Allende, le mythe vivant : Une inspiration pour ceux qui sont épris d’un monde juste
« La historia es nuestra y la hacen los pueblos ».
« L’histoire est à nous et ce sont les peuples qui la font ».
Salvador Allende président de la République du Chili (1970-1973)
A moins de deux mois de l'élection présidentielle chilienne et vingt-trois ans après le retour à la démocratie, la commémoration du coup d'Etat du 11 septembre 1973 a pris une importance particulière. Pour le journal La Tercera : "Le souvenir du coup d'Etat a pris cette année une importance particulière dans l'agenda politique, médiatique et social, comme jamais cela n'était arrivé lors des décennies antérieures",."Jusqu'en 1988, le régime de Pinochet célébrait le 11 septembre comme une fête nationale ; désormais, il s'agit d'une journée où "seuls le deuil et la réflexion sont appropriés" affirme le quotidien conservateur.
Il y a quarante ans en effet mourait les armes à la main Salvador Allende président démocratiquement élu du Chili. Le 4 septembre 1970, Salvador Allende arrive devient président du Chili avec une campagne autour du thème des nationalisations et de l'indépendance du pays vis-à-vis du capital étranger. Le coup d'État du 11 septembre 1973 mené par Augusto Pinochet met fin à son mandat par la force en renversant son gouvernement pour instaurer une dictature militaire. Le général Augusto Ugarte Pinochet, aurait déclaré : « Allende a gagné. C'est un communiste. Le pays s'est fourré dans un sale pétrin. » (Allende : Encyclopédie Libre Wikipédia)
Qui est Salvador Allende ?
Salvador Allende Gossens né le 26 juin 1908 est un médecin et homme d'État socialiste chilien, président de la République du Chili du 3 novembre 1970 au 11 septembre 1973. « Allende nous le décrit Gustave Thomas, exerce dans les bidonvilles de Santiago. Cofondateur du Parti socialiste chilien en 1933, « el Pocho » devient vite la coqueluche des habitants des bas quartiers qui apprécient ses idées, sa chaleur humaine et son goût de la vie. Il a 25 ans. Pinochet, de son côté, poursuit de strictes études au collège du Sacré-Coeur, tenu par une congrégation française. Pinochet entre à l'Académie militaire l'année même où Allende fonde le PS. (Allende : Encyclopédie Libre Wikipédia)
Dans un article remarquable du journal Libération ,nous suivons l’ascencion d’Allende, et sa chute. : « Elu député en 1938, Allende est, quatre ans plus tard, ministre de la Santé d'un gouvernement Front populaire avant d'accéder au Sénat en 1945. A trois reprises (1952, 1958 et 1964), il se présente en vain à la présidence. Allende entre en fonction, le 4 novembre 1970, En deux mois, les opposants au nouveau régime ont procédé à des retraits massifs de capitaux, la production industrielle a chuté, l'approvisionnement marque le pas et le marché noir des devises s'est emballé. « Nous en finirons avec les monopoles qui livrent à quelques familles le contrôle de l'économie ["] Nous allons mettre en oeuvre une authentique réforme agraire. Nous en terminerons avec le processus de dénationalisation de nos industries qui nous soumet à l'exploitation étrangère. Nous allons restituer à notre peuple les grandes mines de cuivre, de charbon et de salpêtre" » »(1)
Le coup d’Etat Pinochet au pouvoir pendant 17 ans
Une coalition pour l’abattre est fomentée notamment par la création du chaos , les grèves et une atmosphère de guerre : « L'orientation socialo-communiste et la politique économique de l'UP hérissent les Etats-Unis, qui n'acceptent pas la « spoliation » de leurs intérêts. Par CIA interposée, ils déstabilisent Allende. (…) Une vague d'attentats ensanglante le Chili. « Le pays est au bord de la guerre civile », prévient Allende, le 13 août (…) En fait, le général complote depuis plusieurs semaines sous le nom de code de" Pinocchio ! L'heure du golpe de estado a sonné. A l'aube du 11 septembre 1973, alors qu'Allende se prépare à annoncer un référendum sur les institutions politiques, l'infanterie de marine se soulève à Valparaiso. Une junte, dirigée par Pinochet pour l'armée de terre, de l'amiral José Merino et des généraux César Mendoza (carabiniers) et Gustavo Leigh (armée de l'air), somme Allende de se rendre. Allende refuse et confirme sa décision « de résister par tous les moyens, même au prix de sa vie ». Son discours est interrompu lorsque les rebelles s'emparent des émetteurs. Allende, coiffé d'un casque de combat, ceint de l'écharpe présidentielle et armé d'une Kalachnikov offerte par Castro, tire sur les chars. Les putschistes font donner l'aviation. Peu après, l'ambassadeur des Etats-Unis sable le champagne avec son staff ».(1)
L’après coup d’état et la bazarisation de l’économie du Chili
