Un petit tour à l’expo de Shanghaï ?
L’exposition universelle de Shanghaï ! On peut rêver, oui, mais qu’est-ce que cela donne à pied d’œuvre ? Le pavillon Français nous fait-il honneur ? Et pour créer tout de suite le suspense et vous donner envie d’aller plus loin : Oui, il y a dans cette expo un pavillon qui met une claque à tous les autres ! Lequel ?

Oui, je sais, la plupart des lecteurs avisés d’Agoravox doivent être allergiques à cette gabegie internationale, cette foire où des sommes monstrueuses ont été engagées alors qu’il aurait été tellement plus sage de concevoir des projets de renouveaux !
Quelle arnaque de montrer le visage de chaque pays, comme si on était au temps jadis, quand ces noms de pays, fleurs de notre terre, représentaient de réelles puissances et n’étaient pas, comme aujourd’hui, du simple bétail offert au vampirisme des mafias financières.
Mais bon...
Faisons comme si…
Je suis de passage à Shanghai avec mes enfants, un voyage free lance, tellement plus agréable qu’un voyage organisé, tellement plus agréable dans cette Chine aux Chinois tellement affables et souriants. Ils ne parlent pas anglais mais ils sourient universel. Partout. J’adore. (Un de mes amis à qui je faisais cette remarque m’a dit "Oui, ils ont tant été réduits en esclavage au cours de leur histoire qu’ils ont l’habitude de sourire à leurs maîtres…" (Bon. Il devait avoir mal au ventre ce matin là à force de manger n’importe quoi. Passons...)
Je suis donc à Shanghai et, faiblesse de l’esprit humain, le fait d’avoir de nombreux amis qui se pâment en me disant "Quoi ? Tu iras voir l’exposition universelle de Shanghai ! Quelle chance ! ", j’y crois soudain, je me sens excitée comme une puce à l’idée d’être au pied du temple de l’incommensurable union des Nations !
Et là catastrophe ! Alors que la presse se fait déjà l’écho du flop de cette expo, les Chinois ne courant pas pour la visiter, le bruit court, quand j’arrive, qu’il n’y a plus de places disponibles pour les quatre jours de mon séjour ! Rien de tel pour exciter le désir ! Heureusement qu’un de ces Chinois courtois et charmants, « autrefois réduits en esclavage », m’aborde dans le superbe parc de la Place du Peuple et me dit qu’il est très aisé d’avoir des places, qu’il suffit d’être à 8 heures à l’ouverture des caisses. Ce que nous faisons.
Le lendemain il nous suffit d’un quart d’heure de queue pour avoir nos places. Victoire ! Et nous courons vers les grilles de l’entrée au milieu de Chinois jacassants !
J’espère que je ne passerai pas pour raciste en disant que les Chinois sont jacassants. Ils ont en effet un organe vocal à côté duquel celui des Italiens, pourtant bien pourvus, fait figure de fifrelin. Entre eux, ils hurlent. Un homme qui monte dans sa voiture en vociférant : (c’est du moins ce que l’on devine au ton de sa voix) « Putain , pétasse, tu te pousses les miches sinon on va rater ce bordel de train ! » dit simplement en réalité « Peux-tu, chérie, vérifier si nous avons les billets ? »
Je comprends soudain pourquoi, en Chine ancienne, on amenait les soldats se battre bâillonnés. Simple précaution pour évier des maux de tête au général.
Soudain, une clameur attire mon attention sur la droite ! Ciel ! Je découvre une sorte de hangar sous lequel deux à trois mille Chinois non bâillonnés sont parqués. J’emploie ce mot à dessein. On se croirait aux abattoirs, meuglements y compris avec tout un circuit de barrières qui font couloir.
De quoi s’agit-il ? Mais d’attendre l’ouverture des portes, bien sûr, puisqu’elles n’ouvrent qu’à neuf heures ! Première attente d’une longue série. (Je signale à ceux qui voudraient faire fortune rapidement que vendre des petits pliants de toile à l’entrée de cette Expo doit permettre de gagner des millions de yuan en six mois. A bon entendeur, salut !)
