L’euro (2016) de toutes les surprises !
Cette fois-ci, l'efficacité et la réussite sont du côté des Bleus. Enfin ! L'équipe de France avait bien débuté le match, avait montré à nouveau ses qualités offensives, mais aussi, c'est nouveau, une défense irréprochable quasiment à tout moment, avec un Hugo Lloris magistral, mais aussi avec le tout nouveau parmi les Bleus : Umtiti. Malgré ses nombreux tirs, la Mannschaft ne marquait pas une seule fois, montrant une fébrilité inhabituelle face à la cage d'Hugo Lloris, avec des frappes non cadrées.
Et face à une Allemagne qui avait dominé une bonne partie de la première mi-temps, la France l'emporte finalement 2-0 en demie finale dans le temps réglementaire contre les champions du monde en titre, comme en 1998 (3-0) en finale contre le Brésil.
La "gagne" de Didier Deschamps était à nouveau passée par là.
De très nombreuses blessures...
Et ceci alors que de nombreux joueurs de talent n'avaient pu faire partie de la sélection tricolore : Mathieu Debuchy (Bordeaux), Raphaël Varane (Real Madrid), Benoît Trémoulinas (Séville FC), Jérémy Mathieu (FC Barcelone), Lassana Diarra (Marseille), Kurt Zouma (Chelsea), Nabil Fekir (Lyon), Paul-Georges Ntep (Rennes) du fait de blessures, ou suite à des blessures, ou Mamadou Sakho (Liverpool) [1], sans parler de Karim Benzema et de Mathieu Valbuena.
...beaucoup de chance dans les tirages au sort...
Mais dans un Euro 2016 rythmé par les surprises, la France a eu beaucoup de chance ("dans le milieu du football, on dit que Didier Deschamps est né les pieds dans le bénitier") avec les tirages au sort et l'enchaînement des matchs (poule, 1/8 et 1/4), ne rencontrant un poids lourd, et lequel, qu'en demie finale, après élimination par l'Allemagne de l'Italie en quart de finale (1 -1, après tirs aux buts).
Ce qui a constitué une "première" mémorable pour l'Allemagne, puisqu'elle ne l'avait jamais remporté dans les matchs officiels contre l'Italie (4 défaites et 4 matchs nuls) dans les dernières décennies !
...de nombreuses équipes éliminées alors qu'elles semblaient décisives...
L'euro 2016 s'était déjà distingué par plusieurs surprises majeures, comme l'élimination de plusieurs équipes clés par des équipes a priori plus faibles :
- l'Espagne (qui s'était reprise après sa catastrophique Coupe du Monde 2014) par l'Italie, qui avait jusque là semblé manquer d'individualités décisives (0 - 2)
ou par des 'petites' équipes :
- la Belgique, une des sélections favorites grâce à des joueurs talentueux mais manquant de collectif puissant, face à un Pays de Galles très organisé et déterminé (1 - 3)
- l'Angleterre éteinte, malgré ses 10 succès d'affilée, face à la très surprenante Islande (1 - 2)
...et le coachnig gagnant de Didier Deschamps !
Avec cette victoire hier contre l'Allemagne, la France aura donc finalement aussi rompu avec cette interminable série de défaites contre son voisin d'outre Rhin, qui finissait toujours par gagner, depuis 1958 !
En dehors de la chance (Pierre Ménès, à propos de D.D. : "quand on a de la réussite à ce point, c’est qu’on la provoque. Il a su insuffler à ce groupe une solidarité qui a fait merveille" [2]), l'Equipe de France a pu compter avec le coaching gagnant de Didier Deschamps, et avec la décision Le Graët - Deschamps de se passer du talentueux Karim Benzema, invoquant la nécessaire exemplarité : "Ce mercredi 13 avril, le président de la Fédération Française de Football a enfin tranché quant à l’avenir proche de Karim Benzema en équipe de France". .."Pour la FFF, mieux vaut se passer de notre meilleur buteur que de jouer l’Euro à domicile avec un public hostile". [3]
Cette décision "éthique" pourrait finalement avoir été décisive, malgré la perte apparente que représentait l'absence du meilleur buteur français. Lors de matchs amicaux, Dider Deschamps avait déjà saisi l'opportunité de se passer de Benzema et Valbuena (Allemagne et l’Angleterre, en novembre 2015) [4] et constaté l'efficacité de ses choix (Pays Bas, Russie, mars 2016, voir encadré) [5].