« Les opposants au golpe descendus dans les rues sont impitoyablement frappés, voire exécutés sur place. Pinochet, d'abord chef de la junte, s'est tour à tour fait nommer chef suprême de la nation, chef de l'Etat et enfin président de la République en décembre 1974. la loi du 19 avril 1978 a amnistié tous les crimes et délits commis par des militaires, des policiers et des agents de sécurité du régime. En septembre 1980, un deuxième référendum approuve la nouvelle Constitution et désigne Pinochet comme président pour un mandat de neuf ans. (…) Le gouvernement militaire abandonne les rênes de l'économie aux monétaristes adeptes de l'école de Chicago, fondée par Milton Friedman. Les « Chicago Boys » (qui placent la stabilité monétaire au centre de tout) trouvent dans la dictature un prodigieux laboratoire pour mettre en oeuvre leur libéralisme sauvage : pas de grève, pas de syndicats, pas de contestation sociale" et une police omniprésente. Dans un premier temps, les droits de douane sont supprimés en pratique et le Chili est inondé de produits étrangers. Suivent privatisations, licenciements collectifs, coupes claires dans les budgets de l'éducation et de la santé, chute vertigineuse des salaires" Neuf ans après le coup d'Etat, le peso a perdu 50% de sa valeur, 30% de la population active est au chômage, les exportations ont chuté de 18%, l'industrie est au point mort, la dette extérieure s'élève à 18 milliards ».(1)
« Le 14 décembre 1989. La junte est à terre. Que le dictateur s'en aille ! » Vers 21h30, le 14 décembre 1989, la joie éclate enfin au Chili. Patricio Aylwin, candidat unique de l'opposition regroupée au sein de la Concertation des partis pour la démocratie remporte la présidentielle avec 55,2% des suffrages contre le candidat de la junte, L'homme, qui, en 1973, avait mis de longs mois à prendre ses distances avec les militaires, confirme la couleur. Le gouvernement de « transition vers la démocratie » qui entre en fonction en mars 1990 suivra les rails des militaires. Un peu plus de social, plus de libertés, beaucoup moins de répression" mais un profond respect pour « l'oeuvre accomplie » par Pinochet. En 1994, son successeur, le démocrate-chrétien Eduardo Frei, ne changera pas la ligne ». (1)
Les fondements de l’ingérence impériale.
Il est dans l'essence même des choses que l'impérialisme prend par la force ce qu'il convoite et peu importe s'il apporte le malheur aux quatre coins de la planète, dirigeant une meute sans état d'âme et ayant bien appris la leçon des deux puissances prédatrices du XIXe siècle, la "perfide Albion" et son âme damnée le "Coq gaulois", il prit définitivement la tête des expéditions punitives après la première guerre mondiales avec des vassaux aux ordres , c'est la curée des faibles et malheur aux peuples faibles. Pour en revenir au trophée chilien, le coup d’état n’a réussi que parce que les Etats Unis l’ont financé. Ce sera d’ailleurs les mêmes scénarios qui ont eu lieu dans tous les coups d’état mis en place notamment celui de Mossadegh en Iran, il a fallu l’après l’an 2000 pour que Madeleine Albright au détour d’une conversation reconnaisse que les Etats Unis avaient renversé Mossadegh et placé Zahedi
Hernando Calvo Ospina nous explique le scénario du coup d’état chilien : « En 1961 écrit il ,. dès qu’il prit possession du pouvoir, le président Kennedy nomma un comité chargé des élections qui se dérouleraient au Chili trois ans plus tard Ce comité fut reproduit à l’ambassade étasunienne de Santiago. Empêcher que le candidat socialiste Salvador Allende ne gagne les élections en était l’objectif. Afin de lui barrer la route, des millions de dollars furent distribués aux partis politiques du centre et de droite afin qu’ils fassent leur propagande. Au moment d’élire le candidat à la présidence, Washington se décida à appuyer Eduardo Frei du parti démocrate chrétien, et imposa aux autres partis qu’il avait financés, de s’aligner sur cet homme politique. Au total, l’opération coûta quelque vingt millions de dollars, une somme si importante pour l’époque (2)
« Dans ses Mémoires, poursuit Hernando Calvo Ospina ,William “Bill” Colby, chef de la CIA de 1973 à 1976, raconte que lors de l’élection présidentielle de 1970 au Chili « la CIA se vit enjoindre de diriger tous ses efforts contre le marxiste Allende, contre la candidature duquel elle fut chargée d’organiser une vaste campagne de propagande.” ». Selon cet ancien patron de la CIA, l’opération s’appelait « Deuxième Voie ». Henry Kissinger, alors conseiller à la Sécurité Nationale du président Richard Nixon, déclara pendant une réunion du Conseil national de sécurité sur le Chili, le 27 juin 1970 : « Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester sans rien faire pendant qu’un pays sombre dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple. » (2)
