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Boko Haram est sur le déclin, et l’Union européenne n’y est pas pour grand chose

De retour du Sahel où il vient de passer douze mois aux commandes de l’opération Barkhane, chargée de lutter contre les groupes terroristes de la région, le général Patrick Brethous est confiant. Selon lui, « la menace de Boko Haram est endiguée dans le Borno », Etat du Nigéria parmi les plus frappés par la secte islamiste. Si son optimisme n’est pas tout à fait partagé par le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian, inquiet de la présence de Nigérians dans les camps d’entrainement de l’Etat islamique en Libye, force est pourtant de constater que l’on assiste à un essoufflement du groupe dirigé par Abubakar Shekau. Une perte de vitesse qui ne doit rien à l’Union européenne, dont l’aide de 50 millions d’euros promise est toujours suspendue dans des limbes bureaucratiques dont elle seule à le secret. L’aide européenne finira sans doute par arriver à destination, sans doute trop tard…

Rien ne va plus au sein de Boko Haram. Traquée sans relâche par la Force mixte multinationale (FMM), coalition réunissant les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT : Cameroun, Niger, Nigeria, Tchad) et le Bénin, malmenée par l’opération Barkhane, la secte perd des hommes et du terrain. Son espérance de vie semble d’autant plus diminuée qu’elle est le lieu de guerres intestines, un schisme idéologique ayant récemment scindé ses effectifs en deux. D’un côté, les fidèles d’Abubakar Shekau, leader historique autant qu’hystérique du groupe, de l’autre ceux d’Abou Mosab al-Barnaoui, ancien porte-parole du premier finalement devenu calife à la place du calife (de la Province de l’Afrique de l’Ouest) à la demande de l’Etat islamique, auquel Boko Haram a prêté allégeance en 2015.

Pourquoi l’Etat islamique a-t-il souhaité écarter Shekau ? Pour l’organisation terroriste, l’ancien « Wali » de Boko Haram est jugé trop… extrémiste. En cause, son refus de ne plus avoir recours à des enfants kamikazes, ou encore son obstination à considérer les musulmans qui vivent sans se révolter dans des « territoires de mécréants » comme des mécréants eux-mêmes, donc des cibles. Shekau a refusé de se soumettre à la décision de l’EI, et vit depuis reclus dans les environs du lac Tchad en compagnie de sa garde rapprochée.

Si ces évènements ont considérablement affaibli la fore de frappe de Boko Haram, la secte n’en continue pas moins de mener des raids fréquents dans les villages de la région du lac Tchad. Réguliers, ces raids sanguinaires le sont en fait d’autant plus que, par une espèce de réflexe compensatoire, la secte souhaite montrer qu’elle n’a rien perdu de sa puissance. Pourtant, si elle continue de terroriser les populations vulnérables du coin, qui n’ont bien souvent qu’arcs et flèches pour répondre aux Kalachnikov, aux lance-roquettes et aux mitrailleuses lourdes, elle refuse de plus en plus souvent le combat contre l’armée, préférant fuir plutôt que d’essuyer une défaite quasi certaine.

Ces militaires, on l’a dit, sont en partie membres de l’opération Barkhane, qui compte 3 000 hommes répartis sur un territoire grand comme à peu près six fois la France (Tchad, Niger, Mali). Mais aussi et surtout de la FMM, dont les pays membres puisent depuis de longs mois dans leurs caisses pour financer cette lutte. Le Niger, par exemple, consacre près de 15 % de son PIB à la sécurité, effort d’autant plus important que le pays, comme la grande majorité des Etats africains, est frappé de plein fouet par la baisse du cours des matières premières (ici l’uranium, principal produit d’exportation du Niger).

Mais c’est surtout le Tchad qui se distingue par ses efforts importants. Leader naturel de la FMM car possédant l’armée la plus expérimentée et la mieux équipée de la région, le pays d’Idriss Déby Itno s’est investi à fond dans le combat contre Boko Haram. N’Djamena, la capitale, accueille d’ailleurs le quartier général de la coalition, ainsi que l’état-major de l’opération Barkhane. Sous l’impulsion de Déby, également président de l’Union africaine, le Tchad n’a de cesse d’envoyer des contingents de plusieurs milliers d’hommes au Niger, au Cameroun ou encore au Nigéria. Avec succès, semble-t-il, puisque fin août, une délégation conduite par le Secrétaire exécutif de la CBLT, comprenant également le chef d’état major de l’armée nigériane et le commandant de la FMM, venait rendre compte à Idiss Déby Itno des « avancées remarquables » sur le terrain. Le chef d’état major nigérian allant même jusqu’à assurer que la lutte contre Boko Haram arrivait à son terme. Un succès, oui, mais à quel prix ?

Si le coup de grâce ne devrait pas tarder à être porté à la branche subsaharienne de l’Etat islamique, cet effort ultime, après des mois de lutte acharnée, risque bien d’être celui de trop pour les pays de la coalition. Le Tchad, qui souffre de l’effondrement du prix du baril, a entamé depuis quelques années une politique de diversification de son économie qui lui a permis « d’opérer dans le bon sens », selon l’Africa Performance Index (API). Mais le pays reste fragile, et ses efforts pourraient être réduits à néant si le point de rupture était atteint, le ramenant des années en arrière sur le plan du développement. Si nul ne sait combien de temps il faudra exactement pour venir à bout de la menace Boko Haram, ce qui est sûr, en revanche, c’est que le coup fatal ne sera pas porté d’un coup de baguette magique. Il nécessitera encore de l’argent, beaucoup d’argent, or le nerf de la guerre vient cruellement à manquer au sein de la FMM. A moins que…

Il existe une solution, et officiellement elle est même déjà sur les rails. L’Union européenne s’est prononcée en faveur d’un financement de 50 millions d’euros de la FMM. Une manne providentielle qui risque cependant de parvenir un peu tard aux pays concernés, l’UE souhaitant, à en croire Le Monde, la faire transiter par l’Union africaine, qui sera chargée de la rediriger vers la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui devra la reverser à la CBLT avant qu’elle n’atterrisse enfin dans les caisses de la FMM, surement pas avant quelques mois. Un labyrinthe administratif qui confine à l’absurde, alors que des attaques continuent d’endeuiller chaque jour les populations de la région du lac Tchad.

Si l'UE a su débloquer des fonds en faisant preuve d'un sens du timing remarquable (au moment de porter le coup de grâce à Boko Haram), la lourdeur des procédures mises en place pour que ces fonds parviennent à leur destinataire risque de laisser à la secte le temps de se refaire une santé. Et de faire passer, encore une fois, l'Union européenne pour une usine à gaz inopérante.


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3 réactions à cet article    


  • Las_Casas Las_Casas 20 septembre 2016 16:41

    Bokoharam sert à justifier une présence de bases militaires US,..etc


    • Las_Casas Las_Casas 20 septembre 2016 16:45

      ils vont peut etre venir à leurs secours, comme ils l’ont fait avant hier en Syrie en bombardant l’armée Syrienne.

      Si l’UE et les USA voulaient vraiment que ces terros disparaissent, ils n’auraient jamais existés (ou créés après la chute de l’URSS)


      • Jean Keim Jean Keim 21 septembre 2016 08:22
         « l’Union européenne n’y est pas pour grand chose »
        Si je comprends bien votre titre, il signifie en fait qu’elle y est pour quelque chose ... car si elle n’y est pas pour grand chose ce qui est une affirmation négative, alors son contraire est vrai : elle est donc grandement responsable du déclin de B.H., seulement est-ce le sens de votre article ?

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