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Moristovari 3 novembre 2009 09:25
Moristovari

Difficile de ne pas commenter davantage un article spéculatif - sur Agoravox où règne l’actualité, joie étonnante - partant d’une citation de Deleuze. Notamment parce que l’interprétation de cette citation diffère sous certains aspects de la pensée du philosophe.

Dans cette même lettre G comme gauche - qui gagne à être lue ou écouté en entier - de son abcédéaire, Deleuze expose une conception intéressante du droit dont voici la charpente : « Le respect des droits de l’Homme [...] c’est du pur abstrait, c’est vide. [...] Ce n’est pas une question de droits de l’homme. Ce n’est pas une question de justice. C’est une question de jurisprudence. [...] Et la création du droit, ce n’est pas les déclarations des droits de l’homme. La création, en droit, c’est la jurisprudence. Il n’y a que ça qui existe. Donc : lutter pour la jurisprudence. C’est ça, être de gauche. C’est créer le droit. »

Il est intéressant de noter que pour Deleuze la conception de la politique découle de la conception du droit. Il déclare d’ailleurs peu après : « J’ai toujours été passionné par la jurisprudence, par le droit. Si je n’aurais pas fait de philosophie, j’aurais fait du droit, mais justement, pas du droit de l’homme, j’aurais fait de la jurisprudence. »

Mais quand Deleuze explique ce qu’est être de gauche, il dit qu’il existe deux façons, dont seule la première est retranscrite dans cet article. Voici la seconde : « Et deuxièmement, être de gauche, c’est être par nature - ou plutôt devenir, c’est un problème de devenir -. C’est : Ne pas cesser de devenir minoritaire. [...] La gauche, c’est l’ensemble des processus de devenir minoritaires. Donc, je peux dire, à la lettre : La majorité c’est personne, la minorité c’est tout le monde. C’est ça, être de gauche : savoir que la minorité, c’est tout. »

A travers ces citations un lien étroit peut être établi : jurisprudence et minorité.

Partir de la base, du fait, du réel, sans rien qui lui soit imposé, le fait objectif, voilà l’approche de Deleuze, l’approche de l’homme de gauche. L’homme de gauche vit donc dans le présent. Inversement l’homme de droite vit pour le futur. Il pense en terme d’idéaux et agit en fonction d’eux. Il voit une société comme un homme et l’homme comme un concept : un tout, un absolu qui doit être défini et atteint. L’homme de gauche est rationaliste, l’homme de droite idéaliste. L’un accepte le monde, l’autre le modèle. L’un applique la jurisprudence, l’autre fonde des principes.

L’Homme, par nature, pense à lui avant de penser aux autres, aussi une attitude comme la solidarité est-elle chez lui un devenir minoritaire. Une attitude comme la sécurité est par contre un devenir majoritaire. Pour l’homme de droite une société est comme un homme, doit être comme un homme. L’homme de droite construit la société selon l’image qu’il s’en fait. Par sa vision contraire des choses, l’homme de gauche - qui accepte le désordre - s’oppose à l’homme de droite qui impose l’ordre. L’homme de droite fait des coups d’états, l’homme de gauche des révolutions. Mais comme le dit Deleuze : « toutes les révolutions ont échoués » car « il n’y a pas de gouvernements de gauche. », tout gouvernement à un devenir majoritaire de droite. Ainsi l’homme de gauche est-il un éternel minoritaire, et aussi un éternel contestataire des désirs imposés par l’homme de droite. Les désirs de l’homme de droite relèvent du naturel simple - instincts, rapports humains courants -, les désirs de l’homme de gauche relèvent du naturel complexe : savoir, créativité, rapports humains singuliers - soit des désirs moins accessibles, des devenirs minoritaires.

Cette explication de la conception de la gauche donc de la droite par Deleuze diffère assez de celle présenté dans l’article mais me paraît plus proche de l’idée qu’en avait le philosophe. Car si pour Deleuze être de gauche c’est percevoir d’abord l’horizon, cette perception est le fruit d’une éducation et cet horizon ne désigne ni un futur ni un idéal.



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