George VI : de l’ombre à la lumière
Le film démarre par un gros plan sur un microphone en bakélite datant du début du vingtième siècle. Un de ces modèles de microphones massifs et imposants qui ornaient les bureaux des studios de la BBC à l’époque. Pendant ce temps là, dans le stade de Wembley, le public attend, frémissant d’impatience. Le Duc de York, fils du Roi George V, doit prononcer le discours de clôture de l’Exposition Impériale. C’est la première fois qu’il s’exprimera à la radio. En compagnie de sa femme Elizabeth qui cherche tant bien que mal à l’apaiser et le rassurer, l’homme attend dans les coulisses, rongé par l’angoisse qui se lit clairement sur son visage torturé et dans ses yeux terrifiés. Les feuillets de son discours à la main, il tente une dernière fois de répéter son texte, mais déjà il sait qu’il n’y arrivera pas. Lorsqu’on l’appelle, il monte les marches menant à la tribune comme un condamné à mort monterait sur l’échafaud. Albert -Bertie pour les intimes- est bègue depuis sa plus tendre enfance, ce qui le traumatise et l’empêche non seulement de mener une vie pleinement heureuse, mais également de faire face à ses obligations de membre de la famille royale. Son discours est un désastre total et, par charité pour cet homme fragilisé devant affronter seul, sous le regard de tous et dans un silence de mort, cette terrible humiliation, la scène le montrant en proie à ses démons intérieurs, incapable de prononcer le moindre mot, est vite abrégée.
Albert bute systématiquement sur certains mots. Ainsi, les mots « king » (Roi), « father » (Père) et « throat » (la gorge) en font partie. Pourquoi « throat », se demande le spectateur du film ? Il est possible que cela soit dû à la ressemblance de ce mot avec « throne », qui signifie « trône », un mot sur lequel il bute également.
Fort heureusement pour lui, Albert n’est pas destiné à devenir Roi. Son frère ainé David assumera la tâche lorsque George V sera décédé. Bien qu’il souffre beaucoup de son handicap, cette ombre relative dans laquelle Albert doit rester confiné lui sied finalement, car elle est la continuation de ce qu’il a toujours connu, et la garantie que son bégayement ne sera pas trop souvent exposé en pleine lumière.
Elevé par une nounou qui adorait David mais le détestait, ne voyant ses parents que lors d’entrevues quotidiennes que l’on imagine froides et protocolaires, gaucher contrarié, humilié et raillé, avec la bénédiction du père, par un frère imbu de son statut d’ainé destiné à monter sur le trône tout en étant, paradoxalement, proche de lui, Albert se contente, s’il ne se satisfait pas inconsciemment, de ce rôle de raté qui lui colle à la peau. Destiné à demeurer à jamais dans l’ombre de son frère. La peur de l’échec, d’un énième échec, le paralyse, et ni l’amour et le soutien inconditionnels de sa femme Elisabeth, ni l’admiration que lui portent ses deux fillettes, Elizabeth (actuelle Reine d’Angleterre) et sa petite sœur Margaret, ne lui permettent de surmonter son handicap. Ce n’est pas non plus l’attitude de son père à son égard qui pourra l’aider à venir à bout de son blocage. Roi aimant à priori son peuple, mais père autoritaire à la personnalité écrasante, le Roi George V perd facilement patience avec ce fils qu’il a toujours étouffé et terrorisé, et qu’il continue d’appeler, malgré son âge, « boy ». Mon garçon.
Poussé et encouragé par sa femme, Albert cherche malgré tout à s’en sortir en consultant un premier orthophoniste, mais les séances tournent court après qu’il ait failli avaler l’une des sept énormes billes de verres que le médecin, adepte de méthodes peu efficaces datant de la Grèce antique, lui avait fait mettre dans la bouche. Albert, qui est d’un tempérament irascible, explose de rage et décide de laisser tomber. C’est peine perdue, il ne s’en sortira jamais.
C’est dans le plus grand secret qu’Elizabeth se met alors en quête d’un nouveau thérapeute, qu’elle trouve en la personne de Lionel Logue, un orthophoniste australien installé dans un appartement d’un quartier populaire, à la décoration de bois sombre et aux murs défraîchis. Très fin psychologue, il applique des méthodes modernes et peu conventionnelles qu’il a mises au point et qui ont maintes fois fait leurs preuves.
