Avale-Loire : étape 14
Ingrandes – Mauves sur Loire
J'en ai vu le bout …
J'arrivai exténué à Ingrandes sans avoir ni la force ni l'envie d'aller plus loin. L'orage m'avait laissé tranquille, il ne fallait pas tenter le diable qui n'aime rien tant, en notre Loire, que se tapir à la sortie du pont. C'est donc au pied de celui-ci que j'allai à tout hasard sonner à la porte d'une belle demeure affichant la mention : Chambres d'hôtes. Je sais que ce confort paraîtra bien excessif aux jeunes mariniers toujours prompts à bivouaquer sur la première île venue, mais je n'avais plus l'envie de jouer les Robinson en ce jour de canicule. Je désirais une douche plus que tout au monde !
Il y a une bonne fée pour les marins d'eau douce en détresse. Je l'ai croisée dans cette maison de charme qui, cela ne pouvait pas être autrement, se nomme « Passion Loire ». Une merveille de décoration subtile, mariant les styles, proposant des œuvres d'artistes contemporains, des fresques et des compositions florales. Un bonheur sans égal puisque la Loire trône en majesté devant cette maison aux multiples terrasses qui donnent sur notre fille Liger.
Naturellement, j'héritai de la chambre « gabare ». Nous passerons sous silence cette petite entorse à la réalité historique. Nos grands bateaux étaient des chalands, le mot est sans doute moins évocateur pour qu'on lui préfère si souvent ce terme qui nous vient de la Garonne. La Loire peut bien accepter une petite infidélité quand elle est aimée de la sorte par une hôtesse d'une incroyable disponibilité pour ses invités. Jamais le terme Hôte n'a aussi bien mérité son nom qu'ici !
C'est au cours d'un petit déjeuner d'exception que je conversai longuement avec cette dame qui n'a pas épargnée par les coups du sort et les drames personnels mais se félicite encore de l'incroyable chance qu'elle a eu de croiser sur sa route une telle maison. Nous avons surtout évoqué le joyau qui coulait à ses fenêtres. Je lui parlai de ma dame Liger, lui fis même l'offrande de ma petite chanson qui ira dans le livre d'or de la maison.
L'hôtesse dont je ne sais même pas le nom fut ravie d'apprendre que l'origine du mot Loire pouvait avoir un lien avec Lugus le dieu Celte de la lumière. Elle me montra son album photographique avec des prises de vue du pont d'Ingrandes en diverses saisons avec des éclairages parfaitement féériques. C'était magique, il n'y a plus à douter, l'étymologie de Liger ne doit rien à la boue mais tout à l'astre solaire.
J'avais pris du retard à converser ainsi avec une dame intarissable. Je dus pousser fort sur la pagaie car l'ami Valéry m'attendait vingt et un kilomètres plus bas pour une pause pique-nique. J'avais décidé d'avaler la dernière étape, d'en terminer avec ces journées trop chaudes d'autant que je sortais de la zone marinière pour entrer dans le monde des moteurs hors-bord et même des jets-skis qui, pour moi, n'ont que faire sur notre Loire …
Je doublai Saint Florent le Vieil sans prendre le temps de m'y arrêter. J'aurais aimé en savoir davantage sur les Vikings qui s'installèrent en cette région pour établir le camp de départ de leurs folles expéditions fluviales. Ce n'est que partie remise, j'ai maintenant la certitude de revenir en Anjou, ce pays qui aime tant notre rivière !
Je ne m'attardai pas trop avec Valéry. Je savais que la marée allait changer de sens et que ses effets se font ressentir fortement sur la Loire. J'entrais justement dans la zone d'influence de ce phénomène lunaire. Il ne me fallait pas tarder. Jusqu'à Oudon, Éole fut avec moi et je n'eus pas à souffrir du ressac. C'est après que tout se gâta.
Le vent se mit à souffler d'ouest, la marée donnait des signes de puissance. Chaque mètre se gagnait à la force de la pagaie. Je ne pouvais plus prendre de photographies. Le temps de sortir mon appareil et le rafiot faisait demi-tour, désirant sans doute prolonger l'aventure d'une journée supplémentaire. C'est à bout de force que je fis les douze derniers kilomètres en un temps qui me parut une éternité.
L'effort valait bien l'immense surprise qui fut la mienne en arrivant sous le pont de Mauves. Un comité d'accueil comme jamais je n'en aurais soupçonné la possibilité. Outre Valéry et Anne son épouse que j'attendais ici, il y avait sur le quai nos amis les aveyronnais du nord dont je vous ai déjà raconté la folle aventure et mon épouse. Je m'étais bien gardé de communiquer le jour de mon arrivée et c'est ce diable de Loire en Bretagne qui avait vendu la mèche et organisé cette arrivée somptueuse.
Je fus si attrapé que je me demande si j'ai montré le plaisir que me firent tous ces gens venant à ma rencontre, dont certains de fort loin. Je suis resté imbécile, accablé de chaleur et d'étonnement. Qu'ils sachent ici l'immense bonheur qu'ils m'offrirent en cette fin de périple. La suite restera nôtre, vous le comprendrez aisément. J'aurai encore bien des choses à vous raconter, des détails et des récits sur lesquels je suis passé trop vite dans ces compte-rendus journaliers.
À demain donc pour d'autres moments de ce partage. J'espère que ce feuilleton fut pour vous un plaisir. Je n'ai d'autre but que de faire aimer la Loire au plus grand nombre. J'espère de tout cœur avoir rempli ma douce folie. Qu'il me soit enfin permis de remercier tous ceux qui ont rendu possible ce périple ligérien en me recevant, en m'indiquant un contact, en informant les mariniers de mon passage, en me rendant visite au fil de mon avalaison, en suivant mes récits, en m'envoyant des messages d'encouragement. Ils appartiennent désormais à ma grande famille ligérienne à laquelle je donne rendez-vous au prochain Festival de Loire du 18 au 22 septembre. À bientôt tous mes amis de notre belle et grande rivière !
Finalement vôtre.
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