A neuf heures pile, donc, les Chinois sont précis, une sorte de vague d’enthousiasme parcourt la foule. Les portes s‘ouvrent et je serais menteuse si je ne disais pas qu’à ce moment-là, portée par cet orgasme collectif, je ne me sens pas un peu au centre du monde, une happy few !
A l’entrée, trône, puissant mastodonte, le pavillon Chinois. Il a belle allure. Comme ce sont les Chinois qui jouent chez les Chinois, leur pavillon est le premier sur la route des visiteurs-envahisseurs. Mais pour le visiter, là est la ruse, il faut un autre billet (nous apprend un groupe de Français qui s’est fait berner une fois et qui vient de revenir à six heures du matin pour obtenir le fameux sésame.) Mais aussitôt un « charmant Chinois » me glisse à l’oreille que ce pavillon, impressionnant de l’extérieur, est sans grand intérêt à l’intérieur, comme ces grosses pommes brillantes, sans goût. Ce qui sera le défaut de bien des pavillons : celui, énorme bâtisse, de l’Australie, par exemple.
Je dois avouer que mes premières heures dans cette exposition sont archi-décevantes, pesantes, dolentes, rasantes.
Impression de zone commerciale. Des pavillons dont beaucoup sont des hangars améliorés. Aucune unité. Un Disneyland du tourisme.
Premier avatar qui nous prouve que l’on n’est pas sur Pandora mais sur Terra, il faut faire la queue pour entrer dans ces fameux pavillons. (Pensez aux pliants ! Fortune assurée !)
Au début, c’est facile, si on choisit le Pakistan, quatrième producteur d’oignons au monde. On tombe sur une agence de voyage avec des stands. Bon.
Mais tout de suite, la situation se corse. Quarante minutes pour le pavillon d’Israël ! Une heure trente pour le pavillon Japonais ! Et tout ça pour apprendre qu’ils ont des maisons de thé, des jardins zen et des robots qui jouent du violon ! Quelle révélation !
Ah Si ! Je suis injuste ! J’apprends tout de même quelque chose : figurez-vous que les Japonais qui anéantissent les thons rouges ont sauvé des ibis rouges (c’est le sujet d’un film imposé à tous). Comme quoi la couleur ne suffit pas à vous assurer un passeport de bonne santé ! (Le sushi à l’ibis doit être moins goûteux.)
A midi, je suis anéantie de chaleur, de banalités, de niaiseries, chacun y allant de sa rengaine prosélytique.
Je vais manger dans un Mac Do japonais, après avoir bu un coca vendu dans le pavillon népalais et je m’endors ou plutôt je m’abats sur un banc disposé là pour le pic-nic des pauvres.
Au réveil, un peu de fraîcheur. La suite va être plus agréable. Je signale deux charmants moments : une troupe de Maoris de nouvelle Zélande chante en faisant les gros yeux. C’est entraînant. La foule a enfin une distraction. Par ailleurs le pavillon Indonésien est vaste et beau, architecture superbe et naturelle qui propose un moment d’agrément.
Mais, nous n’allons pas partir sans voir le pavillon de la France.
Sur le papier, ce quadrilatère mastoc n’est pas très engageant. Mais en vrai il est mieux, plus élégant. Surtout la nuit avec ses loupiotes genre « La lanterne à Versailles. » On se demande pourquoi au pied de notre pavillon des portraits en noir et blanc d’enfants chinois gribouillés à la mode d’un art contemporain style Goya du pauvre, ont été choisis. Quel est le symbole ? Mon gendre pense que c’est une manière de dire aux Chinois d’éviter la consanguinité. Je ne sais vraiment. Le mystère restera total.
C’est le soir. La queue coule comme un joli ruisseau. Il paraît aussi que ce pavillon a déçu et qu’il a, dès les premiers jours, moins de visiteurs.
Hélas ! Il a déçu et il décevra encore ! Pauvre de nous !