Le film se concentre alors sur les rapports tantôt difficiles, tantôt emprunts de confiance mutuelle entre le thérapeute, un homme issu d’un milieu modeste, et son noble patient, qui tente durant une bonne partie de l’histoire de conserver malgré tout un ascendant sur lui du fait de son statut social supérieur, tout en se laissant doucement gagner par l’amitié que lui inspire cet homme simple, calme, discret et franc, qui cherche sincèrement à lui venir en aide. Conduit par Elizabeth dans le cabinet de Logue pour une première entrevue, Albert refusera dans un premier temps cette aide qu’il n’a pas sollicitée, se rebiffera, repoussera surtout les familiarités et les questions personnelles, refusera de s’ouvrir et se confier. Les deux époux mettent d’emblée les choses au point avec Logue : pour eux, le problème est purement mécanique, et il est hors de question de parler de la vie privée et du passé. Albert refusera longtemps de considérer la composante psychologique de son blocage, pourtant essentielle, avant de céder un jour, juste après le décès du Roi qui semble l’avoir également libéré, et faire irruption dans l’appartement de Logue alors qu’il n’avait pas rendez vous, pour se soulager enfin en racontant, entre deux bégayements, parfois en chantant quand il ne parvient pas à parler, les terribles épreuves et constantes humiliations qu’il a subies et qui l’ont rendu bègue. Le regard bouleversant que lance Colin Firth (magistral, on a même envie de dire souverain, dans le rôle d’Albert) quand il finit par avouer à Logue que sa nounou l’affamait, restera sans doute dans les annales du cinéma, de même que les cliquetis dans sa bouche et les bruits de déglutition qui accompagnent chacune de ses tentatives désespérées pour sortir un son lorsqu’il est en proie aux crises de bégaiement.
Du fait des nombreux traumatismes de l’enfance subis par Albert et du caractère difficile qui en résulte, cette relation patient/thérapeute est fragile. Les deux hommes marchent sur un fil. Le moindre faux pas, ou perçu comme tel, du thérapeute, et Albert perd confiance et se rebelle. Lors d’une promenade dans un parc, il enverra promener Logue avec des mots très durs, lui rappelant avec mépris ses origines modestes, et cessera longtemps de le voir avant de le solliciter à nouveau lorsque, devenu Roi contre son gré du fait de l’abdication de son frère, il sera contraint d’avoir à nouveau recours à ses services et n’aura pas d’autre choix que de se « rabaisser » à s’excuser, ce qu’il fera cependant avec sincérité et humilité. Le fil brisé de leur amitié se renouera alors, et le travail reprendra de plus belle.
Albert ne sera jamais complètement débarrassé de ce bégayement qui refait régulièrement surface à la moindre contrariété, le renvoyant impitoyablement à la case départ. Ainsi, lorsque David (désormais le Roi Edward VIII), résolu à épouser Wallis, cette Américaine qui a demandé le divorce pour officialiser leur union, accuse « B…B…B…Bertie », comme il le nomme avec moquerie et condescendance, de vouloir lui ravir le trône, qualifiant cette attitude de « p..p..p..p..positively medieval », Albert, assommé par cette accusation sans fondement, reste sans voix et se retrouve brusquement, à nouveau, dans la peau du petit garçon mis en état d’infériorité et dans l’incapacité de se défendre et de s’affirmer. Wallis, quant à elle, est dépeinte comme un personnage commun, totalement ignorant des conventions, manipulant et menant par le bout du nez celui qui, en véritable faible de la « famille » (la « firme » comme le rectifie Albert), s’est follement amouraché de celle qui, en plus, entretiendrait des relations avec des nazis.
