Bon Baiser de la Turquie
La semaine dernière à Ankara la police a arrêté, au nom des codes moraux, un jeune couple qui s’embrassait dans la rue. L’histoire a rapidement fait le tour des réseaux sociaux, et, quelques jours plus tard, en réaction, une centaine de jeunes se sont réunis dans le centre de la ville, s’embrassant démonstrativement devant les caméras turques. A ce moment un autre groupe d’une vingtaine de personnes, armés de couteaux, se sont jetés dans la foule en hurlant "Allah Akbar" (Dieu est grand) et ce, malgré la présence de policiers. Un jeune homme, blessé, a dû être emmené d’urgence à l’hôpital suite à ces agressions.
La Turquie, depuis maintenant 11 ans, est gouverné par l’AKP, le parti pour la Justice et le Développement, avec, à son tête, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. C’est un parti islamo-conservateur qui cherche à renforcer l’islamisation du pays.
Vendredi dernier, le 24 mai, le Parlement turc a adopté un projet de loi qui restreint la consommation, la vente et la publicité des boissons alcoolisées. Au terme d'une procédure d'une rare célérité et de débats très agités, ce texte aussi strict que controversé présenté par le Parti de la justice et du développement (AKP) a été voté dans la nuit de jeudi à vendredi par une majorité des députés, au nom de la protection de la santé de la population.
Décriée par de nombreux Turcs qui y voient une manifestation de la présence grandissante du religieux dans l'espace public, cette nouvelle loi est encore un pas dans la stratégie politique d’islamisation. Condamnée en 2008 par la Cour constitutionnelle à une lourde amende pour « activités anti-laïques », l’AKP cherche néanmoins à rendre plus visible la pratique religieuse de sa base.
On se rappelle, en visite en Allemagne en 2012, à Cologne, Erdogan, prenant la parole devant 30 000 Turcs d'Allemagne, avait incité les Turcs à "refuser de s'intégrer".
En inscrivant la victoire de l’AKP dans le contexte plus large des révolutions arabes et du conflit israélo-palestinien, et en s’adressant au-delà des frontières turques à « nos frères » musulmans, Recep Tayyip Erdogan flatte la fibre islamo-nationaliste de ses électeurs.
Construction de mosquées, port du foulard islamique à l'école, cours de religion dans l'enseignement militaire... le gouvernement islamo-conservateur turc redouble d'efforts pour accroître la visibilité de l'islam dans l'espace public.
Rival de l’AKP, le CHP, Parti républicain du peuple, est le parti « historique » de la revolution (1923). Au centre-gauche il est le plus ancien des partis politiques turcs et le principal parti d’opposition. Ancien parti unique, le CHP se réclame fortement de l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne et défend les valeurs-clés du Kémalisme républicanisme, nationalisme, étatisme, laïcité… Le Parti républicain du peuple est membre associé du Parti socialiste européen qui compte également parmi ses membres le Parti socialiste français. Avec 20,8 % en juillet 2007 (112 députés), le CHP demeure le premier parti d'opposition. En juin 2011, il progresse (+5 %) et obtient 135 sièges.
Mais l’AKP reste, de loin, le parti le plus populaire. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est arrivé en tête des élections législatives du 12 juin 2011. Il a recueilli 49,91% des suffrages et remporté 326 sièges à la Grande Assemblée nationale, chambre unique du parlement, alors que le CHP n’a obtenu que 25% des voix et 135 sièges.
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