Ce n’est pas la croissance qu’il nous faut, c’est la renaissance !
Ce qu'il nous faut, ce n'est pas la croissance, c'est une renaissance ! Les électeurs et les électrices qui ont exprimé un vote positif pour Macron (et non un simple vote par défaut) étaient en attente - et restent en attente - d'autre chose qu'une poursuite obstinée de la croissance économique. Les réformes au pas forcé qui ne visent que cet objectif ne les contentent pas.
En votant pour Emmanuel Macron, les électeurs "constructifs" (dont l'auteur de cet article a fait partie) espéraient une renaissance. Aujourd'hui, on vient nous seriner encore que nous sommes hostiles à tout changement, "réfractaires" ! Cela est faux, nous voulons des réformes qui s'inscrivent dans un programme de civilisation plus large : une renaissance.
De l'air avant toute chose !
Les puissants ont un travers fréquent qui est de penser pouvoir nous apporter la lumière. Mais avant la lumière, ce que nous voulons c'est respirer. L'air nous est plus vital que la lumière. De plus, la lumière que l'on prétend nous imposer d'en-haut du trône ou d'en-haut d'une chaire, nous avons tendance à nous en méfier légitimement. Nous sommes à cet égard réfractaires et il est juste et bon que nous le restions. La lumière qui vient d'en-haut n'est bonne que lorsqu'elle vient du soleil. Et encore ! Au grand jour, on ne voit pas les étoiles... Quant au mythe de la caverne de Platon, il me fait doucement sourire ce philosophe qui n'a jamais connu la faim. Mieux vaut vivre et respirer dans le noir que de crever de misère en plein soleil. Donc, en sortant de la caverne, j'aurais dit, moi, aux disciples du grand Platon : "Respirez à fond ! Respirez profondément ! Soyez libres avant tout ! Vous aurez tout le loisir ensuite de regarder ces phares éblouissants que sont ces maîtres."
Un autre travers des puissants est de nous dire sans cesse "regardez ce que nous décidons !" dans un souci louable de pédagogie. Mais que les choses soient redites ici encore : nous préférons respirer à notre aise avant de regarder quoi que ce soit : votre tableau, votre graphique ou votre tract attendront que nous soyons assurés de manger, de boire et et de respirer sous un bon toit.
Du silence avant tout choses !
Ici, c'est à l'immense poète Charles Baudelaire que je m'oppose, lui qui a écrit "de la musique avant toute chose". Mais je suis sûr qu'il aurait compris. Avant de poser les mots sur le silence, respirez ce silence ! Graver peu de mots, comme des diamants rares, sur le silence. Ornez le silence mais ne l'étouffez pas. Que son air reste pur ou au besoin qu'il soit purifié. Un certain chef d'Etat, se voulant Jupiter, a eu d'abord cette ambition, puis il s'est mis à s'exprimer à tort et à travers, et trop souvent même à travers en improvisant de curieuses façons. Je dirai ceci aux puissants : si vous n'êtes pas de très grands artistes, surtout n'improvisez pas. L'improvisation n'est pas un don qui se rattache à vos qualités de princes, qui sont grandes par ailleurs. Ne devenez pas un prince-sans-rire qui peine à rattraper ses mots malheureux et blessants. Epargnez-nous les phrases qui ne visent qu'à produire de l'effet sur le moment et qui sont pauvres en message et en sagesse.
Le silence reste. Les idées fausses fondent comme neige au soleil, les idées vraies demeurent éternelles. Les idées vraies sont comme le roc de la montagne après la fonte des neiges.
Laissez filer l'eau vive !
C'est une bonne chose de canaliser et de construire des digues. Mais il est tout aussi essentiel de laisser des espaces dans lesquels l'eau vive peut s'écouler à son aise et librement. Une eau trop longtemps retenue croupit. La pesanteur des règles et des normes, des interdits, tout cela est étouffant comme le Concile de Trente.
Le rythme de la vie est à trois temps : l'arbre, la fleur, le fruit. Mathématiquement, ce rythme de croissance naturelle est exprimé, par exemple, par la suite de Fibonacci. A savoir, le moment du passé dit "N moins 2" s'ajoute au moment passé "N moins 1" pour composer le présent. Le présent n'est jamais une création autonome, une naissance spontanée, il contient le passé et même l'avenir (en puissance). Comme l'"instant fleur" comprend l'"instant fruit" combiné à son état précédent d'"instant arbre". La pensée que j'appelle "pensée-perspective" est comme le tableau d'un maître de la Renaissance qui, au lieu de faire comme ses prédécesseurs de l'art gothique et de peindre trois tableaux pour trois épisodes racontant un fait, rassemble les trois dimensions temporelles dans une oeuvre appelée une composition. La même peinture peut figurer l'enfant Jésus et son destin (représenté par l'agneau du sacrifice, chez un Léonard de Viinci, ou par le mont des martyrs au fond du paysage pour tel autre peintre). Le présent incorpore du passé et de l'avenir en puissance. Faisant fi de la chronologie, nous entrons dans la pensée-perspective.
Respecter la croissance naturelle (le rythme de la vie et des êtres vivants), respecter les lois de la croissance naturelle (comme la forme réglée par la suite de Fibonacci), est plus vital et plus payant à long terme que la poursuite d'une croissance aux enjeux restreints, ignorante des lois universelles, et somme toute assez factice.
Penser perspective, c'est compter jusqu'à trois, dessiner un triangle. Respectez le vivant, c'est appliquer ce schéma à ce qu'il y a de plus précieux et non à des artifices comme la valeur monétaire.
Revenons à des choses plus prosaïques. Quels étaient les germes de la renaissance au moment de l'élection de Macron ? Il y avait la promesse d'une justice qui s'applique à tous (sans exception pour les puissants), de la sincérité (transparence, le parler vrai), du changement touchant à l'essentiel de la vie des citoyens, de choix de civilisation (une Europe plus forte et plus juste, le respect de notre laïcité) etc. Et puis, patatra ! Tout cela est retombé et il n'est plus question que de courbes de croissance, de mesures économiques et comptables de court terme et de petites phrases cyniques teintées d'humour douteux.
Ce qu'il nous faut n'est pas la croissance, ce qu'il nous faut c'est une renaissance comme cela nous avait été promis...En ces temps incertains où toute stratégie économique élaborée risque d'être vouée à l'échec (les variables étant trop imprévisibles : versatilité de Donald Trump, géopolitique très changeante...), aucun plan n'est assuré de réussir. Une vaste politique de l'offre ou de la demande ? A quoi bon ? On l'a bien vu, faire pleuvoir plus d'argent sur les riches n'a pas créé l'effet retour multiplié qui était attendu. Les riches ne veulent pas investir dans le contexte qui est celui que nous connaissons, tant européen que mondial, alors ils capitalisent. La confiance est une chose utile mais elle ne saurait suffire à elle seule.
Pourquoi alors ne pas en profiter et se contenter de tenir la maison le temps que passe la tempête et, grâce au temps gagné sur les longues réflexions macro-économiques, penser en termes de Vivant, de civilisation future ? Penser renaissance plutôt que penser croissance.
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