On ne change pas une équipe qui perd ?
C’est demain 3 juillet que le Conseil fédéral va décider de l’attribution du poste de sélectionneur de l’Equipe de France de Football, pour préparer les joueurs à la qualification de la Coupe du monde 2010.
Comme on le sait, le choix est très limité ; en gros entre l’actuel sélectionneur et looser, Raymond Domenech, et éventuellement l’ancien capitaine des Bleus champions du monde de d’Europe, Didier Deschamps.

Or, on assiste tous ces derniers jours, dans les gazettes spécialisées (ou non) à une sorte de campagne destinée à réhabiliter le looser Domenech, qu’une grosse majorité de Français ne désirent plus revoir officier à ce poste.
Campagne à vrai dire assez grotesque, puisque se sont prononcés pour lui beaucoup de joueurs qu’il avait lui-même sélectionnés pour le dernier Euro, pour aboutir au fiasco que l’on sait.
Merci Patron !
On peut tout à fait comprendre, comme un légitime retour de gratitude, que des joueurs dont l’état de forme totalement déficient , mais néanmoins sélectionnés et/ou alignés (Sagnol, Vieira), tout autant que des joueurs dont la valeur intrinsèque n’aurait jamais permis de jouer en Equipe de France sous un autre sélectionneur (Malouda, Govou), fassent écho de leur reconnaissance envers celui qui leur a permis d’être dans ce groupe, au détriment de valeurs sûres, internationalement reconnues (Trezeguet, Mexes, Ben Arfa).
Plus étonnant est le soutien apporté hier, dans L’Equipe, par Michel Platini, encore que celui-ci fasse plutôt état de la nécessité de ne pas tout chambouler, plus que d’un réel soutien à un sélectionneur dont il reconnaît, par ailleurs, les carences.
Mais, visiblement, Platini n’est pas un supporter de Deschamps ; sans doute jalousant un peu une génération de joueurs qui a obtenu ce que lui-même n’a pu atteindre : le titre de champions du monde ET celui de champions d’Europe, de même qu’un joueur qui bénéficie du plus prestigieux palmarès international du football français, et qui a marché avec succès dans les traces du Nancéen dans son équipe fétiche : la Juventus de Turin, avec le succès que l’on sait : tant comme joueur que comme entraîneur.
Il faut dire également que Deschamps est un joueur qui n’a, à part pour son "groupe" de champions, jamais fait l’unanimité au sein du foot français, étant considéré un peu comme un homme de "clans", à l’inverse, par exemple, d’un Laurent Blanc (le "président"), estimé, reconnu et apprécié par tout le monde du football français et international.
Mais le vrai problème du choix n’est pas là.
Objectivement, en observant les faits, on ne peut que constater l’échec total de Raymond Domenech sur tous les plans de sa mission : équipe éliminée au 1er tour après un football totalement indigne (un des plus mauvais de l’Euro 2008), à cause de mauvais choix de joueurs hors de forme ou inutiles (Sagnol, Malouda, Abidal, Thuram et Henry remplaçants toute l’année dans leurs clubs), ou mal utilisés (Ribery, Benzema, Abidal contre l’Italie) ; à cause d’un coaching inexistant et grotesque : faire sortir Nasri pour un défenseur contre l’Italie, alors qu’il faut marquer 2 buts, obstination de faire jouer Malouda, malgré son inutilité, entêtement à n’aligner que des milieux défensifs (Makelele, Toulalan, isolant les attaquants sans véritable relais) et, surtout, écartant de la liste, pour des raisons purement caractérielles, et jamais justifiées, des joueurs qui sont les meilleurs à leurs postes dans les compétitions internationales (après Pires, Giuly, Trezeguet, Mexes...).
Choix tactiques frileux et dépassés (équipe défensive), incapacité à procéder, en cours de match à des changements susceptibles de rééquilibrer le jeu ; incapacité à créer un esprit de groupe homogène entre les "anciens" (Sagnol, Thuram, Makelele, Gallas, Henry) et les jeunes (Ribery, Benzema, Nasri, Ben Arfa) ; la liste est trop longue qui, dans n’importe quel autre pays, aurait entraîné la démission automatique du sélectionneur.
On relèvera, d’ailleurs, la très belle réaction du sélectionneur italien, Roberto Donadoni, qui, bien qu’ayant, lui, réussi à qualifier son équipe pour les 1/4 de finale, a après l’élimination immédiatement annoncé sa démission, renonçant même à la prime à laquelle il avait droit.
Avec la moindre dignité, Raymond Domenech aurait dû faire la même chose, mais non, il a préféré diffuser un écran de contrevérités après le dernier match, annonçant (avant sa ridicule demande en mariage publique) que ce groupe était porteur d’espoir, gnagnagna... Le tout, bien évidemment, sans se reconnaître la moindre responsabilité dans ce qui a été le fiasco le plus retentissant de l’équipe nationale depuis Mexico.
Mais si Raymond Domenech, le looser qui n’ a jamais gagné aucun titre, malgré le constat que tout amateur de football a pu faire de sa carence totale à son poste, a de fortes chances d’être confirmé sélectionneur pour deux ans encore, c’est, essentiellement, pour que la Direction technique nationale, puisse garder le contrôle total et absolu de "son" équipe de France : chasse totalement gardée, depuis, au moins, l’ère d’Aimé Jacquet, toujours sur son étoile, mais pourtant bien accroché aux réalités sonnantes et trébuchantes du football-business de haut niveau.
Après Jacquet, l’ineffable Lemerre, après Lemerre, Domenech (depuis quatre ans déjà), et pas question qu’un homme hors du sérail de la DTN vienne mettre son nez dans les croustillantes affaires de l’Equipe de France, où personne n’a aucune envie de voir remettre en cause ses fonctions, ses petits avantages, sa sécurité de l’emploi.
Bref, il y a, hélas, très peu de chances que l’audace, l’honnêteté, l’intelligence, la compétence priment, pour une fois, dans le choix qui va être fait, pour repartir à zéro et préparer dans les meilleures conditions les épreuves de qualification pour la Coupe du monde 2010.
A la DTN, on préfère ne pas changer une équipe qui perd, plutôt que de risquer de bousculer les habitudes et le ronronnement de la vénérable direction...
Je peux me tromper (j’en serais le plus heureux), mais on a peu de chances de voir enfin évoluer, au poste de sélectionneur, un entraîneur compétent, capable de créer un esprit de groupe, capable de faire jouer les jeunes prometteurs à des postes où ils peuvent se révéler, capable de créer un véritable schéma tactique ambitieux (comme celui que l’Espagne a manifesté au cours de cet Euro, pour le succès mille fois mérité que l’on sait), capable de procéder à un coaching intelligent, pour rééquilibrer son équipe en cours de partie (comme l’ont fait, dans cet Euro, à leur tour, Van Basten, Aragones) : bref, un vrai sélectionneur intelligent, efficace, compétent, comme pourrait tout à fait l’être (à défaut de Laurent Blanc ou d’Arsene Wenger) un Dider Deschamps.
Si je me trompe, je ferai acte public de contrition, mais je pense, hélas, qu’on a toutes les malchances de voir confirmer à son poste le fossoyeur de ce groupe, à un moment où on aurait vraiment besoin d’un renouveau pour partir sur d’autres bases.
Nous en saurons plus demain : puissent les dieux du foot éclairer de leurs lumières le Conseil fédéral, et ne pas plonger l’Equipe de France et tous les amateurs de foot en France, dans une nouvelle dépression, qui n’aurait comme justification, vraiment, que le maintien de privilèges acquis, au mépris de toute éthique sportive.
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