Avons-nous perdu le sens des limites ?
"Méden agan, rien de trop", telle est la maxime fondamentale de la sagesse grecque antique.
Cette formule grecque ΜΗΔΕΝ ΑΓΑΝ (Méden Agan) était l’une des maximes inscrites sur le fronton du temple de Delphes.
Ce sens de la mesure condamnant l’excès que les Grecs appelaient hybris (démesure), est une attitude que nous avons souvent tendance à oublier complètement, comme le démontrent Monique Atlan et Roger-Pol Droit dans un ouvrage intitulé Le sens des limites.
Dans nos sociétés de consommation débridée, nous n'avons plus de limites, nous sommes constamment dans la démesure.
Plus de limite à la consommation, à la vitesse, plus de limite à la production, plus de limite aux gaspillages, aux innovations, etc.
"Plus de limite entre l'homme et la machine qui ont tendance à se confondre...
Plus de limite entre les hommes et les animaux : il n'y aurait plus de spécificité humaine, plus de limite entre les hommes et les arbres puisqu'on en vient à évoquer la sensibilité, l'intelligence des plantes...
On perçoit aussi une tendance à effacer les limites entre les sexes, le sexe biologique étant désormais supplanté par le genre acquis, social.
On en vient encore à effacer les limites du profit : l'appât du gain est évidemment le trait distinctif du capitalisme, un modèle toxique d'enrichissement effréné s'est imposé.
On en arrive à estomper les limites du travail : autrefois, on distinguait lieu de travail et domicile, temps de travail et temps de loisirs, ce monde cloisonné disparaît de plus en plus, en raison d'une connexion quasi permanente. La pandémie a accentué ce problème.
On rêve aussi d'effacer la limite ultime de la mort, avec la promesse transhumaniste de l'immortalité.
Or, les limites sont indispensables.
Car la limite est protectrice, comme le sont les interdits, la limite organise le monde."
"La limite aménage la sexualité, l'alimentation, l'hygiène, les travaux et les jours, les relations entre sexes, entre puissants et démunis, parents et enfants, etc."
"Tout n'est pas permis, la limite protège contre un possible chaos, une violence sans règle, un arbitraire sans mesure."
"L'interdit de l'inceste protège les enfants et la hiérarchie des générations, l'interdit du viol protège l'intégrité physique et psychique, l'interdit du meurtre protège la vie."
"La limite est destinée à sauvegarder notre humanité."
Et Monique Atlan et Roger-Pol Droit de rappeler cette célèbre phrase de Cordery, dans le roman posthume d'Albert Camus, "Le premier homme" : "Un homme, ça s'empêche. Voilà ce qu'est un homme, ou sinon..."
Les limites sont donc essentielles : "indispensables pour le fonctionnement d'une société, d'une civilisation. Une nécessité à laquelle nous devons nous soumettre, et sacrifier une part de nous-mêmes, pour faire société, pour entrer en relation avec les autres."
Le blog :
http://rosemar.over-blog.com/2021/03/avons-nous-perdu-le-sens-des-limites.html
Source : Le sens des limites, un ouvrage de Monique Atlan et Roger-Pol Droit
https://www.franceculture.fr/emissions/la-conversation-scientifique/les-limites-ont-elles-des-bornes
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