait sa vie de comédien. Petit hommage.
Le premier film où l’on aperçoit les yeux pétillants de Zardi, c’est Malaria (1943), de Jean Gourguet. Le dernier fut Le Bénévole (2007) de Jean-Pierre Mocky. Ce dernier faisait toujours appel à Zardi dans ses films. C’est simple, dans les années 2000 l’acteur n’a quasiment travaillé que pour Mocky (huit films en huit ans).
Sa fiche Wikipedia rappelle cette anecdote qui le définit parfaitement : « Lors d’une conférence de presse, une critique de cinéma avait demandé à André Hunebelle pourquoi il engageait des seconds couteaux comme Henri Attal et Dominique Zardi. Dominique Zardi lui répondit par une citation de Raimu : "Ce qui donne le goût au gigot, c’est la pointe d’ail. Eh bien, nous sommes la pointe d’ail qui donne le goût au gigot." »
Eh bien, si le cinéma français puait tant de la gueule, on sait pourquoi. Puer de la gueule ce n’est pas puer de la tête, je précise. Le cinoche français était rustique, par certains côtés, mais nullement déplaisant. Quoi sa gueule, qu’est-ce qu’elle a sa gueule ? Sa langue taillée sur mesure comme une bavette de pipelette ne jaspinait pas dans le vide. Il y avait du répondant, dans les salles de quartier. Cette pointe d’ail a donné du goût à bien des mets qui sans cela auraient été insipides.
Pourtant Zardi n’était pas un comédien d’appoint. Il avait son style, toute de froideur apparente, de tension, de nervosité. Et d’humour décalé. Acteur physique et burlesque, parfois. Et parfois inquiétant. Abonné au rôle de petites frappes , outre Mocky (La grande frousse, Un drôle de paroissien, etc.), Chabrol (Le Scandale, les Biches, Le Boucher, etc.) et Granier-Deferre (La Métamorphose des cloportes, Paris au mois d’août, etc.), il trimballe sa mignonne tronche chez Godard (Pierrot le fou, Une femme et une femme, Masculin féminin), Costa-Gavras (Compartiment tueurs), Claude Sautet (Max et les ferrailleurs, Les Choses de la vie). Il apparaît dans Fantômas d’André Hunebelle, dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, dans Délicatessen de Jeunet et Caro... Zardi c’est nous ! C’est notre histoire, notre identité.
Il était populaire parce qu’il était issu du peuple. Il témoigne que dans les années 50, 60 et 70, les maisons de productions se souciaient d’engager des comédiens qui parlaient le langage de la rue et non de pauvres êtres qui, pour reprendre une expression prêtée à Céline par Marcel Aymé, travaillaient dans l’anémie.
Le « cinéma de papa », comme l’appelle avec une pointe de condescendance les tenants du bon goût, empruntait à la jactance virevoltante du comptoir, cette académie de la langue vivante. Le « bon peuple » s’y retrouvait dans ce mélange de canaillerie et d’élégance dont Audiard fut le maître. Une de mes répliques préférées (que je ne suis pas le seul à aimer, bien sûr) de Zardi a été taillée sur mesure par Audiard pour Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvage :
. Blier parle : « J’ai bon caractère mais j’ai le glaive vengeur et le bras séculier. L’aigle va fondre sur la vieille buse ».
. Un figurant, jouant le rôle d’un porte-flingue, confie à son collègue joué par Zardi : « C’est chouette ça, comme métaphore ».
. Zardi lui répond : « C’est pas une métaphore, c’est une périphrase ».
. Son collègue : « Oh, fait pas chier ! ».
. « Ça, c’est une métaphore » rétorque Zardi.
Le cinéma populaire tel qu’il existait (et n’existera plus désormais que sous forme de pur divertissement) s’appuyait sur ce génie des mots et de la répartie, bien partis désormais.
Les obsèques auront lieu vendredi au Père Lachaise. J’irai pas, je préfère te revoir dans les bons vieux nanards et me retrouver seul avec ma nostalgie.
Merci de cet article, Le Doulos, Max et les ferrailleurs, la Métamorphose des cloportes... pour ne citer que ces trois la, á revoir certainement pour Zardi et les autres seconds rôles du cinema français. Un ouvrage sur le sujet :
« Les grands seconds rôles du cinéma français » de Jacques Mazeau et Didier Thouart.
Merci de penser à lui , second couteau indispensable des films policiers et comédies des années 50 à 70 , une vraie gueule qui avait toute sa place auprès de Paul Meurice , Robert Dalban , André Pousse , Lino ventura , Bernard Blier , Michel Constantin et tous les autres ....
il n’est passé que de l’autre côté du miroir, et continuera encore à nous enchanter lorsque nous revisonnerons ces chefs d’oeuvres du cinéma français.
ces grands seconds rôles qui ont habité le cinéma, ont contribué à mettre en valeur ces géants comme gabin, ventura, blier... tout en gardant leur personnalité.
« Faut pas prendre les enfants .... » un monument ! avec l’excellent A.Pousse, la toute jeune Marlène Jobert, une distribution énorme ! Voila, encore une putain de trogne qui nous quitte et toujours pas de relève derrière ! Adieu Dom et merci pour tout !
Merci ! Peu importe que le comité soit restreint. Cet hommage mérite largement sa place. Les cinéphiles comprendront et partagerons cet hommage. Merci encore.
Merci pour cet hommage. Merci aussi à Zardi et à tous les seconds roles qui ont fait le cinéma français. Sans les moyens financiers et les tonnes d’effets spéciaux des productions américaines
hommage... Le cinéma français perd son seul et unique « second role » qui était aussi célébre voir beaucoup plus qu’un queconque de ces trop nombreux premiers roles qui nous cassent les couilles a toujours vouloir se mettre et a faire des performances d’acteur dérisoires, gesticulant dans les premiers plans et offrant le plus souvent un visage tuméfié de tics dans les gros plan bien épais alors que le plus souvent c’est le fond qui manque au cinéma français du moins c’est ce que je pense de certain film ou faire jouer Zardi aurait eu le mérite, vu l’insignifiance de ce cinéma de la propulser illico au premier plan. Ce que connaissant la modestie et le professionnalisme de Zardi il se serait bien gardé d’accepter
Quel dommage de ne pas avoir cité le dernier livre de Zardi, « le monde des truands » paru il y a qqs mois aux éditions Tatamis. Il y relate sa rencontre avec Mesrine, parle des frères Zemmour, etc. excellent. www.tatamis.fr
Reconnaissances ?? Ou est la reconnaissance des soi-disant « médias » pas un mot, pas un hommage à la télévision ! le cinéma a perdu un de ses derniers, si ce n’est le dernier grand second rôle. un acteur, un vrai. pas un rigolo comme les vincent cassel (pourtant son pére a était un grand second rôle), dujardin, debouse ou autres truffes qui se prennent pour les grandes vedettes qu’ils ne sont pas et qu’ils ne seront jamais...malgrés tout les effets spéciaux et autres artifices déployer pour rendre populaire leurs films. alors messieurs prennez de la graine et regardez ce qu’etaient des acteurs. SVP arretez vous ou apprenez a jouer la comédie !