11 septembre, souvenir

Ce mardi de début septembre, quelques badauds arpentent sans hâte les trottoirs du boulevard Saint Martin à Paris.
Certains s’arrêtent pour rêver devant les affiches tentantes de la petite agence de voyages dans laquelle j’exerce en qualité de secrétaire comptable. D’autres préfèrent se laisser tenter par les cosmétiques et parfums proposés par l’esthéticienne qui tient boutique à côté.
L’agence est calme en cette fin d’après-midi. La vente des séjours d’été est terminée, celle des vacances d’hiver pas encore entamée. La directrice, dans son bureau, vérifie les factures tandis que les deux agents de comptoir programment des voyages d’affaire pour des sociétés.
Soudain, l’esthéticienne, notre voisine, surprend notre petit univers quiet, fort occupé à ses activités, en franchissant la porte de l’agence restée ouverte sur la douceur de l’air.
Sa brusquerie inhabituelle, son teint blafard, son air affolé nous alarment instantanément. Aurait elle été agressée ?
« Les Tours, chevrote t-elle, les Tours Jumelles de Manhattan ont été attaquées. »
Et elle s’écroule plus qu’elle ne s’assied sur l’une des chaises réservées à la clientèle.
La stupeur nous rend muettes tandis que la directrice de l’agence, troublée par le comportement insolite de la voisine, surgit de son bureau.
Ce n’est pas possible ! La dame a mal compris l’information entendue à sa radio !
Alors que, toujours aphasiques, nous la contemplons avec stupéfaction, l’esthéticienne reprend sur un ton haletant qui parfois s’asphyxie :
« J’allais venir vous prévenir quand un premier avion a percuté l’une d’elle mais, avant que j’ai trouvé mes clés pour fermer la porte du magasin derrière moi, un deuxième avion est venu percuter l’autre. »
Son débit haché, son regard angoissé, limite halluciné, ne nous laisse aucune illusion sur la réalité de l’horreur qu’elle nous dit.
Par acquis de conscience, la directrice se précipite quand même sur un téléphone pour appeler un correspond new yorkais.
Elle raccroche peu de temps après, nous regarde, consternée. Aucune d’entre nous ne peut contenir ses larmes. Nous n’avons pas encore connaissance de l’ampleur du drame qui s’est joué mais, avec la sensation qu’un sacrilège a été commis, nous savons que ce 11 septembre 2001, un élément vital de notre monde vient de s’écrouler.
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