Journal d’un asthmatique qui se découvre !
Le souffle coupé.

Le prestige de l'âge sans doute, les mystères de la biologie plus sûrement, voilà que sur le second versant de mon existence, je me découvre le souffle court et la respiration sifflante, la toux grasse et persistante. Des symptômes bien mérités après des années de fidélité à dame cigarette me direz-vous narquois, le sourire aux lèvres. Que nenni ! Jamais je ne fus fumeur et me voir ainsi hors d'haleine me coupe la chique plus certainement que vos railleries.
Si on est toujours puni par là où l'on aurait fauté, ce n'est pas du côté de l'addiction qu'il faudra chercher. Par contre, j'ai, je dois vous le confesser beaucoup brasser d'air durant mon existence. Que la sentence vienne punir désormais dans un domaine où je ne manquais jamais de ressources semble relever de la justice immanente.
Me voilà donc à souffler comme un bœuf dès que la route monte, à avoir les poumons en feu quand il fait froid et humide, à ne plus pouvoir courir moi qui n'avais jusqu'alors pas su me déplacer autrement. Le vélo est devenu une épreuve, je suis à plat moi qui me pensais increvable !
Il a fallu une escapade dans les Alpes, partager quelques jours de la vie d'un troupeau dans les alpages pour revenir inquiet sur l'état de ma ventilation. Le premier examen fut concluant, l'asthme était désormais au programme et il n'y avait plus qu'à faire avec. Curieusement, c'est dans un paysage de rêve, au-dessus du Lac de Serre-Ponçon sans la moindre trace de pollution, que j'embrassais le mal des cités sans joie.
J'ai naturellement reculé le moment d'accepter le verdict, refusant d'avoir dame Ventoline comme bonne copine. Je faisais le malin, je voulais poursuivre mon chemin sans l'aide de la chimie. J'en perdis souvent la respiration, il fallait me résoudre à prendre une bouffée pour retrouver un peu de dignité.
Maintenant, quand le temps se chagrine, quand le ciel s'obscurcit, que la météo joue les premiers rôles, j'ai comme un poids sur les bronches. Je tousse et je m'étouffe, je traîne ma misère et un souffle sifflotant qui exaspère mes voisins. Au cinéma désormais, je cherche à m'écarter pour ne pas indisposer les oreilles fragiles.
Voilà vous savez tout. Quand on manque de souffle on se donne parfois de grands airs. C'est sur le clavier que je respire à plein poumon. Aucun risque de prendre mal, pas besoin de recourir à la pulvérisation magique. Je trace mon chemin, j'emprunte les voies les plus escarpés possibles. Je file sur les hauteurs sans avoir besoin de passer chez le docteur.
Je me soigne et souvent je vous gonfle un peu, c'est que je ne peux plus emplir mes propres poumons. Ce n'est qu'un simple échange, je vous vampirise un peu pour ce supplément d'oxygène qui vient à me manquer. N'en soyez pas contrariés, ce n'est qu'une farce même si certains prétendent que souffler n'est pas jouer …
Tant qu'il me restera un peu d'inspiration, je continuerai à venir prendre par votre étrange lucarne, cette fenêtre numérique, ce peu d'air qui manque à mon confort. Ne coupez pas votre alimentation, je serai bon pour une quinte sur laquelle, personnellement, je ne miserai pas un kopeck.
Voilà, j'ai mis cartes sur table et mes expectorations n'ont plus de secret pour vous. Quant à ceux, nombreux qui sont allergiques à mes billets, qu'ils se méfient eux-aussi de n'être pas atteint par ce mal sournois. Mais qu'importent nos désaccords, respirons à pleins poumons le plaisir de nous exprimer encore librement sur la toile, tant que c'est encore possible. Ne boudons pas notre plaisir. D'autres, plus mal embouchés, veulent nous couper la chique et contre ceux-là, nul remède n'est vraiment efficace !
Bronchiolement vôtre.
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