La Renaissance allemande rayonne (de nouveau) à Strasbourg
Albrecht Dürer, Hans Baldung Grien et Lucas Cranach l’Ancien : trois personnages emblématiques de l’art pictural des XIVe et XVe siècles. Des maîtres incontestés dans leur domaine, emplissant leurs œuvres de touches étrangement modernes par leur audace artistique. C’est ce qui est permis d’être constaté par le visiteur de passage à Strasbourg qui serait bien avisé d’effectuer, ne serait-ce qu’un court détour, par le palais Rohan sous peine de manquer un événement d’une grande richesse culturelle.

En effet, dans le flot des attractions culturelles de la capitale européenne, la réunion de ces trois sublimes graveurs pourrait passer inaperçue et il y aurait là un regrettable navrement de manquer un pareil effort opéré par les instances du cabinet des estampes et des dessins de la ville. Bien entendu, il sera loisible à tout à chacun d’admirer la plus fameuse gravure connue d’Albrecht Dürer (1471-1528) [1], à savoir Le Chevalier, la Mort et le Diable. Mais s’y focaliser serait faire preuve d’une incommensurable myopie artistique, la galerie débordant d’autres sublimes travaux méritant pour certains un intérêt prolongé (74 pièces pour être exact).
Ainsi, Les Quatre Anges vengeurs, ou encore L’Expulsion du Paradis du même Dürer frappent par leur symbolique très appuyée où archanges et anges apparaissent dans une position fort peu encline à la commisération. La puissance expressive donnée dans le trait est tout à la fois fascinante autant que troublante.
Et que dire d’Hans Baldung Grien (1484-1545) dont la gravure intitulée Le Loup-garou déborde d’un réalisme particulièrement saisissant, pouvant même susciter (à dessein ?) un malaise de l’observateur. Ou encore ses Sept Chevaux sauvages dans une forêt dont la puissance onirique est telle qu’elle renvoie des siècles plus tard, tel un écho, au Cauchemar de Füssli dont il est difficile d’effacer de sa mémoire la vision de cette tête de cheval hallucinée dépassant de la tenture. Cette omniprésence de l’équidé se retrouvera avec Le Palefrenier ensorcelé où l’originalité de la scène le dispute, une fois encore, à l’expression si singulière de l’animal présent. Dans un autre registre, Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553) détonne avec son Christ devant Ponce Pilate dont les visages dévoilent un miroir déconcertant de physionomies à la Bosch.
Je ne tiens pas à révéler toutes les pièces de cette exposition qui n’attend en définitive qu’une seule et unique dernière touche finale : vous !
Attraits subtils : exposition des graveurs de la Renaissance allemande, au palais Rohan de Strasbourg jusqu’au 9 mars 2008.
[1] N’oublions pas que Dürer fut inspiré de manière considérable par Martin Schongauer (1450-1491), illustre peintre et graveur alsacien de son époque à qui nous devons, entre autres, le magnifique retable de la Vierge au buisson de roses exposé à Colmar. Hélas, le tour de compagnonnage débuté par Dürer en 1490 ne lui offrira pas, in extremis, le contentement suprême de rencontrer celui qu’il admirait par-dessus tout : la faute à une résurgence de la peste emportant le talentueux artiste alsacien.
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