Le Parc se pince
Le fiasco colossal
Il était une fois un Prince en son royaume de sable qui rêvait de conquérir la vieille Europe. Curieusement, lui si pudique, qui s’habillait toujours de longues robes blanches avait confié à des jeunes gens en short son étrange dessein. Pour le mener à bien, il ne comptait ni son argent, venant d’un puits sans fond, ni son énergie qui chez lui est gratuite. Il avait l’argent, le beurre, ne lui manquait plus que la belle crémière, une coupe qui se dérobe, la coquine.
Il jeta son dévolu sur un Parc éponyme, une belle enceinte qui allait résonner, il en était certain, des exploits de ceux qu’il s’était offerts à grand coups de cheikhs en bois. Mais hélas, l’homme avait omis de remplir tous les talons et l’un deux, celui qui lui avait coûté le plus cher, céda juste avant l’échéance. Son Eldorado allait se perdre quelque part du côté du Brésil.
L’huissier qui vint réclamer l’échéance suivait sa belle étoile, une de celle qui n’est pas filante mais brille dans le ciel depuis fort longtemps. L’affront fut terrible, tout fut confisqué en deux actes tout aussi humiliants l’un que l’autre. L’argent ne suffit pas pour se couvrir de gloire, il permet simplement de lui substituer le ridicule quand la défaite vient ramasser la mise. En la matière, le Prince et ses sbires, ses inféodés et ses adorateurs furent servis au-delà de toute mesure. Une fois encore, ils avaient manqué leur but.
Dans la loge présidentielle, on assista abasourdis à ce qui devenait une déconfiture. Quel bonheur de voir la mine de chien battu d’un petit roquet qui y siège toujours en bonne place. Ancien roi détrôné dans une République qui par son entremise se vend en dollars du pétrole, il découvrait une fois encore que pour lui les déculottées se suivent et se ressemblent. Il pensera à l’avenir vendre ses services au plus offrant pour aller faire conférence sur l’art et la manière de perdre. Il est devenu un expert incontestable en la matière.
Rien néanmoins ne coupera le sifflet de cette joyeuse troupe. Puisque pour eux, les humains s’achètent ou se vendent comme du bétail, ils vont déplacer les pions, mettre sur le marché ou bien à la casse ceux qui n’ont pas donné satisfaction. Ils agissent bien pire chez eux ; n’est-ce pas de vulgaires esclaves qui s’échinent dans leur pitoyable principauté pour construire les stades d’une prochaine coupe du Monde de la honte ?
Tout cela se passe sous nos yeux avec les complicités bienveillantes et souvent très actives de ceux qui ont été élus pour représenter le peuple souverain et les valeurs de la République ; nous ne pouvons que nous réjouir de cette splendide Bérézina. Il se trouvera hélas encore quelques furieux pour s’extasier des succès domestiques de cette armée mexicaine. À vaincre sans opposition ni gloire, on prépare des défaites cuisantes sur la scène internationale.
Rien ne tourne décidément rond dans ce monde sportif qui refuse de se plier au diktat de l’argent roi. Il y demeure toujours la glorieuse incertitude du résultat, celui qui ne peut se décréter en achetant l’arbitre, les chaînes de télévision, les journalistes hagiographiques et éventuellement quelques joueurs dans le camp opposé même si tout cela se passe dans le cercle fermé de canailles de haut vol. C’est insupportable et il leur faudra encore une fois que le bon Prince ravale son orgueil et plie la tête devant l’évidence. Ces merveilleux jouets qu’il s’est offerts à prix d’or ne sont que des pantins dérisoires qui, une nouvelle fois, sont éliminés !
Il va certainement y avoir une première victime, le fusible habituel qui saute pour expliquer la faillite des véritables responsables. Il en va toujours ainsi dans cet univers vérolé par le fric. Il conviendrait pourtant que le Prince, en dépit de ses croyances, se mette sous le keffieh cette maxime essentielle : « On ne construit pas ses rêves sur le sable, fut-il celui du désert ! » À ne pas vouloir l’entendre, il nous a offert une bien douce revanche, nous qui n’avons que faire de nous prosterner devant ce triste sire.
Défaitement sien.
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