Les références à l’œuvre de Shakespeare sont nombreuses dans le film. Rappelons tout d’abord ce « positively medieval » lancé par David sur un ton cassant. Ensuite, William Shakespeare fait partie intégrante de la vie de Logue. Il cite volontiers, par exemple, un vers du célèbre dramaturge disant que « qui est pauvre et content est riche à foison ». Il parvient à convaincre Albert de se reprendre en main en lui faisant lire le monologue d’Hamlet « To be or not to be » pour lui prouver qu’il peut y arriver. Vissé sur les oreilles, un casque diffusant, à un volume élevé, une symphonie de Mozart empêche Albert de percevoir qu’il fait une lecture parfaite de la tirade, non seulement sans le moindre accroc, mais en plus en y mettant le ton. C’est en écoutant plus tard l’enregistrement fait par « Lionel », comme Logue insiste pour être appelé, qu’Albert se rend compte de la porte qui vient largement de s’ouvrir dans sa vie, et que cette porte, c’est Logue qui l’a ouverte. On l’apprendra pas la suite, Logue n’est pas un réel thérapeute. Il n’a aucun diplôme, aucune autre qualification que son savoir empirique. Acteur plus ou moins raté, mais passionné par le théâtre de Shakespeare, dont il a forcément une approche différente que celle que peut avoir un membre de la famille royale, on le voit déclamant un peu maladroitement un passage de Richard III lors d’une audition qu’il tente de réussir. Seuls les plus grands acteurs, dont fait partie Geoffrey Rush, peuvent parvenir à jouer un rôle d’acteur un peu quelconque. Pour en revenir aux références à Shakespeare, lorsqu’Albert apprend que son thérapeute n’en était en fait pas un, il se sent trahi, ce à quoi Logue répond, en s’agenouillant devant lui, « Lock me in the tower ». Enfermez-moi dans la tour. Parfois le vocabulaire lui-même rappelle la substance des écrits shakespeariens, comme lors de la promenade dans le parc, lorsqu’Albert accuse Logue de distiller des « poisonous words », des mots empoisonnés, du venin. Enfin, Logue, toujours lui, aime à jouer un jeu avec ses fils consistant à commencer de déclamer des passages de Shakespeare, notamment Othello, que les adolescents achèvent de mémoire. Ces références à l’œuvre de Shakespeare mettent aussi l’accent sur le poids du passé dans la royauté britannique, qui pèse très lourdement sur les épaules de chaque nouvelle génération de Prince et de Roi. Chacun se doit de perpétrer la tradition, respecter le protocole et être à la hauteur de ses illustres ancêtres. Ainsi, lors du tout premier discours qu’il prononce, ou plutôt tente de prononcer en tant que Roi, les yeux d’Albert/George VI tombent malencontreusement sur les tableaux, accrochés au mur, de trois de ses prédécesseurs, dont celui de la Reine Victoria, son arrière grand-mère, au regard et au maintien si altiers qu’ils en deviennent intimidants. Ecrasé par une charge qu’il ne souhaitait en aucun cas assumer, terrifié à l’idée de ne pas être à la hauteur, il est de nouveau incapable de prononcer correctement ce discours écrit sur les feuillets qu’on lui a froidement remis.
Certains acteurs britanniques ont débuté au théâtre en interprétant les pièces de Shakespeare. Cela donne à leur style d’interprétation une solennité, une grandeur, une force mais aussi une diction uniques, et en règle plus générale un cachet particulier au cinéma et au théâtre britanniques, imprégnés de cette culture où Shakespeare a une place de premier ordre. Les acteurs britanniques sont souvent des acteurs complets, qui vont au bout de leurs personnages et savent donner de l’importance au détail le plus anodin. C’est le cas notamment de Mickael Gambon, qui joue le rôle du vieux Roi George V. Il fit ses premières armes sur les planches sous la direction de l’inoubliable Laurence Olivier et débuta au cinéma en 1965 en jouant dans « Othello » de Stuart Burge, toujours avec Laurence Olivier. Dans un autre style, Mickael Gambon a incarné le Professeur Albus Dumbledore dans les récents épisodes de la saga Harry Potter.
Colin Firth, dont la prestation dans Le Discours d’un Roi, qui relève du génie à l’état pur, lui vaudra, on croise les doigts pour lui, le prochain Oscar du meilleur acteur, a joué la pièce Hamlet dans sa jeunesse. Parmi sa longue filmographie, on se souvient par exemple du Patient Anglais ou encore de Shakespeare in Love.
Un autre acteur de ce film se montre également époustouflant de vérité et de justesse. Geoffrey Rush, qui incarne Lionel Logue, a également débuté sa carrière sur les planches. Il est autant un acteur de théâtre que de cinéma. Son interprétation de Logue, en homme calme et digne, toujours à l’écoute avec une grande empathie et à l’autorité naturelle, rappelle à de nombreuses occasions celle de Peter O’Toole dans Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci (le précepteur du jeune Empereur Pu Yi). Geoffrey Rush a notamment tourné dans Twelfth Night, une adaptation de Shakespeare, et a obtenu l’Oscar du meilleur acteur en 1996 pour son interprétation dans Shine. Il est, quant à lui, nominé pour le prochain Oscar du second rôle masculin qui, on l’espère, lui reviendra de droit.
