Bruits de Rome
La curie romaine, jusque là divisée, par le conflit récurrent entre Tarcisio Bertone, secrétaire d'état et Angelo Sodano son prédécesseur (durant le Sede Vacante, ils occupent les rôles influents de camerlingue et doyen des cardinaux, respectivement) avait trouvé un compromis en s'accordant autour du nom d'Angelo Scola comme futur pape.
Angelo Scola avait l'avantage de partager le soucis d'échange avec l'Islam de Jean-Louis Tauran, le français et actuel Cardinal Protodiacre (encore une fonction importante lors de cet inter-règne) capable d'influencer les votes de nombreux cardinaux africains et européens...mais qui ne peut lui-même être élu, à cause d'ennuis sérieux de santé.
C'était sans compter sur la charge des anglo-saxons, lancée avant même la fin effective du pontificat de Benoit XVI, par le cardinal australien George Pell qui a entre-ouvert le voile sur une réalité de la curie ces dernières années : Benoit XVI ne gouvernait pas vraiment, il était assez largement “dépassé” et le vrai pouvoir appartenait aux italiens : Bertone, Re, …
Pour passer la curie au karcher, ils auraient bien vu le cardinal Thimoty Dolan, archevêque de New-York sur le trône de Pierre.
Au Sud, on râle aussi. Pourquoi encore un européen ? Un africain ? Quelques noms ont circulé dans les média, comme cela fut le cas en 2005 mais cette hypothèse n'a que peu de crédibilité. On aurait plutôt pensé au cardinal Tagle de Manille...
Il faut 77 voix sur 115 pour être élu. 39 cardinaux électeurs peuvent donc bloquer totalement le processus... si les américains sont rejoints par les cardinaux du Sud, Scola est bloqué. Les grands pontes (le doyen et le camerlingue) se ravisent alors et décident de soutenir Odilo Pedro Scherer, cardinal brésilien plutôt que Scola. Il a le double avantage d'être non européen (dont de pouvoir emporter les voix du Sud), et d'être d'origine allemande, un pays dont les cardinaux s'affichaient plutôt pro-Dolan (car contre ceux avaient neutralisé Raztinger).
Scherer, un bon compromis ? Pas du goût des américains, qui le trouvent trop proche du cardinal Re et donc de la curie actuelle. Et qui sont aujourd'hui rejoints par les français et par le cardinal Scola, lui-même, qui, déçu de ne plus être la vedette de la curie, rejoint la rébellion avec quelques italiens. Ce camp élargi serait prêt à accepter comme compromis l'élection de Marc Ouellet, le cardinal québécois -une autre vedette des média.
Les 77 voix ne sont pas encore trouvées. Voilà pourquoi on n'est pas pressé de rentrer dans un conclave dont personne aujourd'hui ne connait l'issue. S'il démarrait aujourd'hui au premier tour, ce sont Dolan et Scherer qui obtiendraient le plus de voix. Mais pas les 2/3 ! Il faudrait donc chercher un compromis... peut-être le très motivé Ouellet... ou encore un retour en grâce d'Angelo Scola, qui après avoir été soutenu par la curie, puis avoir soutenu lui-même Dolan, pourrait apparaître comme l'unique solution paradoxale (car la seule chose sur laquelle les cardinaux soient tombés d'accord aujourd'hui, c'est de ne pas choisir un italien !). Ou encore Tagle, qui reste aujourd'hui neutre... L'inconvénient de choisir un pape de compromis, un peu “neutre” c'est d'avoir en fin de compte un pape transparent, immobile. C'est exactement le contraire dont a besoin l'église actuelle.
Quelqu'un voit un peu de fumée blanche dans ce brouillard ?
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