Des cycles de 20 ans dans le football ?
Finalement, il faut croire que la durée des cycles habituellement constatés (20 - 22 ans) par nous dès 2005, dans le monde [6], mais aussi sur plusieurs siècles en Amérique du Nord par les historiens William Strauss et Neil Howe [7] est un peu plus courte pour le football :
- 19,3 ans (x 3 = 58, entre 1958 et 2016, dans les matchs France Allemagne)
- 20 ans (x2 = 40 ans entre 1958 et 1998, pour les succès français)
- demi-cycle de 10 ans (2006, 2016, pour les accès des Bleus en finale de Coupe du Monde ou Euro)
Voir l'encadré ci-dessous.
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Revenons au football
L'accès des Bleus en finale de l'euro 2016, et peut-être la victoire en finale, pourrait ainsi représenter une nouvelles série de victoires, et pourquoi pas la Coupe du Monde en 2018 ! Cela paraît possible, étant donnés les qualités offensives des Bleus, leur capacité à défendre, qui s'est révélée lors de cette demie finale, et les progrès accomplis depuis plusieurs mois et années.
Mais il faudra pour cela transformer l'essai, en consolidant cette équipe, qui a progressé lentement, et qui a encore une très grande marge de progression devant elle !
Extraits de l'article "Euro 2016 : pourquoi l'équipe de France peut se passer de Karim Benzema et Mathieu Valbuena", RTL sport, 31 mars 2016." L'équipe de France a remporté deux matches amicaux (Pays Bas, Russie), "au cours desquels Didier Deschamps a effectué de nombreux tests plutôt concluants." ... "Le football est une somme d'affinités et de profils de joueurs à associer, et de ce point de vue-là le dossier Benzema-Valbuena ne devrait pas créer autant d'inquiétudes au sein du football français. Sur les deux rencontres face aux Pays-Bas et à la Russie, les Bleus ont montré une capacité à marquer des buts, et des buts très bien construits. Mises à part les deux pépites d'Antoine Griezmann et Dimitri Payet sur coup-franc, l'équipe de France a offert une capacité à enchaîner les passes et à trouver des joueurs offensifs en mouvement. Face à la Russie, la liberté de Griezmann, les permutations du trio offensif ainsi que l'apport des milieux ont offert des séquences rarement vues ces dernières années. L'intelligence de jeu des joueurs a donné un souffle nouveau à l'animation offensive. Les joueurs semblaient parler le même langage footballistique et les rôles de chacun coulaient de source. |
En attendant, souhaitons déjà que l'Equipe de France saura bien jouer cette finale face au Portugal, et qu'un événement comme le "coup de boule" de Zidane ne viendra pas empêcher une nouvelle victoire des Bleus, cette fois en finale de l'Euro 2016 !
Comme le dit Pierre Ménès "la France a été plus convaincante que le Portugal sur l'ensemble de l'Euro. Et tout ce bon boulot qui a été fait contre l'Allemagne, il faudra le terminer dimanche en apothéose."