Guy Pierce est tout simplement excellent dans le rôle de David, le temporaire Edward VIII. On se souvient également de lui dans Deux Frères de Jean Jacques Annaud, pour ne citer que ce film.
Timothy Spall, qui a lui aussi participé à la saga Harry Potter en incarnant le personnage de Peter Pettigrow, incarne avec brio Winston Churchill dans Le Discours d’un Roi. Passionné de théâtre depuis l’adolescence, l’acteur tournera notamment en 1996 dans le Hamlet de Kenneth Branagh.
Les autres acteurs de ce film sont tout aussi excellents, citons notamment Helena Bonham Carter dans le rôle d’Elisabeth, l’épouse d’Albert et future Elizabeth I, (et future Reine Mère), ou Claire Bloom dans celui de la Reine Mary, épouse du Roi George V. Claire Bloom, dont le nom ne peut que rappeler des souvenirs émus aux cinéphiles : on ne l’a jamais oubliée dans son interprétation magnifique avec Charlie Chaplin des Feux de la Rampe. Elle joue dans Le Discours d’un Roi un rôle de second plan, mais qu’elle incarne avec une grande justesse, notamment dans la scène du décès du Roi, lorsque David/Edward VIII se jette en larmes dans ses bras. Choquée car peu habituée et peu encline, en raison des conventions, à montrer le moindre sentiment, fut-il maternel, cherchant avant tout à préserver sa décence de Reine, elle retient sa main glacée qu’elle ne peut résoudre à laisser enlacer les épaules de son fils.
Le Discours du Roi n’est pas seulement un film sensible et plein de tact, émouvant et parfois même poignant, il laisse également la part belle à l’humour, notamment à cet humour britannique dont on raffole, glissé de façon habile dans les répliques de Lionel Logue, ou de celles de Colin Firth. Ainsi, lorsqu’Albert proteste contre son interdiction de fumer, rappelant à Logue que son précédent thérapeute l’avait au contraire encouragé dans cette voie, il lui précise, pour contredire son jugement sans appel sur la bêtise de cet homme, qu’il avait été anobli. Logue lance alors, du tac au tac, un sourire légèrement ironique aux lèvres : « ainsi, cela officialise la chose ». D’autres scènes sont également humoristiques, telle celle où George VI, tentant de répéter le discours d’entrée en guerre de l’Angleterre qu’il doit prononcer dans quelques minutes, apaise son angoisse en laissant sortir les pires gros mots qu’il a toujours retenus. Bien que la scène soit drôle, son comportement presque incontrôlable rappelle un peu, à cet instant, celui de personnes atteintes du syndrome Gilles de la Tourette, qui ne parviennent, dans leurs moments de crises, à retenir des cris, ou des gros mots et injures.
Dans la scène où Elizabeth amène pour la première fois Albert chez Logue, un petit garçon bègue accueille le couple dans l’entrée et récite devant eux le texte qu’il lui a fallu apprendre par cœur. Puis il s’assoit pour attendre sa mère aux côtés d’Elizabeth, qui lui propose alors un bonbon. On se demande tout de même pourquoi Elizabeth conserverait en permanence des bonbons sur elle, prêts à être offerts à la première occasion. Il semble que cette scène ait été montrée pour mettre l’accent sur le côté maternel d’Elizabeth que ne possédait visiblement pas la mère de son époux. En dehors de ce défaut si insignifiant qu’il ne relève que de l’anecdotique, il est impossible, du moins pour une personne non professionnelle du cinéma ou non critique de films, et au risque de paraître extrême en disant cela, de trouver le moindre défaut à l’œuvre de Tom Hooper, impeccablement filmée et servie, depuis le tout premier rôle jusqu’aux figurants, par une troupe d’acteurs parfaits. Ce film frise le pur chef d’œuvre.
