Affaire Quatennens : La bonne baffe des insoumises
La compétence des hommes à affronter les problèmes de famille et de couple reste apparemment encore très limitée. Pourtant longtemps désignés comme chefs de familles et propriétaires de leurs femmes, ce sont en réalité ces dernières qui étaient et restent encore chargées de la sphère intime et de l’entretien de la maison, sans aucune reconnaissance de la société et du monde politique. Les mœurs ont-elles évolué au point d’avoir changé la civilisation occidentale depuis la sortie progressive de la religion ? Il est permis d’en douter, même si de plus en plus de responsabilités et une meilleure place dans la société leur sont reconnues.
Avec les actualités brûlantes que l’on connaît sur la guerre en Europe et la crise de l’inflation galopante, qui aurait pu prédire qu’un conflit au sein d’un couple, parmi certainement des milliers d’autres tragédies de ce genre, provoquerait un séisme au sein d'une des plus grandes formations politiques nationales et ferait la une de tous les journaux ? C’est certainement parce que ce type d’événement est tristement si banal dont personne n’en parle jamais, que du coup cela devient un problème national de première importance. La grande politique, généralement menée par des hommes charismatiques, révèle alors des coulisses peu reluisantes, où la domination sexuelle est la règle et le virilisme est encouragé (Insoumises, suivez mon regard...). Cela concerne d’ailleurs toutes les sphères du pouvoir et se fait de manière inconsciente, sans que personne n’ait a dire quoi que ce soit. C’est hélas un fait anthropologique qui dure depuis des millénaires et qui remonte donc à l’aube de la civilisation.
La justice régulière est-elle suffisante pour corriger le tir ? Évidemment que non puisqu’elle est la plupart du temps saisie une fois que le mal est déjà fait. De plus elle est débordée et manque de moyens. Le politique peut contribuer à changer les mentalités et le comportement, mais là il ne faut pas se tromper de cheval. Soit on insiste sur l’indignité morale soit sur le défaut de compétence, à propos de la capacité à gérer des conflits et dans un collectif aussi restreint qu’un ménage ou une famille. Les deux restant liés, bien évidemment. De même qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient, le rôle de partenaire de couple ou de parent n’est en rien une chose acquise à la naissance. Cela peut s’apprendre, ou alors être refusé dans certains cas. Il me semble qu’aborder la violence conjugale et intrafamiliale sous le prisme du manque de compétence (et pas seulement de responsabilité), permettrait d’englober les différentes situations et les différents degrés de violence, sans être encombré par les détails de procédures souvent lourdes et longues à statuer, réservés au domaine judiciaire, et privé de surcroît. Bien que ce soit nécessaire, la mesure judiciaire n’est pas forcément la plus adaptée pour définir une nouvelle éthique à ce sujet.
Comme il s’agit aussi d’un phénomène anthropologique qui dépasse de très loin la sphère du droit commun et de l’action politique, il est peut être plus judicieux d’afférer de nouvelles compétences aux responsables publics, femmes et hommes, sur la question des violences sexuelles et intrafamiliales. Si un représentant du peuple a fait vœu de se consacrer à la chose publique et de résoudre les tensions sociales, il n’est pas illogique de juger de sa compétence au regard de son comportement dans son cercle privé. S’il n’arrive pas, comme dans le cas de Quatennens, à régler pacifiquement un conflit de couple sans recourir à la violence, peut-on vraiment le considérer comme quelqu’un de compétent à gérer des conflits sociaux d’une bien plus grande ampleur ? Et surtout d’apporter de nouvelles solutions en ce qui concerne les féminicides ?
Ainsi, ce n’est plus seulement une condition morale qui s’impose. Le délit ou le crime sort du jeu entre bourreau et victime, dont se charge le pouvoir judiciaire, pour être « jugé » selon une compétence proprement sociale et politique : pourquoi finalement ce que vivent et subissent les femmes dans la sphère privé ne constituerait pas un critère de sélection qui habilite à faire de la politique ? Non pas seulement pour ceux qui ont été jugés coupables, mais pour tous les autres, femmes et hommes, qui pourraient bénéficier d’une formation ou d’une éducation pour gérer ce type de conflit. On peut même imaginer un système de rattrapage, avec un contrôle serré par la suite, pour les individus qui font l’objet d’une procédure en cours ou qui ont été jugés il y a un certain moment.
Étant donné la rémanence de tels faits et l’incapacité des uns et des autres à se mettre d’accord sur le degré de moralité nécessaire pour exercer une fonction politique, ce n’est pas simplement l’injustice qu’il faut résoudre et combattre, mais aussi faire évoluer les mœurs dans le cercle privé en reconnaissant enfin la place primordiale que les femmes tiennent dans la société, grâce à de nouvelles compétences reconnues et acquises par le plus grand nombre. Au-delà d’une querelle de couple, la gifle de Quatennens est devenu un symbole de l’iniquité entre genres qui ronge la civilisation et sape les droits fondamentaux. Et nombre de femmes et d’insoumises l’ont d’ailleurs bien compris et n’ont pas cherché à mettre la poussière sous le tapis, comme au « bon » vieux temps que regrettent encore tous les réactionnaires.
Illustration : City hunter - Tsukasa Hōjō
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