Affaire Dieudonné : Comment Valls infantilise le peuple
Depuis quelques jours, la machine médiatique s'emballe pour un nouveau sujet à la mode, un nouveau divertissement pour occuper le bon peuple : L'affaire Dieudonné. Au casting, le gentil chevalier blanc, défenseur intrépide de la "démocratie" et de la "dignité humaine" : Manuel Valls. De l'autre l'ignoble humoriste "antisémite, négationniste, raciste, avec un discours de haine et dangereux pour la République" : Dieudonné M'Bala M'Bala. Encore une incroyable diversion pour détourner la population des véritables problèmes de la France.

J'ai voté Mélenchon en 2012 et globalement je soutiens toujours le Front de Gauche dans son combat politique contre le gouvernement social libéral et pour le développement de l'intelligence humaine. Je suis donc bien placé pour observer depuis quelques mois le traitement politique que l'on peut faire subir à une personnalité qui tient un discours "subversif" afin de pas évoquer les sujets de fond.
J'ai appris à être méfiant vis à vis des médias grand public, de leur discours presque systématiquement pro libéralisme économique et de leurs jugements définitifs sans fondements. A ce titre, le documentaire de Serge Halimi Les Nouveaux chiens de garde est un excellent révélateur des connexions qui existent entre les politiques, les journalistes et les élites économiques ; une sorte d'oligarchie qui veut maintenir un ordre en place, non pas par complotisme, mais par souci de sauvegarde de ses intérêts privés. Et quand Christophe Barbier titre "Comment en finir avec Dieudonné ?" après avoir titré en 2012 "Comment en finir avec Mélenchon ?" avant de se demander comment limiter la liberté sur Internet sur le modèle chinois, je m'interroge.
Il y a encore 2 ou 3 mois, mon avis était assez clair. Dieudonné était pour moi "antisémite, raciste et véhiculait un message de haine". C'était un humoriste de talent qui avait sombré dans les extrêmes. Voilà c'était clair. C'était confortable, facile.
Un jour un ami proche, aux idées politiques assez proches des miennes, "like" la page Facebook de Dieudonné au début de la polémique sur la quenelle. Cela m'interroge et je me rends compte que j'ai un avis négatif sur l'humoriste mais sans vraiment savoir pourquoi, sans l'avoir écouter depuis longtemps.
J'ai donc regardé des vidéos de lui sur Internet, des extraits de spectacles. J'ai écouté ses opinions politiques. Et là surprise, me voilà la plupart du temps en accord avec ses propos sur la domination d'une élite financière qui asservit le peuple, sur les médias complices du pouvoir. Je cherche de l'antisémitisme et celui ci ne me parait pas flagrant. Il dénonce un lobby pro israelien puissant mené par des associations communautiares comme le CRIF qui influencerait la politique française, ainsi que l'utilisation abusive de l'holocauste comme prétexte pour ne surtout rien en dire. Honnêtement, je ne sais pas si c'est vrai, l'idée que Israël domine la France me parait exagérée mais qu'importe, rien dans ses propos ne semble appeler à la haine contre une communauté. Au contraire, les messages prônent souvent la non violence.
Puis vient l'histoire de la quenelle. Je découvre ce geste lors d'une émission que je regardais encore dès fois à l'époque car je la croyais impertinente et un peu provocatrice : Le Petit Journal.
Yann Barthés l'affirme, la quenelle serait un geste nazi inversé. Mon intuition me dit de creuser le sujet. Je constate que la quenelle fait beaucoup d'émules. Souvent des jeunes, toutes origines confondues. Rien qui ressemble aux jeunesses nationalistes ou à des néo nazis. La quenelle serait un geste anti-système, un bras d'honneur, un fist fucking pour dire "on vous la met bien profond".
Ce n'est pas très subtil mais le message est parlant lorsque l'on est écœuré par l'arnaque économique et politique qui frappe le peuple. Pour conforter cette idée, je découvre une vidéo qui montre que Dieudonné utilise ce geste depuis 2005 sur scène sans aucun lien avec les juifs ou le nazisme. A chaque fois, le geste illustre l'idée du "on nous la met bien profond".
Alors pourquoi les médias affirment-ils avec une grande assurance que le geste est un salut nazi caché ? C'est là qu'intervient un raisonnement par l'absurde, en faisant d'un cas particulier une généralité.
On va montrer au brave peuple des photos de gars faisant la quenelle à Auschwitz, devant une synagogue, sur le mémorial de la Shoah ou alors une photo de Lepen faisant le geste. Les médias mettent ces gens en avant pour "prouver" le caractère antisémite et raciste de la quenelle. Alors c'est vrai, des mecs d'extrêmes droites se sont appropriés le geste et les font à des fins très discutables. Mais en même temps des milliers de gens font ce geste dans une esprit "anti-système". Voilà comment faire d'un exemple une généralité, afin d'imposer son point de vue. Il y aurait eu environ 10000 photos de quenelles sur le site de Dieudonné avant son piratage et "seulement" 75 qui seraient ambigues. 75 sur 10000 le pourcentage est faible. Et quand bien même le bras tendu serait une référence au nazisme, le fait qu'il soit inversé ne pourrait-il pas vouloir signifier que la quenelle est l'opposé du nazisme ? En effet en interprétant un geste on peut arriver à n'importe quelle conclusion.