Quelques commentaires complémentaires
1. Certains journaux allemands (die Zeit, Süddeutsche Zeitung ) ou personnalités avaient 'soutenu' la victoire des Bleus, avant le match, "parce qu’ils s’inquiètent pour cette nation « à terre » comme la qualifie Die Zeit. « Une victoire sur l’Allemagne serait pour la France bien plus qu’un simple jeu. Ce serait un acte de libération (…). Et une France renforcée ainsi de l’intérieur serait une bonne chose pour l’Europe et aussi pour les Allemands », expliquait, grand seigneur, un éditorial de la Süddeutsche Zeitung 48 heures avant le match. « Politiquement, je suis pour la France. Mais sur le plan personnel, pour la Mannschaft », confiait un proche d’Angela Merkel connu pour sa passion pour le foot. [9]
2. A ceux des nationalistes et autres populistes, qui se sont accaparé l'espace Agoravox créé par Joel de Rosnay, et qui se féliciteraient de la ferveur et du patriotisme, légitimes, envers les Bleus : Pascal Perri rappelait très bien ce vendredi [10] l'impact décisif de la libre circulation des personnes (entre les pays d'Europe) en faveur de l'élévation du niveau des 'petites' équipes nationales.
- Clapping gigantesque au retour des joueurs Islandais
L'Islande, 330 000 habitants !, pays non membre de l'UE mais membre de l'Espace Schengen [11] comme la Suisse, en est l'exemple le plus criant.
Les bons joueurs des 'petites nations', rares au début, n'auraient pas pu aller si facilement dans les grands clubs européens, n'auraient donc pas pu élever leur niveau de jeu, et les équipes correspondantes n'auraient jamais pu se qualifier à l'Euro et même en huitièmes de finales !
[1] "Equipe de France : Le onze des absents pour l'Euro 2016", L'Equipe, 1er juin 2016
[2] "Le visage de la gagne, par Pierre Ménès", Direct matin, 8 juillet 2016
[3] "Mis en examen dans l’affaire de chantage à la sextape dont a été victime Mathieu Valbuena, l’attaquant du Real Madrid ne participera pas à l’Euro 2016. Le contrôle judiciaire de Karim Benzema a été levé et il pouvait donc réintégrer le groupe France. Noël Le Graët en a décidé autrement. En accord avec le sélectionneur Didier Deschamps, il a décidé d’invoquer l’exemplarité pour justifier la mise à l’écart du meilleur buteur en exercice de l’équipe de France." "Benzema exclu de l'équipe de France : Booba clashe Didier Deschamps et Mathieu Valbuena", Public.fr, 14 avril 2016.
[4] "Pour affronter l’Allemagne et l’Angleterre en matches amicaux le 13 et 17 novembre prochains, Didier Deschamps a décidé de se passer de Karim Benzema et Mathieu Valbuena. En conférence de presse, le sélectionneur de l’Equipe de France a justifié ses choix.... « En ce qui concerne Karim, il n’était pas disponible physiquement […]. Même si Valbuena est moins performant en ce moment, vous comprendrez qu’il n’est pas dans les meilleures conditions psychologiques. J’ai pris la décision de le laisser souffler." "Equipe de France : Didier Deschamps explique pourquoi il n’a pas sélectionné Benzema et Valbuena"
[5] "Equipe de France : La liste des Bleus retenus pour affronter les Pays-Bas et la Russie", Tf1, 17 mars 2016
[6] Nous avions signalé en 2005 ((libéral et social, 30 mai 2005. "L'expérience de 1981-1983 n'a pas suffi : la France a voté NON, tentée par un repli faussement salvateur")) qu'il pourrait se passer quelque chose d'ampleur à partir de 2010 - 2012 : "Puisque les événements majeurs se produisent tous les 20 ou 40 ans, le vote NON pourrait bien être en fait une réédition du vote de mai 1981 et l'annonce d'une crise majeure un peu plus tard (vers 2010, 40 ans après 68 ?)" Et nous avons été servis en Europe avec la crise de la zone euro en 2011, 22 ans après l'effondrement du bloc de l'Est.
[7] Strauss–Howe generational theory - Wikipedia en anglais
[9] "Euro 2016 : à Berlin, seuls les Français jouent les prolongations", Le Monde, 8 juillet 2016
[10] C dans l'air "La vie en rose avec les Bleus", 8 juillet 2016, vers la trentième minute de l'émission
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