« Le 4 septembre 1970 ajoute Hernando Calvo Ospina , Salvador Allende remporta les élections. Colby rapporte que « Nixon entra dans une grande fureur. Il était convaincu que la victoire d’Allende faisait passer le Chili dans le camp de la révolution castriste et anti-américaine, et que le reste de l’Amérique Latine ne tarderait pas à suivre. » (…) Washington plaça donc son plus grand espoir dans les Forces armées, mais tout dépendait de leur Commandant en chef, le général René Schneider. Là, la CIA rencontra un problème, car ce militaire avait clairement indiqué que son institution respecterait la Constitution. Le 3 novembre 1970, Allende prit ses fonctions de président. Une stratégie de déstabilisation du nouveau gouvernement fut alors à l’étude »(2)
« Depuis 1972, conclut Hernando Calvo Ospina cette équipe de la CIA menait l’opération de désinformation et de sabotage économique la plus perfectionnée que l’on ait connue jusqu’alors au monde. (…) L’action contre Allende nécessitait une campagne internationale de diffamation et d’intrigues. Une bonne partie de celle-ci fut confiée à un novice en politique étrangère, presque un inconnu en politique, mais il s’agissait d’une vieille connaissance du président Nixon et des hommes de l’équipe de choc qui menaient l’opération : George H.W. Bush. Il réalisa cette tâche en tant qu’ambassadeur à l’ONU, Le 11 septembre 1973, eut lieu le sanglant coup d’Etat mené par le général Augusto Pinochet contre le gouvernement du président Allende, et qui déchaîna une terrible répression. Quelques semaines plus tard, Henry Kissinger reçut le Prix Nobel de la Paix… « (2)
Fomenté, par le gouvernement des Etats-Unis, opéré par les généraux, le putsch de l’armée chilienne sera le préambule à l’ « opération condor » dont on estime aujourd’hui qu’elle couta la vie à 50 000 victimes sur le continent sud-américain. Sous couvert de la CIA, des dictateurs impitoyables érigeront la torture et les exécutions arbitraires en mode de gouvernement, s’appuyant sur les tristement célèbres escadrons de la mort formés de main de maître par des SS exilés en Amérique du Sud, des tortionnaires patentés de la CIA et autres bourreaux d’extrême-droite pour qui le communisme, en cette période de guerre froide, est l’ennemi juré. En quelques semaines, 1800 personnes sont exécutées, 5000 croupissent dans le stade de Santiago et 1500 dans un bateau ancré au large de Valparaiso » (3)
On ajoute même que me stade national de Santiago, le plus grand du pays, est utilisé du 11 septembre au 7 novembre 1973 comme camp de concentration, de torture et de mort.
« Eradiquer le cancer marxiste » selon les termes de la junte. Ils vont s’y atteler pendant 17 années aux ordres de Pinochet. (…) 38 000 personnes seront arrêtées, emprisonnées, torturées, y compris des mineures de 12 ans, garçons et filles, et 3200 personnes vont disparaitre, tandis que des centaines de milliers de chiliens s’exilent à l’étranger. Augusto Pinochet est mort dans son lit le 10 décembre 2006, à 91 ans, dont 17 années de dictature sanglante, poursuivi mais jamais jugé pour crimes, tortures, enlèvements, disparitions forcées, détournements de fond » (3)
La mutation de l’impérialisme et le néo-libéralisme toujours à la barre
Est-ce que les choses ont changé depuis ? Hélas non ! la finalité est toujours la même, l’ingérence énergétique et économique a remplacé l’idéologie Le 40e anniversaire du coup d’Etat au Chili, voulu par les USA, survient à un moment étrange écrit Pierre Haski : l’Occident se demande aujourd’hui comment ne pas intervenir en Syrie « Allende, c’est une idée qu’on assassine », Ce coup d’Etat appartenait à la catégorie de l’ingérence la plus crue, de l’impérialisme à l’état brut pour reprendre un vocabulaire tombé en désuétude. La CIA fut à la manœuvre, et beaucoup d’argent fut déversé pour déstabiliser le gouvernement d’union populaire d’Allende, jusqu’au passage à l’acte du 11 septembre 1973. Ce coup d’Etat de 1973 est l’un des sept renversements de gouvernements étrangers dont les Etats-Unis sont officiellement coupables pendant la deuxième moitié du XXe siècle (et beaucoup plus officieusement). (…) Le magazine américain Foreign Policy a fait le compte des changements de régime décidés à Washington : Iran 1953, Guatemala 1954, Congo 1960, République dominicaine 1961, Sud-Vietnam 1963, Brésil 1964, et donc Chili 1973. (Pour être honnête, l’URSS en a au moins autant à son actif, et la France quelques-uns aussi en Afrique) Deux décennies et quelques guerres plus tard, le monde des années 2010 ne ressemble ni à celui de l’époque du coup d’Etat au Chili, dominée par l’esprit de la guerre froide, ni à celui des années 90, où l’on croyait possible un nouvel ordre multipolaire, plus juste. C’est celui d’une époque cynique et désabusée, où après deux ans de tuerie monstrueuse en Syrie, faisant plus de 100 000 morts, il n’existe aucune structure internationale pour y mettre fin. Pire, il n’y a aucune volonté d’y mettre fin ». (4)
Que reste-t-il du mythe Allende ?
