Paris Hilton ou les clés de sa super médiatisation
Paris Hilton fait partie de ces icônes populaires qui métastasent les médias. A tel point qu’on en vient à oublier la raison exacte de cette hégémonie. Pourtant, qu’est-ce qui explique la super médiatisation de Paris Hilton ?
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Par super médiatisation, il faut comprendre expositions maximales de ses moindres faits et gestes, aussi anodins soient-ils. Et ils sont souvent (pour ne pas dire exclusivement) sans le moindre intérêt objectif. Paris fait son shopping, Paris entre en boîte de nuit, Paris se promène dans la rue (seule ou accompagnée : on dispose de toutes les versions), Paris roule en voiture, Paris participe à un gala, Paris prend son petit déjeuner, déjeune et dîne, etc. Même si on n’est pas fan de Paris (et c’est mon cas...), impossible de la louper. Elle s’affiche partout : dans la rue, le métro, à l’arrière des bus, sur les kiosques à journaux, dans les magazines de tout type, les émissions de télé (journaux télévisés inclus), sur internet ! Rarement une super star aura connu un tel traitement !
Pour comprendre, je me renseigne sur ses « œuvres ». Elle a forcément fait quelque chose relevant de l’extraordinaire ! Elle débute sa carrière médiatique en tant que mannequin, en 2000. Dès l’âge de 19 ans, elle apparaît comme femme sandwich pour diverses marques à la renommée internationale. L’année suivante, elle devient une figure du petit monde de la nuit new-yorkaise : sa photo prend place dans les magasines des gens jeunes, riches et célèbres.
Premier constat : plusieurs éléments combinés inhérents à sa personne la propulsent dans l’univers des people. Son jeune âge, sa plastique de type « Barbie irréprochable », son statut d’héritière de la famille Hilton (fortune estimée : 6 milliards de dollars), la popularité de la fortune aux États-Unis, le fait de porter un nom qui s’assimile à une marque mondiale, accélèrent sans doute le processus et contribuent à la positionner en tant que people.
Elle poursuit sa jeune carrière de mannequin quand la chaîne
de télévision Fox lui propose de devenir l’héroïne (avec la fille adoptive du
chanteur Lionel Ritchie) d’une émission de télé-réalité intitulé The Simple Life. L’idée consiste à plaquer deux jeunes et jolies filles de
la haute société dans l’univers de Monsieur Tout Le Monde, perdu dans la
campagne américaine. J’ai un aveu à faire : j’ai regardé. Et le
pire : c’était plutôt drôle ! Le premier volet a lieu le 2 décembre
2003 et remporte un succès énorme aux Etats-Unis. Deux saisons supplémentaires
sont aussitôt programmées. Deux autres suivront (la quatrième saison est en
ce moment diffusée sur une chaîne cryptée en France).
Deuxième constat : elle se place sur un créneau précis et elle n’y bougera plus. Sa participation à ce type d’émission, et le succès planétaire qu’elle suscite, lui donne un positionnement spécifique : le suivi de sa vie quotidienne sous le feux des projecteurs omniprésents. De people, elle passe au statut de vedette internationale.
2004 constitue une année charnière pour Miss Hilton. Sa notoriété éclate et déborde largement les frontières américaines. Ses apparitions dans la presse catégorisée people deviennent permanentes. Dans le même temps, la presse dite traditionnelle, tend également à se « peopoliser ». Le people fait vendre, augmente les tirages et les audiences et plaît beaucoup aux indispensables annonceurs. Paris Hilton devient un sujet porteur pour tous les autres supports. Des paparazzi sont même attachés à son suivi quotidien, ceci afin d’alimenter toute la presse avide de ses moindres mouvements.
Troisième constat : dès 2004, impossible d’échapper à Miss Hilton. Elle éclôt dans un contexte qui lui est favorable. Elle alimente les rubriques spécialisées dans le suivi des gens connus au point d’en devenir un cas à part, « célèbre pour être célèbre » !
L’année 2004 reste marquée pour Paris Hilton d’un autre événement majeur. En effet, son compagnon de l’époque, un dénommé Rick Salomon, filme leurs ébats sexuels et le diffuse sur internet, opportunément avant la retransmission américaine de la première saison de l’émission The Simple Life. Là encore, le succès est foudroyant. Le lien entre une jeune femme en plein ébats sexuels, une jeune fille « de bonne famille wasp » et la vedette mondiale qu’elle est devenue, forme un cocktail explosif. Jugez-en vous-même : Paris Hilton émarge de sa presse habituelle. Les tabloïds anglo-saxons à sensations s’en donnent à cœur joie. Les termes « Paris Hilton » s’affichent en tête des cinq mots clés les plus utilisés sur la toile mondiale ! La vidéo intitulée 1 Night in Paris bat les records de téléchargement. Une édition DVD voit le jour. Elle obtient trois AVN Awards (en 2005) dont le prix de la meilleure vente de l’année.
