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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Roman feuilleton : les gueules cassées de la mondialisation (chap. (...)

Roman feuilleton : les gueules cassées de la mondialisation (chap. 3)

Chapitre 3 : Après une nuit passée dans la rue, un sans domicile se présente à l'aide sociale.

Chapitres 1 et 2 :

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/extraits-d-ouvrages/article/roman-feuilleton-les-geules-127348

Chapitre 3 : L’aide sociale : "on vous gère !"

M. avait pris soin de prendre rendez-vous auprès de l'aide sociale et avait appris ainsi que les gens dont le patronyme commençait par les premières lettres de l'alphabet dépendaient d'un centre tandis que les dernières lettres dépendaient du second. C'est donc en sa qualité de lettre qu'il se présenta à l'heure au rendez-vous.

Un bâtiment de briques à double porte blindée et sas de sécurité "accueillait" les gens en détresse. Il devait y avait du y avoir bien des rixes et des altercations pour que l'administration se protégeât ainsi des pauvres ! Des "personnes en difficulté" faisaient la queue sous une pluie fine les uns grognant, les autres apathiques, les autres grelottant.


Le sans-domicile doit savoir s'armer de patience. Son tour viendrait mais il ne devait pas forcer les choses. La pluie était bien gênante et on aurait pu imaginer la construction d'une simple avancée pour que les gens qui faisaient la queue ne reçoivent pas la pluie pendant une demi-heure mais ce devait être contraire aux instructions ou il ne devait pas y avoir de budget.

Totalement emmitouflé dans son manteau à capuche, M. ressemblait à un spationaute urbain. Son champ de vision était extrêmement réduit car la capuche était fermée au maximum. Des bruits d'altercations au guichet lui parvenaient bien « madame, j'ai le droit ..... ». « J'ai tra-
vaillé pour la France !!! ». « Vous n'avez pas le droit ... ». Ah ! Le droit ! On était bien en France !
Son tour arriva.
- Bonjour, j'ai téléphoné, j'ai rendez vous avec une assistante sociale... ».
- Votre pièce d'identité ! Tiens vous vous appelez Delarue ? C'est marrant ça !
- voilà
- Attendez près de la porte, on va vous ouvrir.
- Merci
Le ton de la dame indiquait qu'il était interdit de s'énerver. En attendant l'ouverture M. entendait des "Je ne peux rien faire", des "mais vous m'aviez dit", des "j'ai droit à" , des "au suivant". Puis un léger clic se fit entendre du côté de la porte blindée et M. ouvrit cette porte (Au moins 200 kg ! ) et entra dans le sas de sécurité.

De la chaleur enfin !!!! La porte blindée refermée, une seconde porte vitrée s'ouvrait à sa droite à l'aide d'un bouton sur lequel il fallait appuyer et donnait sur une pièce d'environ 30 mètres carrés.

On lui avait donné un jeton pour avoir un café chaud dans un distributeur automatique ! Le breuvage bouillant fut le bienvenu. Des toilettes étaient à disposition des naufragés de la vie ainsi qu'une fontaine d'eau. Dans le fond de la pièce, l'aspect culturel n'avait pas été négligé. Un don probable d'une bibliothèque faisait un fond hétéroclite d'ouvrages dont certains de niveau post-universitaire. Au mur des affiches prodiguaient des conseils sanitaires et psychologiques ainsi que quelques informations utiles. Des dépliants concernant les maladies vénériennes et la tuberculose étaient disposés dans des présentoirs. 


Au centre de la pièce, une table ronde de grand diamètrepouvait accueillir une dizaine de personnes. Le long des murs d'autres chaises étaient disposées.

On lui dit qu'on l'appellerait. Des gens d'âge moyen ou déjà un peu avancé, visiblement fatigués attendaient leur tour en silence, leur gobelet de café sur la table, lisant quelque-chose ou ne faisant rien. 

L'attente est parfois énervante, mais celle-ci était plutôt agréable. Il faisait chaud et quelqu'un allait le recevoir et l'aider sans nul doute à trouver une solution. La régression vers l'assistanat commençait dès le premier jour.

On l'appela. La pièce, sur l'un de ses côtés laissait place à un étroit couloir donnant accès aux bureaux des "administratifs" qui avaient leur entrée-sortie indépendante.

Une femme l'accueillit et le fit rentrer dans son bureaux, partagé avec une autre "travailleuse sociale".

Être travailleur social n'est pas une sinécure. Le travailleur social n'a qu'un pouvoir limité car il n'a presque pas de prise sur les causes structurelles du problème qu'il a à résoudre.

La femme téléphona à une hébergement d'urgence. La chance dans les moments inextricablement désespérés qui n'avait jamais quitté M. fonctionnait encore à plein. Il ne
restait qu'une place dans un centre d'urgence. La toute dernière. Ouf ! On la lui attribua.

On lui donna des tickets de transport en commun, une carte de téléphone et 10 euros. La personne d'à-côté avait une facture d'électricité impayée et l'assistante sociale allait "voir ce
qu'elle pouvait faire"

Ensuite, on lui dit d'attendre dans la salle d'attente et que d'autres travailleurs sociaux allaient instruire son dossier RSA. L'administration française savait être efficace.

