« Inception » : un film de rêve ?

Dom Cobb est un « voleur » capable de pénétrer dans les rêves d’autrui afin de récupérer les étranges secrets de son subconscient. Maîtrisant l’inception, à savoir l’art de pénétrer, via le rêve, l’esprit d’une personne afin d’y implanter une idée, Cobb est approché, en pleine guerre économique, par l’espionnage industriel afin de se voir confier une dernière mission qui lui permettrait, si effectuée et réussie, de retrouver sa vie.
Inception, on s’en est rendu compte notamment sur AgoraVox, a fait couler beaucoup d’encre depuis sa sortie*, certains y voyant, je cite, « un chef d’oeuvre contemporain qui n’a pas à rougir de devancer des mythes du 7ème art (Le Parrain, Le Bon,
Inception ? Beaucoup de bruit, de vent, d’esbroufe, de blablas, de villes survolées, d’effets de manche, d’action boum boum pour un film « cyber-punk » d’Action Joe. Bref pour pas grand-chose à l’arrivée. Sur l’affiche, Rolling Stone annonce : « James Bond rencontre Matrix ». Et effectivement, le Nolan n’est que ça, la prétention en plus. Et quel acteur plat, émotionnellement parlant, que ce DiCaprio ! Pour la soupe à la grimace, Leonardo, décliné en Shutter Island bis repetita (du genre mâchoire crispée non stop), est champion. Pour le reste, appelez-moi Penn, Pacino, Mickey Rourke ou Ray Liotta, des acteurs abîmés par la vie. Ici, Leonardo DiCaprio, aux commandes d’une agence tous risques high-tech, ne fait absolument rien passer, on le dirait en pilotage automatique. Certes, il est brillant, il imite très bien les différents affects, mais il lui manque une épaisseur, une densité, des failles, des fêlures qui pourraient entraîner qu’on s’accroche à lui. Son couple avec Marion Cotillard ressemble à une imagerie publicitaire. Rien d’incarné. Quant à notre Marion nationale, on la croirait tout droit sortie d’une pub pour parfum musiquée par Edith Piaf. Ouille ! Les acteurs interprètent des personnages qu’on dirait cadenassés par des fiches scénaristiques, ne proposant rien d’autre qu’un profil storyboardé.
Certes, c’est bien que Christopher Nolan se montre ambitieux, « Les écrivains jouissent d’une liberté narrative totale depuis des siècles. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les réalisateurs ? » En cherchant à imaginer des stases spatio-temporelles qui voisinent avec le monde des rêves, on sent, dans les silences proposés, dans les sons amplifiés, dans l’espace infini représenté où personne ne nous entend crier, qu’il cherche à aller sur les pas de Kubrick, celui, démiurgique, de 2001, L’Odyssée de l’espace. Mais Stanley Kubrick, en 68, créait des visions fascinantes qui collaient à la rétine, notamment celles du trip hallucinogène final et celle montrant un cosmonaute taiseux entrant dans un salon Louis XVI. Dans Inception, on dirait des rêves au rabais, comme si Nolan rêvait petit. La séquence dans Paris montrant un quadrillage haussmannien se relevant à 90° n’a rien d’époustouflant, de renversant. Etonnant qu’un film de SF s’aventurant dans le champ infini des mondes parallèles que sont les rêves n’aille pas plus loin dans la monstration de leur possibilité et puissance visuelle. En ce qui concerne le cinéma, la frontière ténue entre mondes réel et fantasmé est mille fois plus fascinante dans Blade Runner ou chez un Buñuel (Belle de jour, Le Charme discret de la bourgeoisie,
En fait, c’est ça, Inception, trop poseur dans sa forme, manque singulièrement de poésie. Malgré ses qualités techniques indéniables, dont une belle photographie bleu cendré, Inception n’arrive jamais à transcender son sujet (le rêve) ; seulement du 1 sur 5 pour moi. Nolan voit grand (labellisé par Warner Bros il se prend pour le nouveau Kubrick !) mais rêve petit : un comble tout de même pour un film voulant circuler dans les labyrinthes vertigineux du cerveau humain et les cités obscures de l’onirisme. Avant de chercher à voisiner avec Kubrick, Nolan devrait déjà plutôt essayer d’égaler des Mann, Spielberg, Verhoeven et Cameron, ce serait déjà pas si mal. Car ces derniers, excellents storytellers, savent nous embarquer dans des histoires sans nous ennuyer et sans tomber dans un quant-à-soi scénaristique semblant nous dire à chaque plan filmé : « Regardez, comme je suis intelligent, regardez comme je suis le Maestro du blockbuster intelligent ». Oui, un peu de modestie de la part de Nolan ne ferait pas de mal à son cinéma, tant en ce qui concerne le fond que la forme. Selon moi, de tous ses films-puzzles boursouflés (Memento, The Dark Knight…), seul Insomnia (2002) tire son épingle du jeu car il ne part pas dans la surenchère du Rubik’s cube scénaristique & toc, Nolan sachant qu’il a en sa possession le meilleur effet spécial qui soit : Al Pacino.
* Critique d’Inception de Christopher Nolan : le vertigineux dédale des rêves (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/critique-d-inception-de-78693) ; L’exception Nolan : Inception (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-exception-nolan-inception-78893) ; Inception de Christopher Nolan (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/inception-de-christopher-nolan-78772), Inception = Déception (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/inception-deception-78827) ; In the mood for Inception (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/in-the-mood-for-inception-78811) ; Inception, inception, deception (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/inception-inception-deception-78946) ; L’exception Nolan : Inception (http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/l-exception-nolan-inception-78893).
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