Bitcoin : quand cette chose va-t-elle éclater ?
Le cheminement d'une bulle 1 est bien connu. Jamais la valeur d'une chose - actif matériel ou immatériel - n'a été multipliée considérablement sans qu'elle ne revienne, un jour, à sa valeur de départ, de manière brutale et rapide.
Le bitcoin fera le même parcours. Seule la date nous manque. Elle devrait être proche !
Le bitcoin est aujourd'hui dans sa phase "d'exubérance irrationnelle" 2. Il valait quelques centimes au début de 2010. Il valait 11 000 $ il y a quelques jours, le 29 novembre 2017 !
Le bitcoin d'aujourd'hui a tout de l'oignon de la tulipe hollandaise, de septembre 1636. La bulle de ce simple oignon est si renommée qu'elle est connue mondialement sous le nom de Tulipomania 3. Elle est aussi le symbole de ce qui peut arriver à un marché quand il est d'une grande opacité. En effet, les oignons hollandais n'étaient pas visibles en fleurs. Au plus fort de leur bulle, chaque oignon valait le prix d'une maison. Puis, la bulle éclata. Ruines et suicides s'en suivirent… comme souvent lors de l'éclatement de toute grosse bulle, spéculative !
Que s'est-il passé ? Que se passe-t-il aujourd'hui pour le bitcoin ?
Le phénomène de bulle, une fois amorcé, s'autoalimente de manière spéculative 4 et, par effet de cliquet, continue de grossir, alimenté par des achats incessants, généralement soutenus par du crédit pas cher. Aucun acteur ne veut sortir de la spirale haussière. C'est l'"exubérance irrationnelle", une contagion psychologique. Chacun espère, plus ou moins inconsciemment, profiter encore de la hausse et pouvoir sortir juste avant les autres. Juste avant que tout s'écroule. "Tant que la hausse persiste, on échange les produits, personne ne perd, mais malheur au dernier détenteur ! La baisse est si rapide que, les moyens de crédit qui l'ont engagé et soutenu jusque là lui faisant défaut, la ruine est inévitable [...]." écrivait Clément Juglar (1819-1905, médecin et économiste) 5. De fait, la tendance haussière et euphorique des volumes et/ou des valeurs se poursuit, jusqu'au jour où, au plus fort de la bulle, le marché ne fonctionne plus aussi bien et des incidents commencent à alerter certains participants. Ces derniers communiquent leurs doutes et font savoir − ou plutôt essaient de faire savoir − au marché qu'il est dans l'irrationnel et qu'il serait temps de faire un point raisonné sur sa viabilité à terme, voire même à très court terme. Le marché est alors pris d'inquiétude. Il se retourne brutalement sous l'impulsion de ventes plus ou moins massives. Par effet moutonnier et émotionnel, le retournement s'accélère. La bulle éclate. Après l'euphorie, c'est la panique. Le marché a reproduit à l'inverse les comportements qui avaient créé sa bulle, son surdimensionnement… hors de toute raison.
Les origines d'une bulle sont multiples, notamment :
- d'abord l'adage courant qui veut que "le marché ait toujours raison", quitte à être irrationnel,
- l'excès d'optimiste et de confiance dans un avenir afin favorable… après une crise,
- le manque de transparence et d'information sur le marché ou sur l'actif concerné,
- la cupidité de l'offre comme celle de demande,
- le crédit pas cher (faiblesse des taux d'intérêt de la Banque centrale comme ceux des banques commerciales),
- le mimétisme comportemental, "[...] l'instinct grégaire des foules." 6, souvent alimenté par les médias 7. Beaucoup d'agents économiques veulent être de la fête et empocher la bonne affaire !
Une bulle n'est constatée qu'ex post, quand il est trop tard ! Ex ante, il est souvent reproché à ceux qui − comme nous et bien d'autres − avertissent : de manquer de confiance, d'être des oiseaux de mauvais augure, d'être contre le divin marché, de vouloir trop réglementer et donc de freiner la création de richesse de tel ou tel secteur ambitieux, innovateur et plein de vitalité économique et entrepreneuriale.
Pour la chose qu'est le bitcoin, le compte à rebours va commencer !
1. Pour en savoir plus sur les bulles (boursière, économique, financière, immobilière, Internet et spéculative) voir : La crise en quelques mots, Édition L'Harmattan, Paris, 2015.
2. Terme d'Alan Greenspan (président de la Fed de 1987 à 2006) dans son discours du 5 décembre 1996 : "But how do we know when irrational exuberance has unduly escalated asset values, which then become subject to unexpected and prolonged […]." (Source : federalreserve.gov/boarddocs/speeches/1996).
3. C. P Kindleberger et R.Z Aliber in Manias, Panics, and Crashes (Édition Wiley, Hoboken New Jersey, 2005), chapter : The Tulipmania, p. 115 et suivante.
4. La spéculation ne crée pas la hausse ni la baisse, mais elle l'accentue. En effet, acheter un actif alors que son marché est haussier renforce cette tendance. La spéculation est autoréalisatrice, c'est-à-dire qu'elle se nourrit d'elle-même. Mais, tout ayant une fin, les derniers spéculateurs en seront plus leurs frais… au profit d'autres ayant anticipé, avant eux, le retournement du marché.
5. Des crises commerciales et de leur retour périodique (Éd. Hachette livre BNF, 1862), p. 14.
6. Robert James Shiller (Nobel 2013) : Exubérance irrationnelle, Chap. 4, p. 125 (Valor Éditions, Hendaye, 2000)
7. Publicité : les Français se ruent sur le Bitcoin (lien).
Rappel de l'histoire : le matin du mardi 29 octobre 1929 (le fameux mardi noir), les journaux américains publiés leur optimiste à l'instar du président Herbert Clark Hoover (1895-1972) et Le Wall Street Journal rapporta que "l'économie ne marque aucun signe de désintégration." Id. Shiller, Chap. 4, p. 115.
Crédits photos : l'oignon de tulipe (reddit.com), le bitcoin (coindesk.com)
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