Vienne 1900... décibels
Samedi 9h30 du matin, impatient de visiter l’exposition Vienne 1900. On se dit : à cette heure-là, il n’y aura que des passionnés d’art, la crème de la crème. Que de désenchantements...

Dans les files d’attente qui grossissent à vue d’oeil, signe évident d’une médiatisation efficace de l’évènement vers le grand public, d’emblée, on relève une difficulté de certains à lire les panneaux : entrée à 10 h, par exemple. Les gardiens répètent cent fois les mêmes choses : "Pas de réservation ? prenez la file en face". Rude métier, particulièrement quand il leur est répondu : "On comprend rien à vos panneaux !". Je me suis dit : "Et les oeuvres, ils vont les comprendre ?" en ignorant à quel point la réponse à cette question allait être fâcheuse...
10 h, on entre. Une fois dans l’exposition, première déception, il faut jouer des coudes pour s’approcher des oeuvres, même à l’ouverture, même avec une réservation. On se bouscule sans vergogne, on se frotte, on se tient même bien chaud.
Chacun y va de son petit commentaire, comme s’il s’agissait de choisir une oeuvre pour son salon : "Ah ça, j’aime bien ! Ça te plaît, à toi aussi ? - Euh, non. Moi, je préfère l’autre, là-bas !" Les modes de comportement de la société de consommation se retrouveraient-ils au musée ?
Il y a quelques personnes qui s’y connaissent un peu, et font briller leurs connaissances des oeuvres, expliquant à leurs amis ce qu’ils sont en train de regarder : "Oui, alors là, vous voyez... c’est fait sur toile, d’ailleurs on en voit un bout, juste au bord du cadre. A mon avis, ces deux femmes nues, c’est soit le même modèle, soit des jumelles". Véridique...
Tout cela est quelque peu gênant pour la concentration. Cependant, ce n’est rien en comparaison de l’audio-guide. C’est un gros téléphone portable, fourni à l’entrée, qui explique ce que l’on doit voir ou savoir. En théorie, une bonne intention. Dans la pratique, l’appareil est très bruyant. Toute l’assemblée "profite" des audio-guides. On a les explications en stéréo, en décalé, et concernant des oeuvres différentes... Un brouillard sonore ? Non, plutôt une free-party... car l’audio-guide a du succès.
Dans cette ambiance, l’amateur d’art que je suis se bouche les oreilles, tentant vainement de ressentir les oeuvres. Bilan : on les ressent mieux dans un livre qu’en vrai, avec les doigts dans les ouïes ! Se pose alors la question de savoir si l’oeuvre doit être expliquée au plus grand nombre, au détriment des passionnés qui ne peuvent plus en profiter. Un musée ne doit-il pas être paisible, afin que s’exprime librement l’âme des artistes ? N’est-il pas du devoir de respecter ceux qui ont vraiment créé, ceux dont les oeuvres sont au coeur même de notre humanité ?
"Et les oeuvres, ils vont les comprendre ?" me demandais-je avant d’entrer. Grâce à l’audio-guide, il semble que oui. Mais à cause de l’audio-guide, votre obligé n’a rien compris...
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