- Passez à la caisse
- Elle est où ?
- Là dans le recoin !
- Ah oui ! Merci.
- Votre pièce d'identité ! Signez en bas
- Voilà !

Retour à la salle d'attente ! L'effet boomerang de la nuit arrivait ! Coup de barre magistral !
Un second café sucré celui-là sucré au maximum allait éviter l'hypoglycémie. Sklong, bip, bip, sklong, sklong sklong sklong, buizzzzzzzz, biiiiiiip : le café était prêt.
Un distributeur de café est neutre : ni pitié ni stigmatisation. C'était déjà ça.

Nouvelle attente puis un gros homme jovial lui dit de passer dans son bureau. Un fonctionnaire heureux c'est possible ! Plaisantant avec sa voisine : - il est pour toi ou pour moi ?
- Aller, je te le laisse mais la prochaine fois, ce sera mon tour !
L'homme connaissait son métier. M. savait écrire et les choses demandées n'étaient pas si difficiles. "Avez vous eu un revenu dans les x derniers mois, vivez-vous seul, maritalement (cochez la bonne case), signature. Photocopie recto-verso de la carte d'identité." - Tiens vous vous appelez Delarue ? C'est marrant ça ! Montrant la carte à sa voisine ! Regarde ! - Ah oui ! J'aurai tout vu décidemment !

- Il nous faut un compte postal pour vous verser l'argent.
- Pourquoi postal ? Bon, je vais faire tout ce que je peux.

- Revenez nous voir la prochaine fois dit-il en plaisantant, M. Delarue en marquant les trois syllabes. Il n'y avait pas d'animosité.

Reprenant son sac à dos M. demanda à sortir. C'était presque aussi compliqué
que de rentrer !!!

Enfin on lui ouvrit et il retrouva l'air de la ville.


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11 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 26 décembre 2012 13:01

    c’est dans quelle ville, la porte blindee ?


    • Méfrange 26 décembre 2012 13:16

      Je peux comprendre cette curiosité. De même qu’un personnage de roman est construit avec plusieurs, la ville en mélange plusieurs. La porte blindée est réelle par contre smiley. Dans ce roman feuilleton je voudrais montrer l’échelle de la rue mais aussi celle de la mondialisation qui tourne de plus en plus vite et qui finira par mettre ceux qui ne se sentent pas concernés ou qui pensent qu’ils peuvent ne pas lêtre dans le même sac. Le vortex est en route.


      • foufouille foufouille 26 décembre 2012 13:51

        j’y met plus les pieds depuis longtemps
        je connais juste le ticket a la con

        souvenir : « en raison de la file d’attente, les tickets ne sont plus disponible »
        11h30, on etait 3 dans une ANPE


        • Vipère Vipère 26 décembre 2012 14:08

          A foufouille

          A ma connaissance, il n’y a que les Centres Pénitenciers et les Hôpitaux Psychiatriques qui nécessitent une porte blindée !!!

          L’on comprend aisément la nécessité du dispositif retenir les prisonniers et les malades !!!


          • foufouille foufouille 26 décembre 2012 14:39

            pas sur
            il y a bien des vigiles a l’entree de certaines CAF, voire la police


          • Méfrange 26 décembre 2012 14:57

            Tiens, la vipère est encore là ! Elle a encore perdu une bonne occasion de se taire. Qu’elle essaie de rentrer dans une banque, une administration centrale, Elle ne sait manifestement pas ce dont elle parle et n’a jamais mis les pieds dans un CAS. Certains sont très ouverts, d’autres des bunkers.

            Cette activité de troll fait perdre de l’énergie et fait perdre le fil des commentaires. La vipère est inutile et nuisible. Ses commentaires n’apportent rien.


          • Vipère Vipère 26 décembre 2012 15:03

            La Vipère et toutes les créations de la terre ont leur utilité !

            Entre nous, la vipère est le symbole de la santé  !


          • Vipère Vipère 26 décembre 2012 15:43

            Je suis une incomprise !

            Alors que je montre intérêt et curiosité pour votre fiction, voilà que je suis sommée de me taire. Injustement accusée de polluer votre fil par des commentaires que vous qualifiez de oiseux et je m’inscris en faux  !

            Foufouille lui-même s’étonne que l’Administration, parcimonieuse lorsqu’il s’agit des pauvres, se fende d’une porte blindée.


          • Vipère Vipère 26 décembre 2012 15:48

            Des vigiles, la police ? les pauvres sont-ils si dangereux ?

             à moins qu’ils n’emportent le mobilier de bureau ou pire...


            • foufouille foufouille 26 décembre 2012 16:24

              « Des vigiles, la police ? les pauvres sont-ils si dangereux ? »

              moi, oui

              il y en a un qui a failli s’immoler, 3 mois avec sursis plus amende
              un qui a reussi, mort
              dans uns caf parisienne

              ensuite, tu as les collectif qui viennent a plusieurs pour regler un probleme de bureaucrates, genre papier sauveur

              et d’autres histoires dont on entend peu parler
              si tu ajoutes que tu as pas mal de « kapos », la porte blindee devien(dra) necessaire


              • Stof Stof 27 décembre 2012 12:10

                Rien n’est plus dangereux qu’un désespéré qui n’a rien à perdre. Alors imaginez s’ils deviennent majoritaires dans un pays...

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