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Accueil du site > Tribune Libre > Bâtons rompus au bois de Vincennes

Bâtons rompus au bois de Vincennes

Ces deux-là s’en tirent bien, et n’en sont pas peu fiers. Leurs grandes cabanes briquées, surmontées de drapeaux tricolores et défendues par des chiens, font plus penser à un poste forestier dont ils seraient les gardes qu’à un campement de SDF.

Ils s’amusent de ma confusion :

- On s’est battu pour l’avoir ! Comment ? Avec des associations, en allant à toutes les réunions de la mairie… On n’en a pas loupé une.

Résultat : ces chalets, aménagés dans une petite clairière en impasse du côté de la route Brûlée, et à la sortie de l’hiver un logement - “un vrai, en dur” - à Aubervilliers.

Qui connaît mal le bois de Vincennes pourrait le croire, à travers ce qu’il entend en ce moment, envahi de campements précaires. On peut en fait le sillonner des heures sans en voir, tous étant concentrés du côté du château, de la riche avenue de Gravelle, ou des haras du Polygone où se trouvent nos deux privilégiés. L’un, borgne et sec, porté sur la blague ; l’autre, plus jeune, un catogan, de l’allure, ne cessent de rappeler que leur traitement de faveur, c’est à eux qu’ils le doivent. “Il faut se battre. Des terrains, il y en a. Des endroits qui dorment… Tenez, là, derrière, une grande maison vide. Elle appartient à la municipalité… Pleine d’amiante, à ce qu’ils disent, tu parles… ! Mais les gens se laissent faire…”

“Les gens”, ce sont tous ceux qui, de l’autre côté du ruisseau, à deux cents mètres, occupent ces tentes (photo), une centaine d’après eux. Plus résignés que mes compagnons, la plupart sont comme eux français de souche. Car force est de constater que jamais ou presque on ne croise à Paris de SDF noir, jaune ou beige, ou de quelque diaspora que ce soit. Les Français entre eux ne seraient-ils solidaires que dans leurs textes officiels ?

“Le zoo, c’est de l’autre côté !”

On bavarde. Ils ont envie de parler, de tout et au tout venant, alors qu’on lit l’inverse à longueur de colonnes depuis que de récents drames ont mis le bois en vedette. D’abord parce qu’il est dans la nature humaine d’échanger de la sorte, et que le repli entraîne un désespoir auquel ceux-là se flattent de n’avoir pas cédé. Et aussi, sans doute, pour ne pas être assimilé à la catégorie où les enferme la crise. On n’est SDF qu’entre autres qualités, pas à 100% de sa vie ni de sa personnalité… Pas plus qu’il n’y a les femmes, les jeunes ou les seniors, les sdf n’ont en commun que la belle étoile.

La tentation de prendre une photo au bout d’un moment se précise. “Je peux ? -C’est pour vous ? Allez-y… ” Le ton a changé, une grimace méfiante s’esquisse, à un cheveu d’établir cette barrière entre “normaux” et SDF, flagrante dans les reportages, inexistante jusqu’à ce moment de notre conversation. Je crois y entendre, comme un photographe de presse qui avait voulu forcer l’entrée d’une tente : “Le zoo, c’est plus loin.” Point de mise en ligne, donc, de ma belle photo. Mais la proprette équipe bardée de micros et de téléobjectifs qui vers midi pénétrait dans ce secteur du bois alors que j’en sortais se sera-t-elle contentée d’un moment convivial ?


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9 réactions à cet article    


  • maxim maxim 6 janvier 2009 10:14

    tous ceux qui fréquentent Avox connaissent mes opinions pas très à gauche !.....

    et pourtant ,est ce normal qu’en 2009 ,on ait crée le statut de SDF ,comme une catégorie sociale ?

    est ce normal de tolérer que des gens vivent comme des bêtes alors qu’il y a des logements inoccupés ?

    et pas qu’en hiver ,bien sûr ,actuellement ,avec les conditions météo ,c’est pire que tout ,mais en toute saison ,c’est toujours pire que tout !

    ce n’est pas de la démagogie ,c’est une question d’humanité ,de respect de l’humain !

    qui est à l’abri de cette descente aux enfers ? personne ! il suffit de quelques graves évenements pour mettre quelqu’un qui vivait normalement en difficulté !

    alors ,on me dira ,il y en a qui préferent vivre comme ça ,certes ,mais il faut tout de même leut offrir le choix !

    mais les autres ,ceux à qui la vie a joué un sale tour ?

    des logements vides ,il y en a plein ,et ce n’est pas difficile pour l’état de se porter garant auprès des proprios ..

    là ,je ne fustige personne ,quelque soit le gouvernement en place ,de droite comme de gauche ,les SDF ? ouais ! bof ,on en parle quand il fait froid ,on fait semblant d’un peu d’humanité ,et puis on oublie ........

    nous sommes en 2009 ,avec la crise ,les cabanes dans les bois vont former de vrais villages ,et puis on trouvera ça normal ,ce sera encore un nouveau statut social ,je suis sûr que les municipalités auront encore le culot de les imposer sur la taxe d’habitation .......

    c’était mon coup de gueule ,

    n’oubliez jamais en passant devant ces cabanes ,un jour ou l’autre ,ça peut arriver à n’importe lequel d’entre nous !