Mais ce n'est pas grave, suite à un extrait volé du spectacle de Dieudonné avec une blague limite sur les chambres à gaz, Manuel Valls intervient et la machine médiatique s'emballe. A écouter les grands médias de télévision ou de radio, Dieudonné est "antisémite, raciste et véhicule un message de haine". C'est ainsi, c'est une vérité indiscutable, le point de départ de l'analyse et des réflexions. Et sans recul, ni analyse personnelle, on finit par le croire.
Dès lors apparaît au grand jour le mépris des dominants pour le peuple. Des milliers de gens font la quenelle ? Et bien ce sont des antisémites xénophobes. Et ceux qui le font comme un geste anti-système ? C'est juste qu'ils sont bêtes et naïfs. Qu'ils ont été manipulés par le gourou Dieudonné.
Il faut donc faire de la "pédagogie" pour rééduquer le bon peuple et le remettre dans le droit chemin. Tout comme on explique avec condescendance à ceux qui pensent qu'une alternative au néo libéralisme est possible qu'ils se trompent, qu'ils devront travailler plus avec des jobs de misère, parce que c'est bon pour eux. C'est le même procédé qui a lieu quand des ouvriers font grève ou expriment leur colère, ils se font tirer les oreilles par David Pujadas au journal de 20h. L'infantilisation du peuple incarnée.
Aucun média mainstream ne se demande si tous les gens qui font la quenelle ont juste le sentiment d'être des moutons que l'on tond pour les intérêts financiers de quelques uns. Si les citoyens ont décidé de s'approprier ce geste pour dire "merde" au système, c'est leur droit. Et si quelques illuminés le font avec des arrières pensées racistes, c'est triste mais ils ont la liberté de penser aussi.
Enfin cette affaire Dieudonné met en lumière une technique terriblement efficace pour effacer le débat et la réflexion populaire : Divertir pour dominer.
Nous sommes gavés de programmes débiles, addictifs et noyés dans un flot d'informations continues du matin au soir. Cela nous empêche de réfléchir à notre sort d'esclaves du capitalisme et du productivisme. Cela étouffe, endort la volonté de remise en question, de rébellion. François Hollande et son gouvernement atteignent des sommets d'impopularité. La raison est simple : Un gouvernement qui se dit de gauche et qui trahit le peuple pour faire des câlins au Medef et à la finance, ça passe mal.
La circulaire Manuel Valls tombe à point nommé. A un moment où les chiffres du chômage sont mauvais, que l'armée s'embourbe en Centrafrique dans une guerre incompréhensible, que Hollande fait un discours du nouvel an terriblement anti social, on va faire diversion, parler d'autre chose.
L'autre diversion est de ne pas évoquer les sujets soulevés par Dieudonné. Que l'on soit fan ou pas de Dieudonné, on ne peut nier qu'il pose des questions pertinentes qui ne sont jamais ou rarement traitées dans les médias traditionnels :
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L'impunité d’Israël et de son gouvernement d'extrême droite : Un état colonial, raciste, au dessus des lois internationales par rapport à l'arme nucléaire et qui parque les palestiniens dans des sortes de ghettos.
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Le 2 poids 2 mesures : Pourquoi quand on parle d'une menace islamiste en France (voir toutes les couvertures ridicules de l'Express ou les propos de Zemmour) ou des Roms qui nous envahissent, c'est acceptable. Par contre quand on parle du pouvoir du lobby pro israëlien c'est intolérable, c'est de l'antisémitisme, du nazisme voire du révisionnisme. Chercher une communauté ou une religion comme responsable de tous les maux de la France est selon moi stupide mais pourquoi une indignation à 2 vitesses.
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La censure historique : Il existe la loi Gayssot qui interdit de remettre en question la question de la Shoah. On peut discuter de tout fait historique sauf de celui-ci. Emettre des doutes sur l'holocauste peut conduire en prison. Pourquoi pas une loi sur la traite des noirs ou la torture en Algérie ? Je ne remets pas en cause la Shoah, mais si dès gens veulent discuter l'Histoire officielle, ils en ont le droit selon moi, comme pour tout autre sujet historique.
Mon but n'est pas d'idéaliser Dieudonné, de le considérer comme un maître à penser qu'il n'est pas. Il veut absolument affirmer sa liberté d'expression et de pensée en provocant, d'où ses propos parfois limites et ambigus qui font que des gens le soupçonnent d'antisémitisme. Son obsession sur un complot israëlo-américain semble excessive et nul doute qu'il utilise aussi la provoc pour remplir ses salles de spectacle. Ceci dit, je suis totalement choqué par sa diabolisation, comme je peux l'être par celle subie par tous ceux qui s'opposent au système. De plus, cet acharnement du gouvernement renforce la position de Dieudonné comme martyr et accentue la sensation que le "système" se défend face à une menace.
Il faut écouter Dieudonné et se faire son avis librement, en utilisant sa raison, son libre arbitre, en étant curieux des sujets qu'il aborde. C'est à chacun de décider ce qu'il pense, mais pour cela, il faut sortir des discours tous faits et des tribunaux de la pensée. Ce n'est pas à un ministre de l'intérieur ou un journaliste de nous dire quoi penser. Nous ne sommes pas des enfants.
Quant à M. Valls, il ferait mieux de s'occuper de l'insécurité, de la police, de la protection des citoyens plutôt que décider arbitrairement d'interdire des spectacles qui ne lui conviennent pas. Qu'il cesse de divertir le peuple (dans le sens de diversion) en essayant de lui faire croire qu'un humoriste menace la France afin de cacher l'incapacité de son gouvernement à résoudre les problèmes économiques de par son entêtement en faveur du patronat et de la finance. Les gens ne seront pas dupes longtemps.
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