Sa voix dit on résonne, encore et toujours. Beaucoup d’entre nous se rappellent avoir vu Allende en compagnie de Boumediene descendre la rue Didouche Mourad en voiture et saluant la foule. Sa stature est à rapprocher de celle du Che qui lui aussi était coutumier d’Alger à l’époque où elle était la Mecque des Révolutionnaires, on pouvait y rencontrer Mandala, Samora Matchell, les Blacks Panthers les révolutionnaires palestiniens de la première heure comme Georges Habbache, Agostino Neto, et naturellement Che Guevara – pour l’histoire , c’est à partir de son Discours d’Alger que Le Che prendra ses distances avec Castro- Che Guevara ira porter la Révolution dans les maquis boliviens . Il y trouvera la mort et ses frères de combat trouvèrent refuge pour certains dans le Chili d’Allende.
Sofia Injoque Palla professeure de littérature écrit justement à propos du message d’outre tombe de Salvador Allende : « L’ombre du « compañero presidente » plane sur les mouvements de protestation et son effigie, à côté de celle de Che Guevara, résume à elle seule les revendications des manifestants. Quarante ans après sa disparition, la pensée d’Allende semble plus que jamais en phase avec l’actualité chilienne. Pourquoi Allende reste-t-il un symbole de lutte y compris pour les jeunes générations ? Quelle est la validité de son héritage aujourd’hui ? En effet, loin d’être seulement un "devoir de mémoire", le souvenir d’Allende et de sa révolution pacifique vers le socialisme nourrit actuellement les mobilisations qui remettent en question le modèle néolibéral chilien. La défaillance du gouvernement dans l’éducation, la sécurité sociale ou la santé a engendré un rejet, chez les jeunes en particulier, d’une gestion économique, sociale et environnementale responsable d’énormes inégalités et discriminations.(5)
« Désormais, poursuit-elle, Che Guevara n’est plus le seul portrait brandi lors des protestations des étudiants, celui d’Allende est aussi en bonne place comme symbole de détermination, d’intransigeance et d’espoir. (..) Quarante ans après sa tragique disparition, que retenir de l’héritage d’Allende ? Tout d’abord, que la révolution est possible lorsque le peuple s’unit et s’organise.(…) Salvador Allende et Ernesto Guevara partageaient l’idée que le processus révolutionnaire consistait à transformer l’individu, sa conscience, ses valeurs, ses habitudes et ses relations sociales car le véritable facteur de changement d’une société repose sur ceux qui la composent. Aussi, la base fondamentale du "nouvel homme" est l’éducation grâce à laquelle la société sera basée sur la solidarité humaine plutôt que sur le consumérisme et le profit ». (5)
Voilà qui est bien dit seule la formation et l’éducation peuvent contribuer à l’émergence de l’homme nouveau dont le sacerdoce ne serait pas l’avoir mais l’être. Le lien plutôt que le bien . On ne peut qu’être fasciné par ses paroles de courage du président Allende qui lors de sa dernière allocution interrompue prélude à l’assaut de la Moneida, déclarait : « « Vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure ». Amen
2.http://www.legrandsoir.info/le-renversement-d-allende-raconte-par-washington.html
4. http://www.rue89.com/2013/09/11/40-ans-apres-mort-dallende-lingerence-a-change-visage-245588
5. Sofia Injoque Palla Investig’Action http://www.michelcollon.info/Allende-sa-voix-resonne-encore-et.html
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
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