A Blois, un Ehpad public va être privatisé et transformé en hôtel de luxe
Il y a à peine un mois, je faisais état de la privatisation d’un hôpital public. Pour rappel, il s’agit d’un centre hospitalier qui pourrait être repris par un groupe privé à l’issue d’un appel à repreneur lancé par le conseil départemental du Maine-et-Loire et l’Agence régionale de santé. Le feu vert de la ministre de la Santé est toujours attendu pour finaliser cette opération sans précédent. Il s’agit du centre hospitalier de Longué-Jumelles (Maine-et-Loire) qui pourrait devenir le premier hôpital public privatisé.
Comme je le disais également, les privatisations ne s’arrêtent pas là !
Cette fois, c’est un Ehpad en bord de Loire qui va être vendu et remplacé par un hôtel cinq étoiles. Une fermeture de 77 lits, qui irrite une partie du personnel soignant, en grève depuis l’été.
Selon le quotidien Le Monde, il s’agit d’un bâtiment offert aux Blésois par le frère du roi Louis XIII en 1657, devenu hospice au XIXe siècle puis Ehpad, avec une unité Alzheimer et un portail électrique antifugue. L’entretien de cette unité n’a pas été fait depuis les années 1970, conduisant à de sérieuses dégradations. Dans ce cas, la vente se justifie aux yeux de pontes du gouvernement ; en laissant se dégrader le bâtiment on a ouvert la voie à la privatisation(Photo : Google Maps) !
Toujours selon Le Monde, Olivier Servaire-Lorenzet, le directeur du centre hospitalier Simone-Veil de Blois, dont dépendent cinq grandes maisons de retraite y compris celle-ci, vient de signer un compromis de vente avec un promoteur désireux d’en faire un hôtel cinq étoiles, avec spa et restaurant gastronomique, et digère mal les critiques à son égard : « On me traite de directeur-vendeur mais les chambres n’ont pas de douche, certaines mesurent à peine 9 m2 et nous n’y mettions plus personne. Il aurait fallu des millions pour tout rénover et nous ne les avions pas ! »
Le Monde poursuit : « Le porteur du nouveau projet, Yvan Saumet, actuel président de la chambre de commerce et d’industrie du Loir-et-Cher et ex-dirigeant actionnaire d’une clinique privée revendue récemment, avait d’abord envisagé le rachat de l’Hôtel-Dieu, sur le quai d’en face. Mais l’Ehpad Gaston-d’Orléans, aux allures de château, au bord d’une route peu fréquentée, face à la Loire et avec vue imprenable sur le centre ancien et la cathédrale Saint-Louis, était manifestement plus séduisant. Lorsque l’acte notarié sera signé, les 62 résidents, dont trois couples, le personnel et les visiteurs bénévoles, auront quatre mois pour quitter les lieux. Ils rejoindront, pour la plupart, les structures existantes. »
Cette vente intervient dans un contexte social difficile. Depuis juin dernier, le personnel de trois des cinq Ehpad dépendants du centre hospitalier multiplie les grèves pour dénoncer un manque d’effectifs chronique. « Actuellement, les résidents de nos Ehpad reçoivent trente minutes de soins toutes les vingt-quatre heures, déclare une infirmière. Là, ce sont 77 lits qui vont disparaître du parc public dans quelques mois, dans un département à la population vieillissante poursuit-elle. »
Le permis de construire vient d’être accordé au promoteur. Sauf retard pour cause de fouilles archéologiques (un sanctuaire gallo-romain a été découvert à proximité en 2013), les premiers clients du palace sont attendus en mars 2021. Mais, je doute fortement que la culture perturbe ces « bienfaiteurs de l’humanité » qui achètent les hôpitaux et autres centres publics dégradés par le manque d’entretien et laissés à l’abandon pour justifier ces ventes. A la limite, ils diront qu’ils sont obligés de détruire l’existant afin de créer des postes de travail ! Des bienfaiteurs, vous dis-je !
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