Borj Kélibia ou la citadelle des civilisations
La Tunisie est riche d’un patrimoine archéologique des plus enviés au monde nous en citons le Colisée d’El Jem, la collection de mosaïques accrochées (Bardo) mais aussi des monuments et des sites millénaires tels Oudhna, Carthage, la ville punique de Kerkouene, Borj Kélibia et la liste est longue.
Borj Kélibia, fortification millénaire, dont la construction remonte au Ve siècle av J.C par nos ancêtres puniques, est un de ces monuments phares de la Tunisie. Monument fut classé, historique, le 25 janvier 1922.
Au gré des civilisations, passées par Kélibia, sa citadelle a été détruite et reconstruite plus d’une fois. Ainsi Agathocle, tyran de Syracuse, la détruisit et la reconstruira en 310 av J.C, Kélibia n’est elle pas à 83 kilomètres de Pantelleria, à 120 Km de la Sicile et à 260 Km de l’île de Malte. Une position stratégique dans la méditerranée et une porte ouverte sur l’Europe qui pourrait donner bien des idées malveillantes pour les potentats des deux rives de Mare nostrum.
Les Carthaginois prirent part à la construction du Fort de Kélibia vers le IIIe siècle av J.C, les Byzantins aussi apportèrent leur contribution vers 580 après J.C
Au IXe siècle la Forteresse de Kélibia sera un Ribat Aghlabide, puis Ziride vers 1112-1115 sur ordre du prince Yahia Ibn Tamime. C’est sous les Hafsides (XIII-XVIe) que Borj Kélibia devint un centre mystique, au XVe siècle le Prince Abou-Fares restaura cet édifice emblématique de la ville phare du Cap-Bon.
Suite à la guerre Hispano-Turque Borj Kélibia subit une destruction partielle, réparée par les Ottomans du XVIe au XVIIIe siècle.
Du XIXe siècle jusqu’à nos jours des réparations plus ou moins importantes ont été apportées au Borj, il est cependant utile de citer les Allemands, qui lors de la seconde guerre mondiale construisirent des Blockhaus sur ses versants marins.
Borj Kélibia implanté sur un promontoire, Ras-Mostfa, haut de 77 mètres, au Sud-Est de Kélibia et à 2 kilomètres du Centre de Kélibia, selon le professeur Neji Jelloul, Borj Kélibia, avec sa superficie de 1,5 hectare, serait la plus grande forteresse « musulmane » encore conservée en Tunisie.
En bas de Borj Kélibia, un site archéologique décrit par Jean Marie Lassère dans son merveilleux livre, Maisons de Kélibia, raconte la splendeur des maisons romaines sur lesquelles sera construite début des années soixante l’actuelle École de pêche ! Quel mépris pour l’Histoire et quel gâchis du patrimoine !
Les mosaïques de Bir Nahhal, Bir Batalia et autres vestiges mis à nu suite aux fouilles autour de l’École de pêche de Kélibia sont agressés par les intempéries marines, la pluie, le soleil et surtout par les incivilités des citoyens. Des moutons qui paissent sur les mosaïques, aux poules qui picorent autour, aux gravats et ordures déversés sur ces sites ! Le tableau est sombre, ne présage de rien de bon et surtout révèle une mentalité dangereuse et des pouvoirs publics complètement déconnectés pour ne pas les désigner par un autre qualificatif plus accablant mais qui serait idoine !
La responsabilité est partagée mais une grande part revient à la société civile. Oui, ces acteurs de la société civile, conscients de la valeur patrimoniale de ces sites, de notre responsabilité de transmettre ce legs aux générations futures pour qu’elles prennent connaissance de la mémoire collective et de l’Histoire commune, participent par leur passivité à ces crimes contre l’Histoire.
Les sites archéologiques de Kélibia les Haouanets funéraires d’El Harouri, la nécropole punique d’El Mansourah, les sites sous le Borj et le Borj même sont autant de joyaux historiques qui pourraient faire un circuit patrimonial pour le tourisme culturel tant intérieur qu’extérieur.
La visite des sites et des monuments archéologiques devrait faire partie des programmes scolaires et ce à tous les niveaux du primaire au supérieur. Un nouvel enseignement alternatif devrait prendre en compte tout notre héritage patrimonial tant matériel qu’immatériel. Cet aspect éducatif ne sera pas récréatif seulement mais sanctionné par des tests d’évaluation des connaissances.
Il est inacceptable que bien des générations de Tunisiens ne connaissent pas le patrimoine national ni l’Histoire de ce beau pays qu’est la Tunisie.
Notre patrimoine délaissé pourrait participer directement ou indirectement à l’activité économique tunisienne. Le tourisme, l’artisanat et les divers petits métiers peuvent en tirer un large profit.
De plus il est un gain inestimable, car immatériel, c’est l’image de la Tunisie qui par la grandeur et la splendeur de son patrimoine archéologique peut montrer et démontrer au monde entier le passé glorieux fait et par la pensée et par les bras de ses habitants ancestraux les Berbères.
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