Quatrième constat : plus aucune dimension de la vie quotidienne de Paris Hilton n’échappe au voyeurisme généralisé qu’elle suscite et qu’elle alimente, même à son corps défendant.
Paris aurait pu en rester là et se retirer dans un couvent ou plus prosaïquement, rester dans l’ombre des propriétés de sa famille. Que nenni ! Elle maintient le flux des images prises sur le vif d’un quotidien désormais à portée de clics de n’importe qui sur Terre. Ceci s’explique par l’intérêt substantiel qu’elle en tire. Que ce soit en tant que mannequin, vedette d’émission de télé-réalité, Paris Hilton n’oublie jamais de percevoir son salaire : entre 3 et 4,5 millions de dollars par saison de The Simple Life, entre 150 000 dollars et 1,5 million de dollars par apparition dans une soirée mitraillée par les photographes, 5 % des bénéfices de l’empire Hilton auxquels s’ajoutent des partenariats publicitaires avec des marques mondiales, le produit de ses deux boîtes de nuit londoniennes (vingt-deux en projet), ses lignes de produits (parfums, bijoux, montres, sacs à main).
Cinquième constat : Miss Hilton, en travaillant et en maintenant sa popularité mondiale, en tire de substantifiques profits. Elle a intérêt à faire en sorte que la source ne se tarisse pas.
Les démêlées judiciaires de Miss Hilton finissent d’asseoir, pour de bon, sa popularité universelle. Elle est arrêtée en septembre 2006 au volant de sa voiture avec... 0,08 % d’alcool dans le sang ! Le 27 février 2007, la voilà de nouveau arrêtée roulant tous feux éteints en excès de vitesse sur Sunset Boulevard. Le 4 mai, elle est condamnée à 45 jours de prison. Elle entame sa peine le 3 juin. Par complaisance du shérif, elle sort de prison pour en être renvoyée aussitôt sur ordre du juge Sauer. Le 26 juin, elle est libérée. Les principales télévisions américaines ont suivi minute par minute le déroulement de cette affaire, lui donnant une priorité nationale sur tous les autres événements. Bien entendu, la place prise par les déboires de Miss Hilton dans l’information généraliste est plus que discutable, pour ne pas dire lamentable.
Sixième constat : Miss Hilton serait donc une justiciable comme les autres ? Comme nous ? Elle n’est plus seulement cette riche héritière blonde platine, lointaine et jet-setteuse. Elle devient une jeune femme comme les autres. Désormais, on compatit à ses malheurs, on la plaint. Pire, on la voit en train de pleurer, sans maquillage, sans lentilles ! Et ça, c’est vraiment inédit ! D’une forme de récréation qu’elle offrait aux médias internationaux, elle prend désormais la première place dans l’information !
Selon, une étude publiée en septembre 2006 par le British Journal of Psychology, nous raffolons des ragots en tout genre, des potins mondains au qui couche avec qui. Il s’agirait selon l’étude « d’un mécanisme ancestral de survie ». L’édition du 18 février 2006 du New Scientist va dans le même sens : « l’intelligence des primates a pu évoluer en s’attachant à résoudre des problèmes sociaux complexes, comme les changements d’alliances au sein des groupes ou le fait de faire face à une déception... Il est possible que l’intelligence humaine d’aujourd’hui garde des traces de ce processus de sélection, sous la forme d’une meilleure mémorisation des informations sociales » (2).
En réalité, la super exposition permanente de Paris Hilton constitue une forme d’imprégnation de la « télé-réalité » dans les médias de type people et dans les médias traditionnels. La planète entière vit avec Paris, suit ses moindres déboires, gobe ses justifications plus ou moins vaseuses, frétille quand elle est prise la main dans le sac. Elle incarne un nouveau type de rat de laboratoire dans son bocal planétaire, en permanence sous l’œil voyeuriste des nouveaux terriens cathodiques. Elle offre un feuilleton mondialisé et sans scénario de ses pérégrinations, ses amours, ses emmerdes... Lors de son passage télévisé fin juin 2007, dans le célèbre talk-show de Larry King que diffuse CNN, elle déclare : « Je travaille très dur. J’ai écrit un livre, j’ai fait un album et je joue dans des films aussi » (1).
La faim dans le monde, les ravages du sida, la guerre en Irak, la montée de l’islamisme, le réchauffement de la planète, etc. : tous ces sujets sont traités sur le même plan et à coté de la vie trépidante de Miss Hilton. Emerveillez-vous braves gens, tout va bien : Paris Hilton a cassé le talon de sa chaussure. Elle a failli tomber. Elle s’est rattrapée juste à temps... La suite au prochain épisode.
(1) J’ai omis de préciser sa
participation en tant qu’actrice dans certains films, sa tentative de chanteuse
et son unique livre, les trois éléments étant sans le moindre intérêt
(artistique).
(2) Information reprise entre
autres par Les Dessous de la presse people de Léna Lutaud et
Thiébault Dromard (éditions de
N.B. « Barbie »,
« Hilton » sont des marques déposées internationalement par leurs
propriétaires respectifs.
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