Quelle prétention, ce pavillon ! « Nous sommes Français, nous sommes Paris, inutile de nous fatiguer à créer de l’art, quelques vidéos à la papa feront l’affaire. » Telle est la politique. La direction artistique a été confiée à José Frèches, ce romancier à côté de qui Marc Levy fait figure de créateur. De qui José Frèches est-il l’ami ? Pardon José, je n’aime pas faire de la peine, mais tu vas faire de la peine à tant de gens pendant six mois !
Commençons la visite !
On entre dans un jardin à la Française mais mal proportionné, impression étouffante dans la nuit qui tombe. Dix gardes républicains jouent un morceau de Piaf devant dix spectateurs. (On regrette le « Haka » des Maoris !) Puis on entre dans le pavillon, pour tomber aussitôt, immédiatement, dès le premier pas, sur une Citroën qui doit coûter 600 000 euros, qui ne sera jamais achetée, avec nos sous, que par des potentats Africains ! Ainsi la France, au premier chef, au premier pas, c’est Citroën ! Je regrette d’avoir critiqué les Japonais et leur jardin zen ! Puis on descend une allée décorée de panneaux vidéo. Ce sont des films en noir et blanc à la Doisneau, ce photographe qui révolutionne la photo actuelle. Paris et ses pigeons, la Tout Eiffel, ses terrasses de café, mais aussi quelques vues de province, le tout filmé comme du temps des frères Lumière. On croit rêver. « Mais Paris est tellement Paris qu’il suffit de montrer Paris pour qu’on rêve de Paris, bien sûr !!! »
Le plus grand moment de la visite est pour moi la juxtaposition entre un long mur consacré à quelques chefs-d’œuvre impressionnistes et sur le mur qui suit, à angle droit, un seul nom « Louis Vuitton. » Je hais le luxe quand il est tarte. Ce n’est plus du luxe, c’est une faute de goût. Certes les Chinois préfèrent Vuitton à Renoir. C’est ce qu’on veut nous dire. Mais le message subliminal est tellement bas de gamme que j’en suis honteuse.
La France de Sarkozy. Pas une once d’inventivité. Du commerce, les enfants, du commerce, les premières places aux vendeurs !
Mais bon, je me calme car je suis venue dans une foire. C’est une foire. Tout le monde joue le jeu.
Tout le monde ? Non !
Un pays met une claque magistrale à tous les autres.
C’est le Royaume-Uni. Son pavillon en forme de hérisson fragile a déjà été maintes fois photographié. Il est beau. Très beau. C’est une œuvre d’art. Il s’appelle « cathédrale de graine ». On le découvre avec ses myriades de lances transparentes et quand on entre, incroyable, impossible, insensé : il n’y a RIEN. Tout simplement les racines de l’édifice qui sont les bases de ces lances, dressées vers la lumière, et qui portent chacune le dessin d’une graine. Non, nous ne verrons pas Elisabeth II et le prince Andrew, la bataille d’Hastings, Hamlet et Robin des Bois, Guiness, Rolls Royce et l’armada. Et pourtant ils avaient de quoi meubler nos amis britanniques ! Non. RIEN. Si ce n’est cette réalité : si nous ne préservons pas les graines qui sont notre vie, nous périrons. Voilà l’urgence. Voilà la vérité de notre temps. J’en ai les larmes aux yeux, tant je suis fière de nos amis britanniques qui ont refusé le concours du commerce pour foutre une claque à Monsanto, à cette exposition banale et plate, témoignage d’une époque qui vit sur le flanc en attendant de se réveiller.
Quelle belle œuvre ! Quel chef-d’oeuvre ! Quel humour ! Quelle insolence !
Je n’ai pas tout vu, bien sûr. Et de loin. L’Espagne, les Emirats, les Pays-Bas ont créé de belles architectures inventives.
Mais la Grande-Bretagne..
Oh ! La claque !
Merci, merci, nos voisins de faire exister l’Art à un tel niveau au milieu d’une telle cacophonie commerçante ! Quelle époque ! Avant, on n’avait pas de pétrole mais on avait des idées. Maintenant, ni l’un, ni l’autre… On a des produits et pas grand monde pour les acheter…Sauf les produits de luxe évidemment… Mais l’art offert à tous n’est-il pas le luxe absolu ?
Merci !
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