BREXSHIT
BREXSHIT
Le 20 octobre 2018, un demi-million de britanniques raisonnables se sont rassemblés à Hyde Park. Ils n’appartenaient à aucun parti et ne répondaient qu’à une injonction de la société civile. Leur point commun : une vision lucide d’une des plus grandes erreurs historiques du Royaume Uni, le Brexit. On en attendait cent mille. Ils étaient 570 000. Pour un peuple qui n’a jamais aimé extérioriser ses sentiments, c’est très impressionnant.
En juin 2017, je concluais un article » Le BREXIT : une fake news ? » publié dans Réforme par la phrase suivante : » Ce serait si simple de rester européen ! Le désaveu de la population qui a enfin compris que les avantages du BREXIT sont imaginaires peut être une bonne base pour une retraite en bon ordre. « Je ne m’attendais pas à une confirmation aussi éclatante de mon intuition.
Comment ? Les conservateurs ont lancé une fatwa anti européenne sans même prévoir le blocage irlandais ! Ils étaient pourtant bien payés pour savoir qu’on ne touche pas impunément aux statuts des Irlande ! Dans leur ardeur isolationniste, ils avaient oublié que le Royaume Uni n’est pas une île. N’importe quel élève de lycée aurait pu le rappeler, mais l’idéologie leur fermait les yeux. Le débat populiste sur le splendide isolement de UKIP a fait trembler plusieurs députés conservateurs mal assurés sur leurs sièges, et l’appui des députés unionistes irlandais était essentiel au Premier Ministre. Or, depuis les accords du Vendredi Saint, il était clair pour tout observateur lucide que l’Ulster était en co-gérance, plus tout à fait Britannique mais pas encore irlandaise. Les grandes décisions du Parlement de Belfast devaient être approuvées par Londres et recevoir le nihil obstat de Dublin. L’Irlande n’a jamais remis en cause son appartenance à l’Europe, s’y accrochant d’autant plus que Londres s’en écartait. Il n’y avait donc aucune raison pour que Dublin cède quoi que ce soit sur la continuité territoriale de l’île. Les brillants diplômés de Ox bridge n’y avaient pas pensé ! Pas facile de se faire à l’idée que l’on n’est plus une île !
L’imprévision qui a gouverné ce triste épisode de l’histoire de la Grande Bretagne est une grande déception pour tous ceux qui admirent le peuple britannique, tout en déplorant la suffisance et l’incompétence de la plupart de ses dirigeants.
En 1974, le vote en faveur de l’entrée dans ce qui devait devenir l’Union Européenne a été de 2/3 pour, 1/3 contre
En 2017, malgré les avertissements de l’Ecosse et les divisions des Tories, le référendum du BREXIT, précipité sans raison structurelle par David Cameron, brillantissime produit du système Etonian-Oxbridgien, un Premier aux abois qui disait être contre le BREXIT, a réuni moins de 52% pour. Les anglais sont peu habitués au référendum qu’iIs assimilent peu ou prou aux plébiscites des régimes anti démocratiques comme ceux des Napoléonides, de Hitler ou de Mussolini. Celui-ci est le troisième de leur histoire, après l’échec d’un précédent, tenté par Churchill en 1944 pour lui permettre de participer aux signatures des capitulations allemandes de 1945 et qui n’eut jamais lieu, ce qui permit au pâle Atlee de parader pour pas cher aux côtés des géants de l’histoire. Le premier de l’histoire britannique eu lieu en 1974, pour décider de l’entrée du Royaume dans l’Europe en formation. Il n’y a donc aucune jurisprudence, sinon que le Parlement n’est pas tenu de suivre les résultats de la consultation. Il avait été lancé avec l’accord de Westminster. Il confirmait une opinion générale qu’il permit de fixer à 2 /3 favorable. Pas de contestation possible. On ne peut pas en dire autant du dernier ! Après une tiède campagne en faveur du « remain », le responsable de ce loupé eut le bon goût de démissionner pour se fondre dans la masse des indécis. Son successeur n’eut pas le même panache. Fervente adversaire du « remain », elle se converti au BREXIT en une heure, le temps de prendre la présidence tory et de franchir le seuil du 10. Ce retournement de veste n’était pas du meilleur effet, ni pour ses partisans ni pour ses adversaires. D’autant plus que le résultat du référendum s’avérait douteux. La célèbre officine « Cambridge Analytica « et son ombre portée « Aggregate IQ » avaient œuvré pour UKIP sous le regard indifférent de Facebook qui leur vend nos « likes » sans vergogne. Le tout financé par le premier mécène de Donald Trump, le californien Robert Mercer. Le Guardian a livré une enquête édifiante sur ce triste épisode de l’intrusion des Etats Unis dans une élection européenne.
Et voila comment la Grande Bretagne n’est plus gouvernée alors qu’elle a choisi l’épreuve de la négociation du BREXIT avec une Europe bien décidée à ne pas s’en laisser compter. On est tout de suite entré dans le dur avec l’indemnité à payer-60 milliards €- et la frontière terrestre avec l’Union, l’une des plus « chaudes » d’Europe. Tout ceci, parfaitement prévisible , a plongé le Royaume dans le doute. Comment ! il faut payer pour sortir ? Et en plus laisser dans le vide une province qui a coûté tant de sang ? Sans compter qu’il faut affronter le chapeau royal aux couleurs de l’Europe pendant le discours du trône où il était évident que Sa Majesté disait l’exact contraire de ce qu’elle pensait !
Après quinze mois de cafouillages où soi-disant 95% des clauses de l’acte de divorce ont été agrées (comme disait un éminent politicien de Londres 95% de la traversée du Titanic s’est bien passée…), on est en face d’un départ « à l’anglaise », sans accord, où la Grande Bretagne deviendra l’homme malade de l’Europe. Le Royaume Uni, autrefois splendeur de l’univers, ne sera plus qu’un état désuni avec une Ecosse rebelle et une Irlande du Nord à moitié sortie. Triomphe d’un populisme excité par les Etats Unis qui ne supportent plus une Europe unie susceptible d’entraver leur marche forcée à l’hégémonie universelle.
Voila pourquoi la marche du dimanche 21 0ctobre 2018 restera dans l’histoire comme la prémonition des choses à venir.
A moins que…le bon sens britannique ne triomphe une fois de plus.
C’est ce que tous les admirateurs de la Grande Bretagne souhaitent : make Britain great again !
Christian Mégrelis
Auteur de « Keys for the future “ Lexington Books -Mass.
24 octobre 2018
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