Une nouvelle école pour former les dirigeants de demain ?
Pourquoi pas, mais qui va les former ? Qui, si ce n’est ceux qui - à l’heure actuelle - font tant de dégâts ?
Je suis en train de monter une start’up. Notre équipe cherche des investisseurs extérieurs pour financer sa phase de R&D. Le directeur délégué d’un capital risqueur local (détenu pour prêt de la moitié par le conseil régional et la CDC et pour le reste par des banques) a considéré notre projet comme prometteur et nous avons pu le présenter à leur Comité d’investissement composé de représentant des différents organes détenteurs de la société de capitale risque.
Petit florilège de questions qui m’ont été posées après une heure de présentation :
> Vous êtes compétents et créatifs, pourquoi vouloir monter une société plutôt que de travailler pour une société déjà existante ?
(Les sociétés en question, il n’en existe pas une seule dans ma région...)
> Si nous investissons dans la société, nous détiendrons 80% du capital, n’est-ce pas en contradiction avec votre volonté de devenir entrepreneur ?
(Une levée de fond se fait par une entrée au capital après revalorisation de la société, il est noté noir sur blanc dans le projet qu’ils détiendraient 35% du capital après avoir investit...)
> Le salaire de gérant dans votre plan de financement est très faible (1600 € net par mois), vous n’avez pas confiance en votre capacité de réussir ?
(Le cap des trois ans pour une société est difficile à passer, notre plan de financement intègre donc ce risque en externalisant sa production au maximum durant cette période afin d’assurer une stabilité pérenne à la société avant de recruter massivement. Quand au salaire du gérant il n’est certe pas mirobolant, mais il me paraît tout de même convenable en attendant que la société est prouvé sa solidité.)
Des questions sur notre stratégie commerciale, sur le marché, sur nos produits, etc. ? AUCUNE.
Il en ressort que le comité n’a pas réellement analysé le projet, mais - heureusement pour nous - ne s’est pas opposé à l’investissement. Toutefois, le président de la société n’est pas sur de vouloir investir.
Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas sur de l’état d’avancement de nos travaux... A-t-il posé une question sur cet état d’avancement ? Non. Il ne nous a d’ailleurs pas laissé le temps de lui montrer ce que notre équipe avait déjà réalisé concrètement...
Les grandes écoles ne forment pas des gestionnaires mais des évaluateurs de risque. Ce n’est pas pour rien que notre pays est un des pires en terme d’investissement dans des projets novateurs. Parier sur l’avenir représente un risque important, risque que craigne par dessus tout les dirigeants de société issus de nos grandes écoles élevés à la philosophie du risque minimum.
En France, le capital risque n’existe quasiment pas. Ce qu’on appel capital risque en France ou capital d’ammorçage s’apparente à ce qu’on appel du capital développement dans d’autres pays occidentaux.
On France, on ne mise sur une société que si elle a déjà fait ses preuves, impossible si vous avez une phase de R&D importante à financer...
On ne forme pas des gens à prendre des risques. Les grands dirigeants feront prendre des risques à leur société (la R&D est toujours un risque), quand ces risques ils les auront déjà pris à titre personnel et qu’ils seront à même de savoir qu’un risque n’est pas une finalité mais une composante de l’innovation... Vous pouvez former autant de personne que vous voulez, tant qu’ils n’auront pas expérimentés le risque à titre personnel, rien ne changera...
On nous dit que les gros salaires des dirigeants correspondent à l’importance de leur responsabilité dans l’entreprise. Mais quelle responsabilité ? Risque-t-il leur maison, leur famille en cas de défaillance ? Que neni, contrairement à toutes les entreprises individuelles qui forment l’essentiels de notre tissus entrepronariale.
Le problème c’est qu’en France, on forme des dirigeants qui ne savent pas ce que c’est que prendre un risque. Il ne faut pas s’étonner alors qu’ils ne savent pas prendre ses risques dans leur travail. Et sans prise de risque, l’innovation n’existe pas...
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