Et pourtant, malgré ses immenses qualités, la maestria de sa mise en scène, le jeu impeccable des acteurs, on parvient à trouver des critiques mitigées, voire franchement négatives du Discours du Roi. Une rédactrice de « Trois », un magazine gratuit distribué dans les cinémas MK2, écrit par exemple dans son article intitulé « Les rosbeefs se rebiffent », qui passe également en revue Never Let Me Go : « Le Discours d’un roi, petit film britannique bardé de prix, fait l’objet d’un curieux consensus qui doit sans doute beaucoup à sa démonstration édifiante. Un monarque bègue face à son orthophoniste excentrique : un pitch improbable qui a atterri entre les mains du jeune réalisateur anglo-australien Tom Hooper. »
Même si le film est forcément, dans certains de ses aspects, une adaptation de la réalité, il relate tout de même la vie réelle du Roi George VI, né en 1895 sous le règne de Victoria, et mort en 1952. Il n’eut pas un règne facile, pas seulement en raison de son handicap qui le força toute sa vie à être assisté de son thérapeute, devenu son ami, lorsqu’il prononçait un discours. Il « hérita », si l’on peut dire, de la tâche difficile d’être le Roi de la seconde guerre mondiale, et donc d’avoir, plus que jamais, le devoir de rassembler derrière lui, et souder, le peuple britannique. Sous son règne, le pouvoir royal fut retiré en Irlande, et il fut également le dernier Empereur de l’Inde, qui obtint son indépendance en 1948. Il servit dans la Royal Navy durant la première guerre mondiale. On ne sait, car le film ne le dit pas non plus, si des tentatives pour corriger médicalement son bégayement, apparu à l’âge de quatre ou cinq ans, ont été faites durant son enfance, et si non, pour quelle raison. Concernant la mise en scène, des doutes planent sur le fait que son orthophoniste l’ait réellement appelé Bertie. En dépit du portrait dressé de George V dans le film, père agacé et désespéré par l’incapacité d’Albert à surmonter son handicap, l’histoire retiendra qu’il a déclaré un jour : « Je prie Dieu que mon fils ainé ne se marie jamais, et qu’aucun obstacle ne se dresse entre Bertie et Lilibet et le trône. » (1).
George VI a régné du 11 décembre 1936 jusqu’au 14 août 1952, date de sa mort. La suite de l’histoire, avec la montée sur le trône d’Elizabeth II, continue aujourd’hui de se dérouler sous nos yeux.
Le suspens est presque insoutenable lorsque George VI, toujours rongé par l’anxiété, attend, dans une salle attenante à celle dans laquelle il doit prononcer son discours d’entrée en guerre. Cette salle a été aménagée de telle sorte que la décoration soit chaleureuse et que le Roi s’y sente à l’aise. Albert et Logue s’enferment, seuls, dans la petite pièce. Après que la lumière rouge ait clignoté quatre fois, Albert est supposé débuter son discours, mais soudain il bloque, les mots ne sortent pas. Dans les autres pièces, tout le monde retient son souffle. Logue s’approche du micro et se met à diriger George VI comme le ferait un chef d’orchestre. Il mime, articule silencieusement, fait de grands gestes de la main, approuve en hochant doucement la tête. De temps à autres, les yeux d’Albert plongent dans ceux de son thérapeute et ami, y puisant la force de poursuivre sa lecture. Parfois, son regard exprime le fait qu’il est beaucoup plus concentré sur la réussite de sa diction que sur le contenu de son discours, dont dépend en partie l’avenir du monde. Mais les pauses qu’il fait, l’hésitation avec laquelle il lâche parfois certains mots, loin de trahir son trouble, ajoutent en fait à la solennité de l’événement. Lorsqu’enfin il prononce le dernier mot, le visage de Logue lui-même exprime la surprise que lui inspire cette complète réussite.
C’est un autre homme qui sort de la pièce et va saluer au balcon la foule rassemblée au bas du palais royal. Fier et souriant, détendu et enfin libéré de ses démons intérieurs, il est prêt désormais à affronter sereinement, et assumer pleinement, son destin de Roi.
Vidéo du couronnement de George VI.
Enregistrement du véritable discours d'entrée en guerre, septembre 1939.
Le Discours d'un roi, de Tom Hooper (bande annonce vostfr) par AgoraVoxFrance
Notes.
(1) "I pray God that my eldest son will never marry and that nothing will come between Bertie and Lilibet and the throne." (Source : Wikipedia)
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