    • LE CHAT LE CHAT 6 janvier 2009 11:44

      @maxim

      salut à toi et meilleurs voeux ; je te rejoins pour dire mon écoeurement de voir encore mourrir des gens de froid dans un pays soit disant civilisé .

      à la télé , on nous a montré la ville d’Oslo en Norvège où personne n’est mort de froid depuis 15 ans , où les gens en difficultés sont vraiment aidés , logés en chambres individuelles et peuvent y rester toute la journée sans être jetés à la rue dès 7h le matin comme des chiens !

      des milliards pour sauver la finance , on en trouve toujours , mais secourir ceux dont la vie a dérappé , là il n’y en a plus , il faut qu’ils meurrent de froid pour que le sujet soit médiatisé , alors que c’est tout au long de l’année qu’ils meurrent !  smiley


    • foufouille foufouille 6 janvier 2009 12:00

      @ maxim
      la taxe existe pour les caravanes
      ca a failli pour les yourte....... finalement considere comme une tente qu’i faut deplace tout les 6 mois
      mais si le terrain etait a eux, il serait considere comme "terrain de loisir", donc taxe

      les maires, par contre, ne veulent pas des "sales" pauvres, sauf un ou deux rare communistes
      et meme si ils voulaient les prefet et autre ploutovrates departementaux sont contre la cabanisation (ils preferent les ghettos HLM)


    • Yohan Yohan 6 janvier 2009 17:09

      @ Maxim
      Tu n’es pas obligé de t’excuser pour en placer une sur le sujet. D’ailleurs être de gauche n’est pas un gage absolu d’humanisme. On juge sur les gens sur ce qu’il font . Pour moi droite/gauche, c’est déjà de la préhistoire smiley


    • Romain Desbois 6 janvier 2009 12:50

      C’est révoltant, en face il y a la ville de ST Mandé où crèchent des personnes parmi les plus riches de France. Allez vous balader dans cette ville, surtout en bordure du bois, non loin de la pelouse de Reuilly, où la foire du Trône s’installe, les villas sont superbement cossues, ostensiblement cossues.

      Mais savez vous qu’en France vous n’avez pas le droit d’avoir une caravane dans votre jardin ?
      Alors que l’on se plaint de manquer d’abris (je suis conscient que c’est faux), chacun d’entre nous qui avons un jardin, ne peut héberger, au moins pour l’hiver un, une famille de sans domicile.


      • foufouille foufouille 6 janvier 2009 16:16

        si la caravane est autorise, sur roue
        avec des cales c’est une habitation permanente


      • maxim maxim 6 janvier 2009 13:01

        salut Le Chat ,salut Foufouille ,tous mes meilleurs voeux ,et ce ne sont pas de vains souhaits !....

        quand on aura résolu les problèmes qui existent chez nous ,on pourra alors donner des leçons aux autres ,uniquement quand TOUS !...les problèmes seront résolus !

        qu’on balaie déjà devant chez nous !...avant d’aller faire les Kakous à l’étranger !.....

        le vent ,les grandes paroles et promesses jamais tenues ,y’en a marre ! et ça fait trop longtemps que ça dure !


        • Julie Dep Dep 6 janvier 2009 13:08

          Saines réactions. Il faut pouvoir se loger dignement, quels que soient ses moyens.
          Ca a été dit mille fois. Continuons de faire pression pour obtenir des logements bon marché, mais aussi, changeons d’attitude envers ceux qui ont perdu le leur. Ce qui frappe, quand on a affaire à ceux-là, qui ont obtenu des chalets, c’est leur fierté d’y être parvenus. Ils n’ont pas envie de faire pitié. C’est cet autre aspect de la pauvreté quon remarque en tombant parmi eux : ils ont envie, comme vous et moi, d’être perçus comme provisoirement dans la dèche ; comme celui dont c’est le tour d’être invité au café. Pas comme "un de ces pauvres pour qui l’Etat ne fait rien"...
          Allez-y, avec une thermos et des petits gâteaux. Discutez le coup, sans apitoiement, en les tuyautant au besoin. Invitez-en à déjeuner. On ne peut pas tout attendre d’en haut.


          • foufouille foufouille 6 janvier 2009 16:20

            meilleurs voeux

            le probleme est que l’etat encaisse des taxes et ........ les redistribue aux copains
            donc aux associations et bien pensante (voir le gros delire de la "soupe au cochon")
            si on prend le cas d’emmaus, ceux qui sont beneficiaire envoie 40% a l’etranger
            doit pas y avoir assez de pauvres en france

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